C’est important la gestion. Comme l’administration, d’ailleurs. C’est important. Il faut bien que le système tourne. Que les rouages engrènent. Et, finalement, nos élites gèrent plutôt bien. Ça marche. Tout fonctionne presque correctement. Ici et là, des erreurs et des imperfections mais il faut reconnaître que les routes sont praticables, les prises électriques fournissent du courant, les écoles donnent des cours, les hôpitaux soignent les malades, la police arrête les voleurs … Ça marche.

Avec les corps caverneux, Laure Gauthier publie un des textes poétiques parmi les plus importants de ces dernières années. Récit-poème, poème narratif ou encore chant du récit, les corps caverneux dévoile, en sept séquences, une exploration politique et érotique qui remonte jusqu’aux origines de l’être dans le poème. De Rodez en promenade à une déambulation dans un ehpad, les corps caverneux sont ces grottes premières, ces failles que notre société de consommation cherche à combler. Pourtant, elles sont béantes, ouvrant au poème. Puissamment insurrectionnel, les corps caverneux appelle aux soulèvements devant le monde-spectacle. Autant de raisons pour Diacritik de partir à la rencontre de l’une des poétesses majeures de notre contemporain le temps d’un grand entretien.

Stéphane Habib s’entretient pour Diacritik avec les philosophes Joseph Cohen et Raphael Zagury-Orly autour de leur remarquable essai, L’Adversaire privilégié. Heidegger, les Juifs et nous paru chez Galilée qui avance avec force l’idée selon laquelle la fameuse pensée de l’Être de Heidegger repose en vérité sur une forclusion du judaïsme. Indéniable forclusion des Juifs qui n’est pas sans entretenir une affinité avec certains motifs des questionnements postcoloniaux.

« Surtout, pas de journalistes ! » ironisait Jacques Derrida lorsqu’il rapportait les paroles de Dieu enjoignant à Abraham d’observer une absolue discrétion. Force est de reconnaître que Dieu, s’il était vraiment parmi nous et devant sa télévision hier soir, aurait pu clamer la même chose en prenant des airs derridiens s’il avait regardé l’épouvantable et ultime débat des primaires de la Gauche, opposant le présenté-comme-frêle Benoît Hamon au hargneux-et-autoritaire Valls.

Samedi 28 janvier, Diacritik a eu l’honneur et le plaisir d’être invité à participer aux 10è Enjeux de la Maison des écrivains et de la littérature, pour dialoguer avec En attendant Nadeau et Vacarme de la place de nos publications dans le champ contemporain, de ce « désir de revue », « né d’un désaccord ou d’une envie de le créer », comme le disait Alain Nicolas qui animait le débat.

S’il y a un seul essai à lire en ce moment, c’est bel et bien celui de Mark Alizart : le vif et puissant Coup d’état climatique qui vient de paraître aux PUF. C’est de loin la réflexion la plus remarquable et tonique qu’on a pu tenir sur les questions climatiques, et en particulier sur la question de l’usage politique du réchauffement climatique.

Alors que dans la journée même chacun prétendait avoir un agenda chargé et contrariant, ne leur permettant pas de pouvoir songer à se rencontrer avant lundi, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon se sont rencontrés avant-hier soir, vendredi 24 février, au cœur de Paris assez longuement. Les Gauches commenceraient-elles à s’unir ?

En 1977, neuf ans après Mai 68, au cours d’un entretien avec Michelle Porte, Marguerite Duras déclare : « C’est l’utopie qui fait avancer les idées de gauche, même si elle échoue. 68 a échoué, ça fait un pas en avant fantastique pour l’idée de gauche […] Il n’y a qu’à tenter des choses, mêmes si elles sont faites pour échouer. Même échouées, ce sont les seules qui font avancer l’esprit révolutionnaire. Comme la poésie fait avancer l’amour. »

« Une construction où n’éclate aucun événement spatial n’est pas de l’architecture » avance Benoît Goetz pour venir dire combien, dans La Dislocation, son remarquable essai sur l’intimité traversée par l’architecture et la philosophie, l’architecture ne commence précisément qu’à partir du moment où le bâtiment déployé œuvre au déploiement même de l’espace, à sa visibilité, fracture la ville et le discours sur la ville : fait trou de visible dans le tissu urbain et fait scène dans ce qui demeurait jusqu’ici indifférent à l’œil.

Comme Judith Butler a pu analyser et effectuer les conditions et conséquences d’un « trouble dans le genre », Jacques Sivan, de manière systématique et inventive, a travaillé à troubler la poésie, l’écriture, la langue. Ses livres construisent des machines littéraires qui problématisent la poésie, en reconfigurent les conditions et effets, en font varier les formes et frontières établies. C’est cette entreprise radicale, essentielle à la poésie, que parcourt et expose La poésie motléculaire de Jacques Sivan qui vient de paraître aux éditions Al Dante.