Marielle Macé l’écrivait dans Façons de lire, Manières d’être (Gallimard, 2011), « la lecture est d’abord une « occasion » d’individuation : devant les livres, nous sommes conduits en permanence à nous reconnaître, à nous « refigurer », c’est-à-dire à nous constituer en sujets et à nous réapproprier notre rapport à nous-mêmes dans un débat avec d’autres formes ».

Émouvant et fort : tels sont les termes qui viennent à l’esprit à peine la lecture achevée de Dans ta voix, tous les visages disent Je de Serge Ritman qui vient de paraître chez Tarabuste. En autant de poèmes, Ritman dévoile un chant nu, celui qui va à la rencontre d’une aventure plurielle : qui part du corps et de la jouissance de l’autre pour l’élargir au film du monde, un monde où le soulèvement serait celui d’un peuple. C’est peu de dire que la poésie de Ritman dépasse le lyrisme : elle l’élargit à la pulsion politique du vivre. Autant de sujets que Diacritik ne pouvait manquer d’aller évoquer en compagnie du poète le temps d’un grand entretien.

Stimulant et passionnant : tels sont les deux termes qui viennent immédiatement à l’esprit après la lecture de Trompe-la-mort de Lionel Ruffel qui paraît aujourd’hui chez Verdier. Entre l’essai et l’histoire, entre le récit et la réflexion, Lionel Ruffel évoque, au moment où l’université vacille, l’humanité littéraire telle qu’elle nous fonde et telle qu’elle se transmet. Bond vers l’écriture tout autant que livre de lecteur, Trompe-la-mort soulève des questions que Diacritik a voulu poser à son auteur, l’un des artisans du Master de création littéraire à Paris 8.

Cet entretien, ce dialogue, ces entre-mots, entre-paroles, sont tissés de dialogues qui les précèdent. Si la véritable archéologie de ceux-ci est impossible à mener, fondamentalement infinie, leurs symptômes les plus signifiants se situent sans doute à l’endroit d’une incompréhension : celle résultant du dialogue avec ce film documentaire dont je ne saisis pas la dramaturgie, dont mes propres respirations paraissent en discordances avec les siennes, alors même que la matière qui le compose devrait presque obligatoirement me faire vibrer.

A l’heure où certaines Cassandre proclament avec perte et fracas l’irrémédiable fin de la littérature et le conséquent décès de la critique, sans doute la littérature contemporaine n’a-t-elle jamais autant brillé depuis son champ dispersé et résolument éclaté, et la critique ne s’est-elle trouvée autant de voix neuves pour venir la cartographier depuis ses accidents répétés.