tati Monsieur Hulot

A partir du 21 décembre, Arte organise un cycle consacré à Jacques Tati, avec la diffusion de certains de ses films — Trafic, Mon Oncle, Jour de fête, Playtime, L’École des facteurs — ainsi que d’un documentaire d’Emmanuel Leconte et Simon Wallon, Tati express.
Dans l’entretien qu’il a accordé à Diacritik, Antoine Gaudin évoque ce qui, selon lui, fait encore aujourd’hui la singularité et la beauté du cinéma de Jacques Tati.

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J’aime bien Lelouch.

Je pourrais en faire un plaisir coupable, avec ce petit ton condescendant qui fait les grands critiques de cinéma, mais non : j’aime vraiment bien Claude Lelouch, et je ne me l’explique pas, parce que depuis vingt ans, il accumule les navets. Notez que je n’en attends jamais rien d’exceptionnel, mais invariablement il me déçoit et son dernier film  Un + une est même franchement insupportable.

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Manuel Candré présente son livre, Le portique du front de mer, comme l’effet de sa  « rencontre » avec Vermillion Sands, recueil de nouvelles de J.G. Ballard. Le thème de la rencontre est un de ceux qui traversent ce livre : rencontre avec des événements étranges, des mirages extraordinaires, des distorsions du temps, de l’espace, des passions incompréhensibles du corps. A travers cet accent mis sur le thème de la rencontre, l’auteur semble aussi insister sur ce que peut être la littérature, l’écriture comme lieu d’une rencontre perturbatrice du monde et de la pensée qui défait leur mode d’être habituel – pour l’émergence d’une pensée fascinée par les images d’un monde d’images et de mouvements, de devenirs inédits et infinis.

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Écrire, n’est-ce pas toujours se situer dans une filiation, un « qui suis-je ? », interrogation d’une identité comme d’une inspiration ? Écrire n’est-ce pas d’abord avoir lu ? Le Portique du front de mer de Manuel Candré énonce sa source : la découverte séminale, vingt ans plus tôt, de Vermilion Sands de Ballard et les « paysages intérieurs que sa lecture a fait lever en moi ».

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Paru en 1985, alors que Woody Allen s’acharnait déjà depuis longtemps d’ironie sur le cadavre de son psychanalyste new-yorkais, La Cuisine de Freud, signé du précisément psychanalyste James Hillman et de l’éminent docteur Charles Boer, se présente comme un manuscrit retrouvé de Freud, égaré dans les archives de l’homme viennois, une somme d’impensé auquel personne n’aurait trop prêté attention et qui, pourtant, contiendrait de manière inouïe l’essence même de sa science sinon mieux : son inconscient. Entre totems et tapioca, scones érogènes et Jung Food, à coups de jeux de mots lacaniens donc oulipiens, la cuisine chez Freud révèle ici sa cène primitive.

Les dessins de la rédaction de LRD

Depuis deux ans, quel journal a bien pu parler à la fois d’Aube dorée, des mutations de La Poste, des écoutes made in France en Lybie, du lobby des pro gaz de schiste, du SAC du Général de Gaulle, des affaires de Nicolas Sarkozy et de l’histoire du journal Pilote ou de l’assassinat du juge Renaud ? Libération ? Le Nouvel économiste ? Mediapart ? Non. Trois fois non. Tous ces sujets et ces articles ont paru dans La Revue Dessinée qui, comme son nom le suggère, propose reportages, documentaires et chroniques en bande dessinée et s’applique à raconter l’actualité et à expliquer le monde dans lequel nous vivons.

Marguerite Duras et Loleh Bellon dans la loge de la comédienne durant les répétitions de La Bête dans la jungle, 1962.
Marguerite Duras et Loleh Bellon dans la loge de la comédienne durant les répétitions de La Bête dans la jungle, 1962.

Henry James et Marguerite Duras ont beaucoup en commun. Le goût du secret, de l’amour irréalisable, du désir indicible, de regards insaisissables, de voix silencieuses qui tentent de croiser leurs sons muets. James écrit entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe, Duras est la reine de la deuxième moitié du XXe. Ce qui les rapproche, nonobstant le décalage temporel, géographique, sociétal, est aussi la même conception de la littérature. Leurs textes séduisent le lecteur qu’ils attirent dans les filets de l’espace littéraire pour qu’il contribue à combler les absences du récit. On ne pourra sans doute jamais déceler l’image qui se cache dans leurs tapis ou découvrir quelle bête se dissimile dans la jungle de leurs mots, peu importe, le jeu auquel ils nous invitent est celui de continuer à lire et à chercher, à essayer de découvrir ce secret fantôme que recèle tout récit. Peut-être, est-ce ce tour de folie et de magie que tout Art nous fait vivre et que rien, tout simplement rien, ne pourra brider.

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En 2014, Kerry Hudson publie son premier roman, Tony Hogan m’a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman, un livre au ton singulier, entre réalisme cru et poésie pop. En 2015, son second roman, La Couleur de l’eau, est couronné par le prix Femina. C’est le lendemain même de la remise de ce prix que nous avons rencontré la romancière écossaise pour un long entretien.

Juliette Mézenc
Juliette Mézenc

Casier du lycée : Je l’ai découvert assez tard, au fond de mon casier de prof en « lycée sensible », sous la forme de mauvaises photocopies que j’ai lues entre deux cours, une fesse sur une chaise puis les deux, puis la salle des profs a disparu. Il s’est mis à me parler, ce type me parlait à moi, il avait écrit ce texte exprès pour moi et quelqu’un, un Hermès de salle de profs, l’avait photocopié et mis là dans mon casier, à mon intention, sa parole m’était exclusivement adressée, comme ce fut le cas pour tous les livres qui m’ont marquée, cette conviction qu’ils ont été écrits à mon adresse (et que d’autres ressentent la même chose pour le même texte ne fait bien sûr que renforcer l’idée qu’un grand livre est un livre qui ne parle pas à tous mais à chacun et à peu. Combien dans ce monde sommes-nous à avoir lu Rimbaud en dehors du « Dormeur du val » et de l’école ? Un pourcentage serait ici utile à ma démonstration).

Argerich (Martha)

Martha Argerich, son jeu chamanique, la musique entre en transe. Schumann, Ravel, Chopin ventriloqués. Le clavier brûle, les quatre-vingt-huit touches transmutent l’enfance en gerbes d’eau et de feu.

Bifurcations

Quand on part avant d’arriver, quand on se grise de l’aléatoire, trois étoiles dans ses poches trouées.

Corps

Tant d’homonymes au corps qu’il migre dans des états post-anatomiques tandis que piaffent des tribus d’esprits en bandoulière.

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Diacritik publie un long entretien d’Amaury da Cunha avec Frank Smith à l’occasion de la parution de son Fonctions Bartleby, Brefs traités d’investigations poétiques, qui vient de paraître aux éditions Le Feu sacré. Il y est question de poésie, du rapport du langage au réel et au monde, d’archives, d’un regard qui fait image et sens.