Rodrigo Rey Rosa (DR)

Ce jeudi 14 septembre, à 21h à la Maison de l’Amérique Latine, Diacritik a le plaisir de vous convier à une rencontre avec Rodrigo Rey Rosa. Animée par Johan Faerber, elle sera l’occasion d’évoquer avec l’écrivain guatémaltèque Aucun lieu n’est sacré, son recueil de nouvelles qui vient de paraitre en édition bilingue avec une traduction dirigée par Philippe Dessommes aux Presses universitaires de Lyon.

L’Histoire de mes dents de Valeria Luiselli, qui paraît en cette rentrée, aux éditions de l’Olivier, dans une traduction de Nicolas Richard, est de ces romans qui échappent à toute catégorisation. Rapporter ce livre à un genre serait le simplifier à l’extrême, résumer son histoire la réduire à peau de chagrin. Son auteure elle-même échappe à toute identité simple, elle est singulière, radicalement. Si Valeria Luiselli, qui aime tant les « cartes de noms », devait être un territoire, ce serait l’ailleurs ; si elle était une langue, la littérature, tant elle joue d’hybridations, de mélanges, d’échos entre les imaginaires culturelles.
Entretien vidéo avec Valeria Luiselli et lecture critique de L’Histoire de mes dents.

Pourquoi la littérature se limiterait-elle à la saisie d’un monde, pourquoi cette barrière du singulier, comme dans ces rédactions que nous avons tous rédigées, enfants, sur ces livres qui nous permettraient de nous identifier à une autre existence ?
Ce sont bien des mondes et des vies parallèles que nous proposent un roman et un essai, signés Andrew Sean Greer et Pierre Bayard.
Croisons-les pour multiplier ces possibles, ce « pop-up de vies éventuelles ».

Marguerite Yourcenar

La récente publication de la correspondance croisée entre Yourcenar et Silvia Baron Supervielle est aussi d’un très grand intérêt. Cousine éloignée du poète Jules Supervielle, née à Buenos Aires en 1934, et installée à Paris dans les années 60, Silvia Baron Supervielle a été une grande traductrice en langue française d’auteurs argentins. Elle a maintenu une correspondance assez régulière avec Yourcenar, entre juin 1980 et juillet 1987, comme l’indique parfaitement le titre générique, Une reconstitution passionnelle, proposé par Achmy Halley dans l’édition de ces lettes. La classique relation d’auteur à traducteur se transforme peu à peu, sous nos yeux, en une amitié fervente, au point que Yourcenar en vient à terminer ses lettres par un « Je vous embrasse en veillant sur vous, avec ma pensée » ou « Je vous embrasse bien amicalement », preuves d’affection qu’elle prodigue rarement dans la correspondance publiée à ce jour.  

Camille de Toledo © Ida Jakobs

« Ce que j’espère, du lecteur, c’est de l’interprétation ».
Camille de Toledo

Le livre de la faim et de la soif est un roman difficile à présenter parce que ses qualités ont la même teneur que le cœur fuyant de l’existence qu’elles nous font toucher du doigt : elles sont aisées à ressentir mais périlleuses à saisir avec les mots de la langue.
Camille de Toledo a construit un dispositif de narration complexe, un labyrinthe miroitant dont les facettes nombreuses se reflètent les unes les autres dans une incandescence narrative qui nous immerge au cœur du tumulte de notre monde en pleine mutation. Du début du livre jusqu’à la fin, le lecteur se trouve précipité dans la quête aventureuse d’un personnage abyssal, un livre à vrai dire, avec ses pages et sa reliure, un livre donc, obsédé par le désir de sortir de lui-même pour entrer dans la vie.

Chocolat © Jean-Philippe Cazier

Avec Rencontrer Looloo, le groupe québécois Chocolat affirme encore davantage l’éclectisme musical déjà présent dans les albums précédents. Si la tonalité générale est rock, voire punk, s’y mêlent également le jazz, le psyché, le Kraut, la ballade, le hard, etc. Le résultat n’en est pas pour autant un pêle-mêle d’influences juxtaposées : grâce à un travail d’arrangement recherché, à l’agencement fin de styles différents à l’intérieur des morceaux, à l’énergie que les musiciens insufflent à chaque composition, aux articulations fines de ces compositions, aux performances vocales impeccables de Jimmy Hunt, l’ensemble rend cohérents des genres musicaux éloignés et les soutient d’une même intensité. Les textes elliptiques, absurdes et souvent drôles, ont comme fil rouge l’histoire d’un dieu venu de l’espace, arrivant sur la Terre au milieu d’une humanité perdue. Si l’histoire, plus évoquée que racontée, semble inspirée de certains aspects du rock psyché ou glam, d’un univers de bd, de la trash-tv pro-ovnis, elle en reprend les éléments de manière à la fois ironique et délirante tout en laissant l’image d’une humanité à la dérive, raccrochée à un sauveur qui ne sauve de rien.
Rencontre avec les cinq musiciens actuellement en tournée – la formation originale ayant été un peu modifiée pour cette tournée – et entretien avec trois des membres de Chocolat : Emmanuel Ethier, Christophe Lamarche-Ledoux et Jimmy Hunt

Liliane Giraudon par Marc-Antoine Serra

Que peut l’écriture et que peut la poésie aujourd’hui ? Loin des pseudo-constats catastrophistes à la mode et des questions rebattues sur la littérature ou sur la pertinence de la poésie, Liliane Giraudon fait de la poésie, écrit ce qui serait de la poésie en impliquant, par son écriture, la question : que peut l’écriture et que peut la poésie aujourd’hui ? Il s’agit de dire ce que peut la poésie en en faisant, d’écrire des textes qui performent la poésie en la réinventant – une écriture qui est une pratique, un faire qui affirme une poésie radicalement préoccupée de la seule question qu’elle pose et qui est la question la plus jeune, toujours la plus nouvelle – celle de sa puissance.

Colette Fellous © C. Hélie/Gallimard

Comment (re)construire depuis des Pièces détachées, quand tout n’est plus que chaos et fragments ? Telle pourrait être la question centrale posée par Colette Fellous dans son dernier roman. Écrire le monde qui vous entoure depuis un profond sentiment de deuil, la mort d’un ami qui ouvre une béance et fait écho à toutes ces vagues, celles de la Méditerranée, celles des attentats, puisque ce terme woolfien est désormais tout autant associé à l’infini de la mer qu’à celui de la destruction. C’est du passé que surgit peut-être la survie, d’un adieu multiple comme du don d’un livre si longtemps promis.

Ken Liu America

Il ne fait guère de doute qu’en proposant un recueil des nouvelles de Ken Liu, Ellen Herzfeld et Dominique Martel, les bibliographes du site Quarante-Deux, savaient qu’ils allaient rééditer le triplé gagnant des recueils de Greg Egan Axiomatique (2006), Radieux (2007) et Océanique (2009), chez le même éditeur. De fait, l’auteur sino-américain est l’un des nouvellistes les plus récompensés de ces dernières années, pour des nouvelles aussi originales que réussies, alliant la force des idées à la beauté de l’écriture. Avec ses dix-neuf textes, La Ménagerie de papier permet donc de découvrir toutes les facettes du talent de Ken Liu, invité du festival America 2016.