© Francesca Woodman
© Francesca Woodman

Des photographies comme autant de miroirs, interdisant l’image rassurante d’un corps plein et solide, défaisant les coordonnées de l’individu, rendant paradoxalement impossible tout narcissisme (même misérabiliste), tout Je. Miroirs pour dissiper, effacer le corps et le visage à travers un espace sombre, vide, détruit – effacement du corps qui serait aussi bien une libération du corps. Des autoportraits, des images de son propre corps, mais pas du tout pour s’exhiber, se (re)connaître, se réapproprier son corps ou son image aliénés.

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À l’origine du roman de Laurent Mauvignier, une date, le 11 mars 2011, celle d’un tsunami qui a ravagé les côtes du Japon. Les regards de tous les habitants de la planète convergent vers l’archipel, l’information continue est en boucle, déferlante d’images, témoignages, dévastation. La catastrophe nous a sans doute, comme toutes ces grandes dates qui trouent la linéarité du quotidien, donné le sentiment de vivre en un seul et même lieu : non plus des pays, des villes, des espaces marqués par des frontières mais une planète, la Terre.

PhotomaniesCe livre, format à l’italienne, est comme un album, un tiroir ouvert sur un imaginaire, un partage. On connaissait Yves Pagès éditeur (Verticales) et écrivain, le voilà photographe ou plutôt photomaniaque dans ce livre paru au Bec en l’air. Yves Pagès a des « monolubies » et des « binomanies », il aime saisir des moments et des lieux, les associer. Il a aussi tout un « fiascorama » ; des photos ratées, de ce fait racontées, notées dans des petits carnets. Le Yves Pagès photographe est bien sûr le même que le Yves Pagès écrivain : une planche contact qui saisit des instantanés, construit des archyves (c’est le nom de son blog) et nous offre ses « affinités perceptives », en 250 photographies :

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Boris-Hubert Loyer a une passion contrariée pour les musées. Il y a quelques années de cela, il avait été fort marri en visitant le MET de New York, n’hésitant pas à demander au vigile en faction devant l’ascenseur « pardon Monsieur, l’exposition «Jeff Koons on the roof», c’est à quel étage ? ». Avant de s’engouffrer dans la cabine toute honte bue, et néanmoins fier d’avoir dit une koonerie plus grosse que lui dans la langue de Shakespeare.

Logo DK23 septembre, 23 octobre, la rédaction de Diacritik a donc fêté hier et plus ou moins dignement son premier mois d’activité. Après s’être longuement écharpé sur le choix du terme (« mensiversaire » pour les uns et « moisiversaire » pour d’autres), il a été décidé que l’on n’utiliserait pas de mot valise qui ne serait pas dans le dictionnaire. Ces coulisses de la rédaction vous proposent donc aujourd’hui un bilan au narcissisme assumé, cédant à un désir freudien d’introspection pour vous raconter ce mois-plaisir, ce mois idéal…

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Non pas un mais trois livres aujourd’hui : pas seulement pour briser la contrainte du « un livre un jour », mais parce qu’ils vont si bien ensemble, comme diraient les Fab Four : Le Carnet d’adresses de Sophie Calle, Carnet d’adresses et Répertoire des domiciles parisiens de quelques personnages fictifs de la littérature de Didier Blonde. Autant dire une infinité d’autres livres en creux et en adresses…

maxresdefaultNew Wave made in China. Le mot nouvelle vague reprend ici son sens et ne se limite pas à la désignation d’un genre musical. Témoin d’une société chinoise en mutation, qui est peut être au bout d’un cycle, Nova Heart, groupe de Pékin fédéré à l’initiative d’Helen Feng – DJ et ex animatrice sur MTV China, n’est peut être que le précurseur d’un mouvement qui ose le chant en anglais et qui s’adresse à tous, sans frontière. Jusqu’ici peu de groupes asiatiques arrivait jusqu’à nous, leur musique étant destinée souvent au « marché » local. Mais ici on ne parle pas commerce mais art.

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Ne vous fiez pas à l’épaisseur de ce livre pour jauger son importance : A ce stade de la nuit est de ces textes majeurs dont aucun mot ne dépasse, sculpté à l’os pour dire l’essence d’un moment, d’une crise, autour d’un mot, un nom propre qui exsude de sens poétiques et politiques, nom propre devenu nom commun, martelé aux informations dans une forme d’indifférence générale que refuse Maylis de Kerangal : Lampedusa.

Laura (Anne Kessler) et le Capitaine (Michel Vuillermoz)
Laura (Anne Kessler) et le Capitaine (Michel Vuillermoz)

« Dévorer ou être dévoré, voilà la question ! »
Strindberg, Père, Acte III

On remercie Eric Ruf d’avoir invité Arnaud Desplechin à la Comédie française et de lui avoir offert la prestigieuse salle Richelieu pour qu’il monte sa première mise en scène théâtrale, Père d’August Strindberg. Desplechin qui a à son actif neuf longs métrages – son dernier, Trois souvenirs de ma jeunesse, sorti en mai 2015 –, trois courts métrages, un téléfilm (La Forêt) et un film-documentaire (L’Aimée) est indéniablement une figure marquante du panorama cinématographique français.

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Dans Elle, chaque semaine, des fiches cuisine. Parfois les recettes sont celles d’écrivains, comme en janvier 2013, quatre fiches signées Jay McInerney. Qui sont directement parties dans un de ses livres (La Belle vie, forcément), sorte de marque-page d’un autre genre. Ce qui m’a permis de les retrouver (relativement) rapidement dans ma bibliothèque pour ce Books and Cooks du jeudi.