Avec Logique de la science-fiction, Jean-Clet Martin poursuit son œuvre singulière, multiple, inventant à chaque fois des agencements avec d’autres créateurs qui sont autant de mondes étranges qui forcent à penser. Traçant cette fois une ligne entre Hegel et la science-fiction, Jean-Clet Martin attire le philosophe allemand dans des zones où celui-ci s’aventure à travers des mondes pluriels, acosmiques, alternatifs qui altèrent les contours de sa philosophie, en redessinent les frontières, en redéfinissent les implications. Parallèlement, lue à travers les yeux d’un Hegel explorateur de nouveaux espaces anormaux, la science-fiction s’affronte à une tension qui la transforme en un point de vue sur le monde par lequel le monde devient autre. Avec ce livre, Jean-Clet Martin trace les directions d’une philosophie spéculative/spéculaire qui, contemplant son visage dans le miroir de la SF, ne s’aperçoit plus que sous les traits d’une chose nouvelle, étrange, déformée, contrainte à penser un monde multiple d’accidents, contingent, un monde de différences où les possibles existent en même temps, habité d’un devenir à l’échelle de l’univers entier. Entretien avec Jean-Clet Martin.

Camille de Toledo

En écho à la deuxième saison de son cycle « Histoire du Vertige » à la Maison de la Poésie de Paris, Camille de Toledo s’est livré le temps d’un grand entretien pour Diacritik sur les grandes lignes critiques et poétiques de son travail. Avant de se consacrer mardi dès 19 h lors du second épisode au Livre de l’intranquillité de Pessoa, Camille de Toledo évoque les généalogies brisées, la littérature comme puissance de savoir et la mort comme intime frontière entre vérité et fiction.

14 mai 2011, 13 h 10 : le monde change d’axe pour Piedad Bonnett, quand son fils Daniel, 28 ans, se suicide en sautant du toit de son immeuble à New York, il avait 28 ans. Ce qui n’a pas de nom est la quête d’un pourquoi par l’auteure, prise d’une « rage de connaître » et comprendre : « Qui était Daniel ? ». Tout pourrait rendre ce livre au mieux impudique, au pire indécent, voire totalement indissociable de son terrible sujet. Or aucun de ces a priori ne tient à sa lecture. Ce qui n’a pas de nom est une plongée, brute, sans aucun pathos dans une « parenthèse vide ».
« Dans ces cas-là, tragiques et déconcertants, le langage renvoie à une réalité qui dépasse l’entendement ».

Ken Liu (DR)

Il ne fait guère de doute qu’en proposant un recueil des nouvelles de Ken Liu, Ellen Herzfeld et Dominique Martel, les bibliographes du site Quarante-Deux, savaient qu’ils allaient rééditer le triplé gagnant des recueils de Greg Egan Axiomatique (2006), Radieux (2007) et Océanique (2009), chez le même éditeur. De fait, l’auteur sino-américain est l’un des nouvellistes les plus récompensés de ces dernières années, pour des nouvelles aussi originales que réussies, alliant la force des idées à la beauté de l’écriture. Avec ses dix-neuf textes, La Ménagerie de papier permet donc de découvrir toutes les facettes du talent de Ken Liu, et le recueil est désormais disponible en poche, chez Folio. Par Samuel Minne

Rodrigo Rey Rosa (DR)

Ce jeudi 14 septembre, à 21h à la Maison de l’Amérique Latine, Diacritik a le plaisir de vous convier à une rencontre avec Rodrigo Rey Rosa. Animée par Johan Faerber, elle sera l’occasion d’évoquer avec l’écrivain guatémaltèque Aucun lieu n’est sacré, son recueil de nouvelles qui vient de paraitre en édition bilingue avec une traduction dirigée par Philippe Dessommes aux Presses universitaires de Lyon.

L’Histoire de mes dents de Valeria Luiselli, qui paraît en cette rentrée, aux éditions de l’Olivier, dans une traduction de Nicolas Richard, est de ces romans qui échappent à toute catégorisation. Rapporter ce livre à un genre serait le simplifier à l’extrême, résumer son histoire la réduire à peau de chagrin. Son auteure elle-même échappe à toute identité simple, elle est singulière, radicalement. Si Valeria Luiselli, qui aime tant les « cartes de noms », devait être un territoire, ce serait l’ailleurs ; si elle était une langue, la littérature, tant elle joue d’hybridations, de mélanges, d’échos entre les imaginaires culturelles.
Entretien vidéo avec Valeria Luiselli et lecture critique de L’Histoire de mes dents.

Pourquoi la littérature se limiterait-elle à la saisie d’un monde, pourquoi cette barrière du singulier, comme dans ces rédactions que nous avons tous rédigées, enfants, sur ces livres qui nous permettraient de nous identifier à une autre existence ?
Ce sont bien des mondes et des vies parallèles que nous proposent un roman et un essai, signés Andrew Sean Greer et Pierre Bayard.
Croisons-les pour multiplier ces possibles, ce « pop-up de vies éventuelles ».