Jean Ricardou
Jean Ricardou

« Le roman n’est désormais plus l’écriture d’une aventure mais l’aventure d’une écriture » écrivait en 1963 l’encore inconnu Jean Ricardou à propos d’un roman de Claude Ollier dans une formule réversible et éclatante de justesse qui, par sa force intrusive à venir dire l’époque, s’est imposée au fil du temps comme un citation presque sans homme, une phrase vidée de tout auteur qui, plus que de synthétiser un geste d’écrire, vient à le révéler, vient à le soulever, vient à créer ce qui allait bouleverser du 20e siècle tout récit : le Nouveau Roman. Car il ne serait pas faux de dire qu’en ce jour où Jean Ricardou nous a quittés que le critique est le père du Nouveau Roman, qu’il est l’homme qui, sans doute davantage qu’Alain Robbe-Grillet et Jérôme Lindon, a su donner du Nouveau Roman son image, a su, depuis ce 1963 de naissance, faire apercevoir la phrase par où le texte deviendra la maxime et l’impératif catégorique des hommes d’alors : a su créer le Nouveau Roman. Comme si Jean Ricardou était, à lui seul, depuis cette mort qui aujourd’hui le vient frapper, l’unique Nouveau Romancier de l’histoire du 20e siècle, son aventurier le plus déraisonnable et le plus accompli, l’homme qui disparaît derrière le texte, qui devient le texte et sa critique jusqu’à une mort sans retour.

Arno Bertina
Arno Bertina

La littérature n’arrive jamais à temps. Inlassablement et comme malgré elle, elle ne cesse de temporiser l’Histoire, d’accuser sur elle et de lui faire accuser un retard qu’aucun temps ne saurait refaire et qui, au fur et à mesure, creuse un abîme à figure de faillite et d’effondrement où le Présent semble s’éloigner de lui-même, où, d’unique et indivisible, il finit par ne plus s’appartenir non plus que véritablement exister.

Musicien mais aussi producteur à France Culture, Christian Rosset, à la curiosité toujours vive, propose ce jeudi avec A la recherche de Marc Cholodenko une création radiophonique où, à plusieurs voix, il interroge l’œuvre d’un auteur encore trop méconnu : Marc Cholodenko. Diacritik en profité pour l’interroger sur ce romancier et poète auquel il consacre un programme d’une rare qualité. Entretien en 5 questions.

Dès les premières minutes de la très belle création radiophonique, toute de voix et de sensibilités feutrées, que Christian Rosset consacre au très discret sinon secret Marc Cholodenko, l’écrivain fait entendre sans attendre ce qui, depuis 1972, tient en son œuvre sa parole : « C’est un monde qu’on ne peut pas décrire, qu’on peut vivre. D’ailleurs, je le fais pour ça. Je n’écris pas pour autre chose que vivre dans ce monde. » et finit par ajouter entre rire et défi : « La vie, ça existe. La vie, qu’est-ce que c’est ? »