Tout récit est procès, plus encore quand il s’attache à l’Histoire, à la place de la violence et du pouvoir dans l’Histoire : mais que peuvent plus précisément nous dire les procès, en tant que scènes judiciaires, d’un passé récent, le XXe siècle ?

Un jour Gilles Ballot est venu jouer chez moi. Nous avons treize ans, c’est une amitié « de loin » car Gilles est ombrageux, colérique et bagarreur. Au collège il est bien meilleur élève que moi mais j’ai très vite l’impression que je vais gagner la partie d’échecs que nous commençons car Gilles fait n’importe quoi ; il sacrifie des pièces, il me les donne. Tout à ma joie de les « manger » je ne me rends compte de rien. Et je me prépare déjà à lui expliquer, une fois la partie gagnée, qu’on ne joue pas comme ça. Mais à cette impatience, très vite (la partie ne va durer que 6 ou 7 minutes) va succéder un agacement, et une inquiétude : est-ce qu’il n’est pas en train de prendre la partie à son compte ? Et là, qu’est-ce que c’est que cette position ?! Mon roi est mat et je l’ai dans l’cul ?

Numéro d’écrou 362573 juxtapose une fiction d’Arno Bertina et des photographies d’Anissa Michalon. Le texte et les photos tournent autour d’un des personnages, Idriss, qui n’est pas qu’un personnage de fiction mais renvoie à une personne réelle. Idriss est originaire du Mali, immigré clandestin en France. Il est, comme on dit, un « sans-papiers ».

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Contrechamp

Une histoire ne semble jamais devoir s’écrire qu’en dehors d’elle-même, qu’au moment où les faits ne parviennent plus à l’épuiser, quand, en vérité, les dates cessent de lui importer, quand elle a fini par comprendre qu’elle n’a jamais eu lieu. Depuis cette présence qui peine tant à s’affirmer et cette absence qui peine tant à se faire oublier, le Baroque paraît, en effet, faire comprendre que son histoire et celles qu’il raconte, celles qu’ils disposent en intrigue notamment dans Appoggio, n’adviennent jamais véritablement.

La littérature n’arrive jamais à temps. Inlassablement et comme malgré elle, elle ne cesse de temporiser l’Histoire, d’accuser sur elle et de lui faire accuser un retard qu’aucun temps ne saurait refaire et qui, au fur et à mesure, creuse un abîme à figure de faillite et d’effondrement où le Présent semble s’éloigner de lui-même, où, d’unique et indivisible, il finit par ne plus s’appartenir non plus que véritablement exister.

La collection « Libre cours » aux Presses universitaires de Vincennes a édité plusieurs titres. Destinée en priorité aux étudiants par sa facture (synthèse sur des questions, des auteurs, des problématiques) et son prix, elle veut aussi offrir à un « public curieux et cultivé, un état du savoir actuel sur des questions essentielles dans diverses disciplines ». Un de ses derniers titres est l’ouvrage incitatif de Violaine Houdart-Merot, La création littéraire à l’Université, l’occasion d’un grand entretien avec son auteure.

Sans doute notre contemporain est-il taraudé, secrètement, soudainement, par l’idée, impossible mais toujours vive, d’un contre-livre, d’un Livre nu et comme noir qui aurait compris dans l’envers négatif et comme néantisé de toute Littérature, qu’écrire, ce serait désormais écrire après tous les livres, bien après les bibliothèques, quand la dernière page du dernier livre a été tournée depuis longtemps et que tous les livres sont à présent refermés et rangés, irrémédiablement.

Pluie de livres, tous intéressants, et même, pour certains, passionnants. Je ne crois guère qu’un “papier” (merveilleux que l’on puisse encore utiliser ce mot pour nos élucubrations sur Internet) puisse être autre chose qu’une sorte de montage de feuilles arrachées à un carnet de bord collées sur papyrus, roulé avant d’être introduit dans une bouteille jetée à la mer. C’est uniquement par jeu qu’on continue : jouer, non à convaincre – puisque “convaincre est stérile [ou (var.) : infécond]” comme l’a écrit Walter Benjamin –, même si l’on espère contaminer d’hypothétiques lecteurs et lectrices de passage, mais à créer ce que j’entends par “constellations”, ces cristallisations, en partie aléatoires, en partie construites suivant des lignes de tension, d’objets épars – étoiles plus ou moins lumineuses qui se détachent de la grisaille – que l’on observe, allongé au cœur du Terrain vague, oubliant de compter le temps qui passe.

Emmanuel Macron aime lire. On connaissait déjà son goût pour la mythologie grecque antique, voilà qu’il dégaine à présent son amour du romanesque, dans un entretien à la Nouvelle Revue Française (pas moins). Son amour, ou plutôt celui qu’éprouve le « peuple français », épris d’aventures hautes en couleurs, de drame, voire d’un certain sens du tragique qui met en valeur les contrastes et exacerbent les émotions.

Au sortir de la nuit : en rêve, ou peut-être en songe, une constellation s’est formée. Même si une telle association d’objets plus ou moins lumineux (souvent des livres, mais pas seulement) peut sembler le fruit d’une cogitation personnelle, elle finit par s’imposer, non seulement à soi, mais à tous, comme si elle avait toujours été là, en attente d’un regard – ou d’une écoute. On peut très bien ne jamais la voir.

En prélude au 28e Salon de la Revue qui se tiendra le 9, 10 et 11 novembre, Diacritik, partenaire de l’événement, est allé à la rencontre d’André Chabin, Yannick Kéravec et Hugo Pradelle, les trois organisateurs de cet événement clef dans la vie des revues. L’occasion pour Diacritik de les interroger sur la riche programmation de cette année placée notamment sous le signe croisé des hommages, de la politique et de très jeunes revues.

Les librairies sont fermées et les initiatives d’éditeurs se multiplient pour permettre aux lecteurs d’accéder à leurs titres, et en particulier à des livres tout justes parus et rendus indisponibles par le confinement. C’est le cas des éditions Inculte qui nous permettent d’accéder en un clic et quelques euros à quinze nouveautés et/ou livres de fond de leur catalogue. Parmi ceux-ci, A fendre le cœur le plus dur signé Jérôme Ferrai et Oliver Rohe, auquel Diacritik avait consacré plusieurs articles, ici réunis, lors de sa sortie.