Léonora Miano

« La cicatrice n’est pas la plaie. Elle est la nouvelle ligne de vie qui s’est créée par-dessus. Elle est le champ des possibles les plus insoupçonnés »

Léonora Miano, écrivaine plus connue comme romancière que comme essayiste, offre pourtant une contribution conséquente dans le domaine de l’écriture réflexive. Son apport est en relation avec ce qui l’a précédé mais aussi porteur de propositions passionnantes, dérangeantes parfois, pour notre monde d’aujourd’hui.

Kateb Yacine – Sony Labou Tansi – Aimé Césaire

Les trois ouvrages que nous présentons ont la particularité de se construire sur des rencontres, des amitiés, des connivences. Ils redonnent ainsi une dimension humaine, parfois un peu oubliée par la critique littéraire, sans sacrifier la part d’analyses et de transmission des savoirs, indispensable. Ils se concentrent autour de trois figures prestigieuses : Kateb Yacine (Algérie, 1920-1989) – Sony Labou Tansi (Congo, 1947-1995) – Aimé Césaire (Martinique, 1913-2008).

Andrée Chedid
Andrée Chedid

La nécessité d’une approche bi-sexuée de la littérature n’est plus à défendre. Les raisons profondes ont été synthétisées par Marcelle Marini, dans l’incontournable Histoire des femmes, (Tome 5) : « C’est dans les textes littéraires que se construit la personnalité. On y apprend à symboliser son vécu, ses émois et ses passions, ses plaisirs, ses angoisses et ses désirs […] Il est donc grave que la subjectivation et la socialisation des deux sexes se fassent dans une littérature monosexuée et, qui plus est, neutralisée par un discours critique monologique […] les garçons comme les filles […] sont privés de tout héritage symbolique au féminin. Tous et toutes font l’apprentissage de la différence sexuelle à travers la représentation d’un sujet masculin pluriel toujours en questionnement et transformation, face à un « éternel féminin » dont les variations dépendent de l’histoire et des représentations des hommes. »

Sous le titre Le grand camouflage, Écrits de dissidence (1941-1945) (Paris, Seuil, 2009, puis 2015), Daniel Maximin a eu l’heureuse idée de réunir en un volume les articles rédigés par Suzanne Césaire dans la revue littéraire et culturelle martiniquaise Tropiques, durant les années de guerre. Heureuse et lumineuse idée car cette édition permet de (re)découvrir une voix féminine restée dans l’ombre, cachée derrière la présence solaire de son époux Aimé Césaire.