« L’Histoire américaine qui était la mienne n’était pas un récit triomphal, mais une monumentale tragédie. (…) Être noir en Amérique c’était être victime d’un pillage. Être blanc c’était tirer profit de ce pillage, et parfois, y prendre part directement. (…) Le racisme c’était du banditisme pur et simple. Et le banditisme pour l’Amérique, n’était pas accidentel : il lui était indispensable » (163).

L’ouvrage de Ta-Nehisi Coates, We were eight years in Power : An American Tragedy (2017), vient d’être traduit en français sous le titre Huit ans au pouvoir. Une tragédie américaine, par la prestigieuse maison d’édition Présence Africaine.

C’est d’abord depuis l’intime que Ta-Nahesi Coates exprime sa colère. Dans une adresse à son « fils », Samori, âgé de quinze ans (« la Lutte est inscrite en toi, Samori — tu portes le nom de Samory Touré, qui a lutté contre les colonisateurs français pour le droit de jouir de son propre corps noir »), à des « fils » au pluriel aussi puisque rien ne vient limiter ce mot ou lui donner un nombre. Mais l’adresse doit être lue, aussi, dans une histoire américaine et une filiation, un « héritage » : « détruire le corps d’un noir », battre, abattre. L’adresse est rappel mais aussi alerte et manifeste, « voilà tes racines de noir : ne t’endors pas, c’est une question de survie ».