bibliotheque-elivre-sncf-abonnementSelon une étude commandée par la SNCF à l’Ifop, dans les trains dont les trajets durent plus d’une heure, 75 % des passagers lisent — pour prendre le TGV deux fois par semaine, l’auteur de cette brève a des doutes sur l’exactitude du chiffre, ou alors elle ne prend pas la bonne ligne. Toujours est-il que la SNCF a lancé la semaine dernière un nouveau service, le e-livre, permettant d’accéder à 100 000 livres numériques, gratuitement pendant 45 jours d’essai, et, à partir du 19 décembre, contre un abonnement mensuel de 9 € 90.

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Depuis que la Belgique existe, la littérature francophone du pays a toujours eu du mal à se faire entendre. Les auteurs avaient le choix : être accueilli par un éditeur de Paris et les élus étaient peu nombreux ou bien se rabattre sur un éditeur local dont on savait par avance qu’il diffusait mal ses ouvrages. Le plus souvent, la caisse de résonance était faible. Même les textes de ceux qui furent les plus grands — Maeterlinck et Verhaeren pour l’époque symboliste, Baillon plus tard, Nougé et Chavée pour le temps du surréalisme — devinrent inaccessibles, parce qu’ils étaient rarement réédités.

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Nos dialecteurs ont un flair littéraire certain, eux qui ont décerné, dès samedi, leur Goncourt à Mathias Enard, pour Boussole, un roman exigeant, littéraire, foisonnant, un récit des frontières, comme celle qui scinde et unit les deux rives d’Istanbul : « se promener dans Istanbul était, quel que soit le but de l’expédition, un déchirement de beauté dans la frontière — que l’on voie Constantinople comme la ville la plus à l’est de l’Europe ou la plus à l’ouest de l’Asie, comme une fin ou un commencement, comme une passerelle ou une lisière, cette mixité est fracturée par la nature, et le lieu y pèse sur l’histoire comme l’histoire elle-même sur les hommes. »

C’est l’apocalypse ! La fin du monde n’est peut être pas si proche – je ne suis devin –, mais l’issue de l’année l’est bel et bien, généralement accompagnée de son lot de compilations et d’albums de « poids lourds » censés booster les ventes d’ici noël, pour peu qu’on offre encore des CD de nos jours (j’attendrai la sortie du vinyle du nouveau Lara Fabian avant de l’offrir à mon pire ennemi, c’est quand même un bien plus bel objet). Au programme des festivités 2015, voici un florilège de ce qui nous attend : Keen V vient d’arriver numéro 1 des ventes pour la sortie de son tout nouvel album, une collection de reprises de Barbara par Patrick Bruel – sacrilège – va être proposée, des centaines de millions de clics vont encore être enregistrés sur le dernier clip vidéo d’Adèle (qui rend hommage aux pires chanteuses hurlantes des années 90)… Et on l’inviterait bien à fermer son (téléphone à) clapet. Et J’en passe.

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Un homme pressé, et sans doute blessé. Pour qui nous avons pris le train. L’homme de Phèdre, des Paravents, d’Hamlet, de La Dispute, d’Intimité. Qui révéla Koltès au grand public. Un homme en recherche, questionnant, curieux, ouvert sur les arts, tous les arts, qui dit s’être construit des autres, de ses rencontres* : « apprendre ce que je ne sais pas, d’une certaine façon à devenir la personne que je ne suis pas encore ». Cet homme rare s’appelait Patrice Chéreau.

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Alors qu’il parle de la poésie, Jean-Marie Gleize commence par parler d’amitié, de fenêtre ouverte, de la main d’un ami décédé – de l’amitié, d’un art des relations gratuites, rencontrées dans le hasard du monde. L’ami, c’est celui avec qui l’on habite, même si l’on n’habite pas avec lui – l’amitié est une maison commune, même si la maison est faite de distances, une maison de papier. Nous creuserons l’épaisseur du papier, dit Jean-Marie Gleize, sans autre bruit que celui de l’eau, le bruit du vent. L’amitié, c’est déjà la poésie, et la politique.

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Christine Angot a reçu aujourd’hui le prix Décembre pour son roman Un amour impossible (Flammarion).

En France s’est progressivement installée depuis quelques années bientôt, à l’horizon du mois de septembre ou de la mi-août, une tradition aussi violente que soudaine : presque pas une rentrée sans Christine Angot ou plutôt presque pas une rentrée sans avoir d’avis sur Christine Angot. Angot, ce n’est plus uniquement le nom d’un auteur. Angot, c’est une opinion, c’est une brusque discussion, c’est un nom ardent qui résonne jusque dans les bars tabac, ce que la littérature n’avait hélas plus réussi à accomplir depuis bien longtemps maintenant.

AE6ICcZ1yR5sic7TK5u3c0UXXMz80VL0-couv-1200Il est des livres qui portent un mystère en eux. Les Équinoxes fait assurément partie de ceux-là. Pari un peu fou, expérience aux frontières de la création, jamais le qualificatif d’objet-livre n’aura été si bien porté. Musical, graphique, sensitif, littéraire, impressionniste, Les Équinoxes de Cyril Pedrosa confirme le talent de l’auteur de Portugal, sa manière de produire des œuvres à la fois intimistes et denses qui parlent à tous.

Construction gigogne, labyrinthique, l’album de Cyril Pedrosa est un ravissement, mêlant planches et prose, récit et dessin. D’ailleurs peut-on encore parler d’album face à 330 pages au contenu surprenant, déroutant même ? Critique et entretien.