Lionel Ruffel poursuit depuis dix ans une réflexion dense sur la notion de contemporain. La parution de Brouhaha chez Verdier en est une étape importante et Johan Faerber en a retracé quelques jalons dans plusieurs articles ces derniers jours (Mettre un terme, Français encore un effort pour être contemporains et De quoi le contemporain est-il le nom ?). Deux soirées, aujourd’hui et demain, à la Maison de la Poésie et à l’espace Khiasma, viendront poursuivre la réflexion, la mettre en perspective et en voix. En voici le programme.

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Lionel Ruffel
Lionel Ruffel

« Tout problème en un certain sens en est un d’emploi du temps » affirmait, depuis sa coutumière intransigeance, Georges Bataille au seuil résolu de sa méthode de méditation qui désirait lui faire apercevoir, au-delà des sombres voiles d’un temps toujours à soi dérobé, l’instant souverain d’une expérience qui dirait la matière du présent, lui trouverait son nom enfin réel dans le langage et n’abandonnerait pas le contemporain à la part maudite de toute pensée. Nul doute qu’une telle conception qui dessine le temps comme une savante et multiple architecture dont le présent se tiendrait comme l’indépassable et permanente clef de voûte trouve un fracassant écho dans Brouhaha de Lionel Ruffel, puissant essai sur le sens du contemporain et de ses mondes qui vient tout juste de paraître chez Verdier.

Vittorio Gassman, Sophia Loren, Fantômes à l'italienne

Cas d’espèce, cas isolé ou cas pendable ? Avant toute chose, Le Cas Annunziato premier roman de Yan Gauchard, est un objet littéraire aussi plaisant qu’intelligent, qui interroge en outre discrètement notre mode de vie moderne, intempestif, surconnecté…
L’occasion aussi de se replonger dans une atmosphère florentine dans l’ombre comme dans la lumière.

Laura Vasquez
Laura Vazquez

Si, je suis constamment choqué. Lisez donc mes livres, c’est un amoncellement de millions de chocs. C’est un alignement non seulement de phrases, mais d’impressions de choc, Thomas Bernhard.

Le matin je ne suis pas de bonne humeur, au début de l’après-midi je n’ai pas assez de force, vers la fin de la journée je peux écrire un peu parfois, dans mon appartement, dans mon bar vide préféré. Quand une lecture est programmée, j’écris la veille le texte. Je ne veux pas savoir ce que j’ai fait. Je me sens sombre et mal à l’aise quand on me parle de mes textes je dois disparaître du temps.

Louise Bourgeois 1982, par Robert Mapplethorpe
Louise Bourgeois 1982, par Robert Mapplethorpe

Parmi les figures de l’art contemporain représentées sur les tableaux retrouvés de Randall, dans le roman de Jonathan Gibbs, p. 172 : Louise Bourgeois. Et c’est justement Louise Bourgeois que figure un court (et magnifique) livre de Jean Frémon, Calme-toi, Lison, Louise Bourgeois prise dans un monologue intérieur en « tu », parfois interrompu par un « je », bribes de souvenirs et sentiments évidemment imaginaires mais ancrés dans la biographie — l’enfance à Choisy-le-Roi, le mariage avec Robert Goldwater, le départ pour New York, la création, Jerry Gorovoy…
Jean Frémon écrit à partir de sa longue fréquentation de l’artiste depuis les années 80, lui qui, directeur de la galerie Lelong (Paris et New York), organisa sa première exposition en Europe, en 1985.

Giorgio Agamben
Giorgio Agamben

Sans doute ne sommes-nous pas encore nos propres contemporains. Sans doute vivons-nous dans le temps qui nous échoit au cœur d’un indéfectible et terrible retard à notre propre époque que nous traversons et où nous sommes jetés de cécité et de surdité – et d’oubli. Sans doute encore peinons-nous dans notre actualité à nommer cette même époque, à lui trouver un visage de langage, à lui donner son nom de Littérature dans la langue : sans doute, de tout ce qui nous écrivons sur ce qui s’écrit, ne sommes-nous pas encore présents à notre contemporain.

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Auteur de bandes dessinées, Cyril Pedrosa lance avec Tangui Jossic un appel à financement participatif en vue de concrétiser un projet artistique ambitieux nommé Panorama : la réalisation d’un leporello, une image repliable en 6 volets (première publication des éditions La Vie moderne que l’auteur de Portugal et Les Equinoxes va créer cette année).

les rdv d'annaAvant d’être cinéaste, Chantal Akerman voulait être écrivain. Pour autant son cinéma est-il littéraire ? S’il l’est, il reste pur cinéma, pur mouvement, pur écoulement du temps, sensible au corps et à la voix, à la matière des corps autant qu’à celle des mots. Et attaché à la vérité. Littéraire comme celui de deux autres cinéastes, Marguerite Duras et R. W. Fassbinder : auteurs d’une œuvre écrite considérable d’où découlent parfois leurs films. Rien de tel chez Chantal Akerman : deux récits publiés : Une famille à Bruxelles, (1998, L’Arche Éditeur), Ma mère rit (2013, Mercure de France) et un unique texte dramatique : Hall de nuit (1992, L’Arche Éditeur).

designboom_murakami1Londres, début des années 90 : la bulle est double, artistique et spéculative. Randall, charismatique et excentrique étudiant en arts plastiques, rencontre Vincent, jeune banquier, « Mister City ». A travers leur amitié, Jonathan Gibbs, d’une plume féroce et caustique, saturée de wit, cet esprit so british, fait le récit d’une époque dont ils seraient les parangons :

« Je vis comment un groupe de personnes se débrouilla pour accéder à une position dominante dans le milieu de l’art de la capitale, et comment une nation, séduite et titillée par leurs pitreries et leur assurance, s’empara d’elles pour les porter au pinacle de sa culture, de sa vision d’elle-même, à une époque où le monde braquait ses regards sur Londres en proclamant le retour du Swinging London ».

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Bonjour Monsieur, l’exposition Jeff Koons on the roof, c’est à quel étage s’il vous plait ?

L’été est souvent propice aux activités les plus diverses et cette année-là, Bobo Loyer avait décidé de se mettre à l’art. Le vrai, le seul, l’unique, celui qui fait se vendre la croûte au prix de plusieurs Airbus A380, celui qui fait s’ébaubir les connaisseurs, se pâmer les ménagères et s’ennuyer les lycéens dans les couloirs des musées nationaux, avec dans le regard les airs atones du couteau regardant la poule dans le blanc des œufs.