La mise en scène est une question qui a toujours excédé le théâtre – comme si son accomplissement devait se dire au théâtre à la fois comme son absolu, son accident et son impermanence. C’est pourquoi il n’est guère étonnant de venir tout d’abord, en ce premier soir, interroger la mise en scène dans ce qui est hors du théâtre, souvent vécu comme son concurrent mais aussi bien comme son dédoublement : le cinéma.

Critique et historienne du théâtre contemporain, Nancy Delhalle, qui fut spécialiste du théâtre engagé, se voit entraînée aujourd’hui par des metteurs en scène en vogue à prendre un virage à 180 degrés. Si, en 2004 à Avignon, le Berlinois Ostermeyer, prolongeait encore avec sa Nora d’Ibsen certain théâtre de répertoire et de service public tout en frayant la voie de la déconstruction, l’année suivante, Jan Fabre allait surgir : il était l’invité du Festival et, par sa seule présence, consommait la rupture avec un art dramatique « hérité ». Avec lui, c’en était fini sur scène des références idéologiques — celles des grands récits — comme c’en était fini d’un théâtre mimétique de l’univers social et de ses débats.

Jean Dasté en 1962, crédit Comédie de Saint-Etienne

En dehors du monde des passionnés de théâtre, et même parmi les aficionados qui, chaque année vont au in ou au off d’Avignon, il est fort probable que le nom de Jean Dasté n’évoque peut-être rien, en tout cas aucun souvenir précis, ingratitude inéluctable du temps qui passe envers celui qui a cependant et inlassablement servi la passion de sa vie, le théâtre, et tracé la voie de Jean Vilar, Roger Planchon et Ariane Mnouchkine, entre autres.

Angels in America (DR)

« Look up ! ». L’injonction de cet ange descendant des cieux, cassant le plafond de Prior alité malade du sida, est certainement un des souvenirs les plus prégnants de celleux qui ont vu la magnifique adaptation d’Angels in America en minisérie en 2003. La pièce de Tony Kushner (Angels in America : A Gay Fantasia on National Themes) a en revanche rarement l’occasion d’être montée au théâtre. Si elle relève d’enjeux de représentations sur le sida au cœur de l’intrigue et de son identité profonde, elle aborde également d’innombrables autres sujets (racisme, coming out, couple, environnement, inégalités, religion, etc.) qui s’entremêlent pour former une fresque tragique d’une Amérique en prise avec ses démons.
Depuis le 15 novembre et jusqu’au 10 décembre 2017, Aurélie Van Den Daele revisite la pièce avec une mise en scène résolument contemporaine et une compagnie de comédien.ne.s remarquables au Théâtre de l’aquarium. Entretien.

Zingaro « Ex Anima »

Au commencement était la nuit. Une fois l’œil habitué à l’obscurité, il plonge dans la grande caverne de la « piste ». Au fond de la lande creusée, il aperçoit au loin les silhouettes souples et denses des chevaux qui respirent, s’ébrouent, méditent. Une brume s’élève, celle de l’aurore et des fumigènes. Ils sont tout seuls, entre eux, mais il y a des présences toutes petites, toutes noires, de lads et de serviteurs, et puis nous sommes bien là, tout autour d’eux. La lumière c’est le pâle reflet la lune et d’un projecteur. Il y a une odeur imprécise, à la fois forte, de purin, et parfumée d’encens. Bientôt le cri des oiseaux et des insectes, émis par les appeaux. Tout à l’heure, les vagues de la mer, posées tout au fond d’un petit tamis agité doucement.

© Adishatz / Adieu / crédit photo : Alain Monot

« The truth is never far behind » : le tube de Madonna, parmi ceux qu’entonne Jonathan Capdevielle dans la longue ouverture de son spectacle, jean et sweat informes, canette de soda à la main, pourrait en dire l’objet. Dire une vérité, jamais frontalement, ou dans une frontalité d’autant plus sidérante pour le spectateur qu’elle s’énonce dans un croisement de chansons, de mots dont il doit lui-même, pour une part, reconstruire le sens. Quelque chose pèse sur ce medley d’un adolescent paumé des années 90, un secret, une violence et/ou une quête identitaire, on imagine le pire, il ne sera jamais loin derrière, comme la vérité.