Les frères Lehman de Stefano Massini, traduit de l’italien par Nathalie Bauer, est un livre exceptionnel. On hésitait, chroniquant pour Diacritik cette épopée inventive et contemporaine à qualifier ce texte de roman, genre qui réduit sa forme. Voilà le livre couronné par le prix Médicis… Essai aujourd’hui (et ce n’est pas la première fois que le jury du Médicis fait un tel pied de nez aux genres). C’est dire si Les Frères Lehman échappe, et c’est tant mieux, à tout horizon générique, horizon au sens étymologique de délimitation des saisons (horizein).

En sept saisons, The Good Wife avait réussi le tour de force d’intéresser le critique a une énième série de prétoire, centrée sur l’attachante autant qu’agaçante personnalité d’Alicia Florrick (Juliana Margulies), avocate brillante, mère de famille courage et épouse trompée. Avec The Good Fight (deux saisons au compteur sur Amazon Prime), Robert et Michelle King reprennent les mêmes (recettes et acteurs) et recommencent, dans un spin-off qui s’amuse de sa propre dimension politique. 

Hannah Arendt, analysant la Condition de l’homme moderne l’écrivait : les marchandises ont supplanté les paroles, la bourse a détrôné l’agora, le marché est devenu le lien du collectif. La destinée des Frères Lehman, telle que Stefano Massini en retrace l’épopée, en est l’illustration parfaite, du départ de Bavière d’Heyum Lehmann (avec deux n), le 11 septembre 1844 à la faillite aux répercussions planétaires de Lehman Brothers, le 15 septembre 2008 : à travers l’histoire d’une dynastie c’est toute l’Amérique dans sa grandeur et ses décadences que saisit l’auteur italien, en une fresque singulière et sidérante.

Le critique l’avait annoncé en toute fin de son article au mi-temps de la deuxième saison : « dans l’attente d’ores et déjà de la saison trois ». L’attente est terminée, la troisième saison de This Is US a débuté le 26 septembre dernier sur NBC (en France sur Canal+ en léger différé) et, avec déjà deux épisodes au compteur, le critique se félicite toujours de recommander le TV Show de Dan Fogelman sur la toile et auprès de son entourage.

Il est banal de dire qu’un écrivain ne nous quitte jamais. Ses livres sont là pour l’inscrire dans le présent des lecteurs. Chacun a ses fictions de prédilection, la mienne est son roman La Tache, qui a donné à Roth une notoriété certaine en France, plus large que celle qu’il avait déjà depuis ses premiers romans.

John Brown, portrait dessiné par sa fille, Sarah

Dans Diacritik, Jean-Louis Legalery rappelait l’anniversaire du refus de Rosa Parks, le 1er décembre 1955, condamnée pour « violation du code de ségrégation de la ville de Montgomery » à dix dollars d’amende et quatre dollars de frais de justice, pour avoir refusé de céder sa place, dans le compartiment réservé aux Noirs, à un homme blanc qui n’avait pas de place dans le compartiment réservé aux Blancs. Cette lutte contre la ségrégation a une longue histoire aux États-Unis et n’est pas dépassée malheureusement. On ne peut en rappeler toutes les étapes mais celles pour lesquelles nous disposons d’œuvres de fictions documentaires qui nous aident à entrer dans l’histoire pour mieux comprendre. On ne peut se contenter d’une seule lecture ; il faut les multiplier car chaque fiction adopte un point de vue sur l’événement et le personnage historique. Et s’il est un personnage historique fascinant, c’est bien celui de John Brown.