Pour la 3e édition de ses rencontres, « Littérature au centre », en partenariat avec Diacritik, organise à Clermont-Ferrand tout au long de la semaine un festival autour de la littérature et du cinéma. Après avoir questionné les années précédentes la musique puis la cuisine, cette année, les rencontres LAC confrontent l’écriture et le cinéma selon les perspectives les plus variées possibles : adaptations d’œuvres littéraires au cinéma, expérience d’écrivains réalisateurs, utilisation des techniques de cinéma dans les romans, biopics d’écrivains ; usage du témoignage et de la fiction dans les deux arts…

« Ce qui n’est pas écrit disparaît », notait Geneviève Brisac dans Une année avec mon père, livre du deuil et de la reconstruction. Toute son œuvre se construit contre l’oubli et la disparition, sur une ligne de fuite qui est aussi une ligne de force, une faille comme une arrête, dans ce fascinant paradoxe constitutif.

Un certain monde

Sans doute le nom d’Elizabeth Harrower ne vous dit-il (encore) rien. Et pourtant : Elizabeth Harrower est née à Sydney en 1928, ses quatre premiers romans ont connu un succès phénoménal dans les années 60. Mais elle a longtemps cessé d’écrire, renonçant même à publier un roman terminé, In certain circles. Son œuvre a été exhumée lorsque deux éditeurs australiens, Michael Heyward et Penny Hueston, ont souhaité reprendre ses livres dans la collection « Classics » de Text Publishing. Elizabeth Harrower accepte et, lors de la rencontre, mentionne In certain circles, manuscrit inédit qui sera conjointement publié. C’est par ce roman, qui vient de paraître chez Rivages sous le titre Un certain monde, que la France va à son tour découvrir une voix que son éditrice, Nathalie Zberro, compare à celles de Virginia Woolf, Jane Austen ou Alice Munro :

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Nous apprenons la triste nouvelle de la mort de Jean-Pierre Carasso, traducteur hors pair des plus grands : Carver, Hemingway, Norman Mailer, Alice Munro, la liste est infinie… C’est à travers ses mots, et ceux de sa compagne Jacqueline Huet, que nous avons lu La Conjuration des imbéciles, Jay McInerney, redécouvert Last Exit to Brooklyn («œuvre hallucinée» selon ses propres termes en postface de la nouvelle traduction du livre, en 2014), lu Jim Dodge ou Stanley Elkin. Il a traduit plus de 400 livres depuis le tout premier, Hamlet et Œdipe d’Ernest Jones.

Geneviève Brisac

Geneviève Brisac revendique sans ambages sa filiation avec Doris Lessing, Virginia Woolf… Dans les yeux des autres est ainsi un « appel à la liberté » et à « marcher ensemble ».
« J’écris ce livre sous le coup de la colère ou sous le coup du chagrin. » C’est sur cette phrase que s’ouvrait La Marche du cavalier (Éditions de l’Olivier, 2002), un essai partagé entre des émotions qui ne sont contradictoires qu’en apparence : la colère et le chagrin, l’engagement et le rire, un doute et une croyance en « la force des mots ».