A l’heure où certaines Cassandre proclament avec perte et fracas l’irrémédiable fin de la littérature et le conséquent décès de la critique, sans doute la littérature contemporaine n’a-t-elle jamais autant brillé depuis son champ dispersé et résolument éclaté, et la critique ne s’est-elle trouvée autant de voix neuves pour venir la cartographier depuis ses accidents répétés. Parmi elles, Laurent Demanze qui, depuis Encres Orphelines, élabore une pensée critique qui trace les chemins des ascendances empêchées et des généalogies brisées de Pierre Michon à Gérard Macé et Pierre Bergounioux mais explore également la vocation encyclopédiste de la littérature contemporaine. Ce parcours encyclomane, de Gustave Flaubert à Pierre Senges, fournit ainsi la trame de son nouvel et fort essai, Les Fictions encyclopédiques paru il y a peu, et sur lequel Diacritik a voulu revenir avec lui le temps d’un grand entretien sur la littérature contemporaine et son devenir.

Le lexique personnel de Nick Cave (liste 18)
Le lexique personnel de Nick Cave (liste 18)

Dès sa dédicace, tout est liste dans Au bonheur des listes de Shaun Usher, récemment paru aux éditions du Sous-Sol. Manière de revoir l’ensemble de la structure de tout livre comme une liste de listes : les pages (liste), la table des matières (liste), l’index (liste), les remerciements (liste), etc. (liste virtuelle)…
La liste répond à la tentation d’un Penser / Classer cher à Perec — d’ailleurs présent dès la Liste 3 avec sa Tentative d’inventaire de tout ce qu’il a bu et mangé en 1974 —, d’une volonté de maîtrise : ne rien oublier, consigner avec les listes de courses (Galilée, Michel Ange), les listes de livres préférés d’Edith Wharton, celles de livres à lire pour Hemingway ; prendre ou conserver un pouvoir (décalogues et commandements, ici ceux de l’escroc, de la mafia ou les 11 commandements d’Henry Miller). Mais la liste répond aussi à une poétique, ce que ce livre illustre magnifiquement.