Nicolas Maury, Steve Jobs, Marseille 7 octobre 2017 (photo : C. Marcandier)

Que disent de nos propres existences ces vies célèbres, surexposées, supposées emblématiques, les icônes de nos modernités, quand on les extrait de nos fascinations mimétiques ?
Alban Lefranc, dans ses romans, a déjà exploré celles de Nico, de Pialat, de membres de la bande à Baader, de Fassbinder, de Mohamed Ali, etc.
La scène leur offre une autre mise en perspective : on le verra en janvier avec Table Rase (d’abord nommé La Mèche, paraissant chez Quartett) et dès samedi prochain avec Steve Jobs, mis en espace par Robert Cantarella, au festival Actoral.

 

 

C’est d’abord un dispositif. Un comédien tend des cartes aux spectateurs des premiers rangs, retourne la carte tirée et y lit le titre de la scène à suivre. Le tirage au sort, chaque soir, rebat le lexique des scènes et désordonne le texte écrit. Le principe cardinal de la Poétique d’Aristote est l’enchaînement nécessaire des événements du drame qui « naissent les uns des autres » (γένηται δι᾽ἄλληλα) selon une loi de causalité. Dans Désordre d’Hubert Colas, ce principe fait long feu. L’ordre du spectacle est aléatoire : sa logique est la loterie d’un hasard systématique.

Aujourd’hui s’ouvre le dix-septième festival Actoral qui se tiendra jusqu’au 14 octobre sur différentes scènes culturelles marseillaises (Montévidéo, La Friche Belle de Mai, les théâtres du Gymnase et des Bernardines, le MuCEM, le cipM, les librairies L’Odeur du temps ou Histoire de l’œil, etc.).
Fondé en 2001 par Hubert Colas, Actoral, Festival international des arts et des écritures contemporaines, c’est, pour cette édition encore, plus d’une centaine de rendez-vous en un peu plus de deux semaines dont beaucoup sont des premières françaises, des écrivains et artistes venus du monde entier pour présenter des propositions inédites, qu’il s’agisse de spectacles, de lectures, de rencontres et dialogues.

A l’occasion des représentations d’Eric von Stroheim au théâtre du Rond-Point, dans une mise en scène de Stanislas Nordey, rencontre avec le dramaturge et cinéaste Christophe Pellet pour un entretien où il est question, bien sûr, de théâtre et de cinéma, mais aussi du désir, de politique, de Bachelard, de l’image, de transgenre, des acteurs, de sexualité, de Racine et de fétichisme ou de l’importance d’inventer de nouveaux moyens de diffusion.

Erich von Stroheim (crédit photo Jean-Louis Fernandez)

« Pourriez-vous n’être plus ce superbe Hippolyte ? » Sur la scène avant les feux, un garçon nu ne fait rien, affalé dans un fauteuil. Sa chair éboulée, sa nudité veule font étrangement penser à l’Hippolyte de Sarah Kane. Sans vigueur, en mal d’instincts, masturbant sa queue dans une chaussette. Le profil perdu du garçon se tourne de temps en autre pour jeter un regard absent sur la salle qui se remplit. Un écran géant occupe la scène. Une image hollywoodienne occupe son plan découpé en angle de pyramide : une blonde y pose la joue sur le dos d’un homme en costume, tous les deux beaux et célèbres. Le garçon nu se détache sur le fond de ce ciel ancien. Le public est averti : pour qu’un personnage naisse de l’acteur, pour que du spectacle ait lieu, pour qu’une histoire quelconque prenne, il faudra fétichiser cette morose chose nue, marchandise et matière première avachie dans un fauteuil. Une ruse sera nécessaire pour changer sa chair recrue en quelque matière à rêve.

« Ce qu’ils cherchent n’est pas une phrase,
mais la phrase reste la face la plus hospitalière du ciel »
(d’après Pierre Alferi, Chercher une phrase)

Hier soir a eu lieu à Montévidéo (Marseille), la création du spectacle de Simon Delétang, Comme je suis drôle on me croit heureux : une heure trente autour de Suicide, d’Œuvres et Autoportrait, mais aussi des photographies d’Édouard Levé. La « proposition plastique, théâtrale et poétique », portée par quatre jeunes comédiens et comédiennes de l’ERAC, clôt une résidence d’artiste de 5 semaines à Marseille, elle sera de nouveau présentée vendredi et samedi soirs.