© Dominique Bry
© Dominique Bry

J‘ai imaginé mon générique de film idéal, avec une idée fixe, une histoire de mecs, faite de dialogues de garçons et de monologues pensifs, avec des allers et retours dans le temps et l’espace. Tout en conservant une certaine unité théâtrale de lieu et de temps. Je me dis que la chanson de fin était à l’origine de mon postulat farfelu : composer une bande son en phase avec mon propos. Au milieu de ce long-métrage virtuel et à la lecture de ce scénario qui n’en est pas un, je me suis rendu compte que quelque chose était peut-être en train de s’écrire. Musique.

Laurence Zordan, La vengeance des papillons

Quand la douleur est là, comment lutter ? Fermer les yeux, s’absenter n’y suffit pas, l’exergue de Paul Eluard en instruit d’emblée le lecteur. « Ses yeux ont tout un ciel de larmes/ Ni ses paupières ni ses mains/Ne sont une nuit suffisante/Pour que sa douleur s’y cache . » Reste au contraire à ouvrir les yeux, apprendre à lire le monde pour en décoder les signes, bons ou hostiles, et compter sur les papillons pour emporter sur leurs ailes, telle Psyché, l’âme délivrée du mal.

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Robinson de Laurent Demoulin est sorti après la course aux prix. C’est sa chance : nous allons lire, loin du brouhaha, ce qui est un grand roman et l’un des plus beaux de la rentrée. Une robinsonnade postmoderne en quelque sorte. C’est que Robinson, le héros, est un jeune autiste (10 ans) et que son île n’est autre que sa personne même, celle que raconte par petits tableaux son père en bon Vendredi qu’il est, protecteur et infatigable. Comme on voit, les rôles langagiers sont ici inversés : Robinson n’a pas la parole ou plus justement est sans parole (hormis ses rires, ses pleurs, ses colères) tandis que le père ne cesse guère de s’adresser à lui, veilleur attentif et toujours en alerte.

Certains livres vous invitent dans un univers totalement autre, dès leurs premières lignes : Double nationalité de Nina Yargekov (qui a reçu le prix de Flore la semaine dernière) est de ceux-là. Une jeune femme se retrouve dans un aéroport, elle ne sait plus qui elle est, où elle va, pourquoi elle est là, elle n’a d’abord que le contenu de son sac à main pour mener l’enquête. Mais cette altérité fascinante n’est pas seulement liée au sujet du roman ou à son personnage central : la fantaisie de Nina Yargekov, sa manière de décaper la langue, le récit et plus largement nos repères sont une invitation au voyage, au Nouveau.