Julie Otsuka
Julie Otsuka

« Sur le bateau nous étions presque toutes vierges » : « nous », ces femmes japonaises — « certaines n’avaient que quatorze ans et c’étaient encore des petites filles » — qui traversent le Pacifique vers la Californie où les attendent leurs « fiancés », des hommes qu’elles n’ont jamais rencontrés. On est au tout début du XXe siècle. Masayo, Mitsuyo, Nobuye, Kiyono (et tant d’autres rassemblées dans ce « nous ») rêvent de vies nouvelles, d’amour, les photos envoyées au Japon ont fait naître l’espoir. Julie Otsuka trame leurs voix, les mêle en un « nous » incantatoire. Elle suit ces femmes, dit des vies, en de courts chapitres qui construisent, peu à peu, un roman choral aussi puissant qu’il est court et sobre.

Luz (Photo : Dominique Bry)
Luz (Photo : Dominique Bry)

Le 21 mai 2015 paraissait Catharsis de Luz. Un livre majeur dans lequel le dessinateur raconte comment il a failli devenir fou, comment il n’a pas vu, comment il a essayé de (re)vivre malgré la douleur, la colère, la tristesse et la perte. Malgré la peur aussi. Six mois après sa publication, un an après les attentats de Charlie et tout juste auréolé du prix France Info de la bande dessinée d’actualité et de reportage, Catharsis résonne encore comme l’expression d’un artiste qui a utilisé son art pour reprendre goût à la vie après l’indicible, après l’inexprimable.

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25 janvier 2016, c’est Tou Bichvat pour les Juifs, « Nouvel An des arbres », Ilan en hébreu.

Il y a 10 ans, le 20 janvier 2006, Ilan Halimi, 23 ans, vendeur dans une boutique parisienne, est enlevé, puis séquestré dans un immeuble HLM de Bagneux pendant plus de trois semaines. On le retrouvera nu, bâillonné et menotté, trois semaines plus tard, agonisant le long des voies ferrées du RER C, dans le département de l’Essonne. Il décédera lors de son transfert à l’hôpital.

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« Ce n’est pas une histoire sur le mariage mais sur la séparation, sur la tentative de briser la forme du mariage pour s’en libérer ».

Les lecteurs français connaissent Rachel Cusk pour ses romans, tous traduits aux éditions de l’Olivier — Arlington Park (2007), Egypt Farm (2008) et Les Variations Bradshaw (2010) et disponibles en poche chez Points. Mais la romancière est aussi une essayiste engagée : en 2001, elle publie A Life’s Work, on becoming a mother, montrant comment grossesse et maternité tiennent socialement lieu d’identité féminine. Un sujet qu’elle aborde également dans Contrecoup (2013) évoquant cette femme soudain devenue mère, découvrant une part « inconnue » en elle à la naissance de ses enfants, une « jumelle », quand l’autre part d’elle-même refuse le diktat social, demandant « juste une certaine marge de liberté, une dispense temporaire du protocole strict de l’identité ». Elle n’est pas « une femme générique » — « la personnalité n’est pas générique ».

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Cette semaine, Diacritik a parlé BD, Deleuze, littérature ; évoqué les polémiques pré-Angoulême ; fait la cuisine avec Desproges ; conduit ses lecteurs à Lille en photographies ; parlé du silence du monde, de sexe et pouvoir en littérature, de musique avec Daughter, d’ours qui sont des écrivains comme les autres, de murs parisiens ivres et rimbaldiens, de blasphème, de désir et inconnu dans une nouvelle page du journal d’Olivier Steiner. Et rendu un hommage en plusieurs volets à Ettore Scola.

Et pour ces dix-septièmes coulisses, c’est Johan Faerber qui s’effeuille en un abécédaire littéraire et « ymmodeste » :

Cuisine Desproges

Pierre Desproges, chroniqueur gastronomique pour Cuisine et vins de France, c’est étonnant, non ? Et pourtant. Entre 1984 et 1985, l’humoriste écrivain a sévi dans les pages de ce magazine pour amateurs de bonne chère (bonne chair ?) sur papier glacé, marchant dans les pas (pour ne pas dire sur les pieds) de Maurice Edmond Saillant dit Curnonsky ci-devant gastronome, humoriste, critique culinaire et fondateur de la revue pour apprendre à cuire les œufs sans dénaturer le goût du Pommard.

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C’est un livre qui se présente sous la forme d’un abécédaire passant en revue les acteurs de la vie parisienne, dans la lignée revendiquée du Petit Almanach des grands hommes d’Antoine de Rivarol (1788) ou des Noctambulismes de Jean de Tinan (publication posthume en 1921) : l’Abécédaire du tout-Paris de Paul de Vallonges se veut la version contemporaine de ces entreprises visant à croquer et chroniquer un petit monde, assez fermé, avec ses têtes d’affiche et ses figures plus underground, ses lieux, son idiome.