Tamer El Said (DR)

Cet été, France Culture rediffusait une série d’émissions avec Daniel Arasse qui voyage à travers les tableaux qui l’ont marqué. Dans la première, je retiens des bribes de ce qu’il dit sur la peinture. Je l’écoute car j’ai sans doute une sensibilité et une mémoire plus auditive que je n’en ai en le lisant. Je crois en l’incarnation de la pensée, en sa puissance médiatique lorsqu’elle est formulée de vive voix ou en situation. C’est l’espace qui se voit habité, raisonnant et résonnant, et moi balloté sensoriellement dedans. L’aède Arasse est « pénétré par la Peinture ». « Elle se lève, elle vous prend, elle me prend », dit-il. Sa voix aussi ce matin-là me prend alors que je suis encore habité et bouleversé par la projection d’un film que j’ai vu la veille. Les derniers jours d’une ville (Akher ayam el madina) de Tamer El Said.

Akram Belkaïd, journaliste algérien, vient de faire paraître aux éditions Erickbonnier dans la collection « Encre d’Orient », un recueil de quatorze nouvelles dont le point de jonction est le 20 mars 2003, « la nuit de pleine lune » où les États-Unis ont déclenché l’invasion de l’Irak pour renverser le pouvoir en place.

tumblr_mjco89cUVY1rkz363o1_1280Il est rare de pouffer de rire, en lisant un roman. Qui plus est : un roman sur la (grave) question des origines et des (sacro-saintes) racines. Quoi de plus salvateur que de rire à un enterrement – celui du père, en l’occurrence ? Effacer sa trace de Malika Wagner fait partie de ces livres, facétieux et légèrement désespérés, dont certains passages arrachent le sourire (voire le fou rire) aussi sûrement qu’un dessin de Reiser ou qu’une blague de Fellag. On ne rit jamais mieux qu’en s’attaquant aux siens.