« Fabuleuse Angot », « Abjecte Angot » : tels étaient les deux expressions qui, hier soir, porté d’enthousiasme ou de détestation, ont couru sur les réseaux sociaux (le lieu du canapé télévisuel) pour venir qualifier tour à tour sinon parfois conjointement le débat ou plutôt l’attaque de Christine Angot devant François Fillon sur France 2. Peut-être plus que la prestation tantôt spectaculaire tantôt minable pour certains, tantôt littérature pour les uns, tantôt mortifère pour les autres, il s’agit sans doute de revenir sur ces réactions mêmes qui, plus qu’Angot elle-même, disent dans quel état nous sommes et dans quel état la télévision quand elle se veut politique nous met.

Capture d’écran TF1.fr

La séquence est courte, quelques minutes à peine au cœur d’une émission qui dure 1h30, coupures publicitaires comprises. Cette émission, c’est Quotidien sur TMC, le seul show d’infotainment à la française digne de ce nom dans le paysage audiovisuel hexagonal. Cette séquence, visible sur le site de la chaîne, est un décryptage en règle du discours et de la méthode Marine Le Pen.

Otto Dix ou le regard impitoyable

Otto Dix (1891-1969) a peint mendiants et prostituées, soldats massacrés et paysages torturés, le sexe et des corps crus, les perversions et désastres de son temps. Il a brisé tabous et convenances dans la représentation pour mettre à jour les failles d’une société allemande profondément bouleversée par la Première Guerre mondiale, les blessures à vif et ces inégalités criantes — criardes sur ses toiles — qui ont été le germe et le terreau du nazisme.
Arte diffuse le dimanche 5 mars un documentaire de Nicola Graef, Otto Dix ou le regard impitoyable, soit un double portrait, celui d’un artiste, celui du monde dans lequel il évolue et qu’il peint sans aucune concession.

Designated Survivor

Avant qu’une fin du monde imminente ne vienne contrarier nos projets d’avenir, plongeons-nous dans l’univers délicieux et somme toute inquiétant de la présidence des États-Unis. Ou tout du moins celle, infiniment plus fictionnelle (quoique) de Designated Survivor, diffusé à l’origine sur le réseau ABC (et en France sur Netflix), dont la reprise est annoncée le 8 mars prochain.
Revue d’effectifs d’une série qui met en scène un président non-élu…

Benoît Hamon, pas encore interrompu
Benoît Hamon, pas encore interrompu

Malgré lui, hier soir, dans l’euphorie nue de sa victoire, Benoît Hamon a été le candidat de la coupure – l’homme politique inattendu, celui, décidément sans image, qui ne doit pas parvenir à l’image elle-même, qui doit se voir coupé de la télévision.
De fait, alors que, vers 21h, un triomphe sans appel le portait, de juste raison, à être enfin le candidat inespéré d’un PS moribond et à refonder, l’homme qui entamait son discours sous les micros et les caméras éberlués des télévisions qui, en dépit de toutes leurs caméras de surveillance, ne l’avaient pas vu venir et ne l’avaient pas regardé, Benoît Hamon donc a été coupé.

Bowie les cinq dernières années Arte

Après son documentaire David Bowie en cinq actes (2013), le réalisateur anglais Francis Whately nous offre David Bowie, les cinq dernières années. Les téléspectateurs français pourront voir son film, diffusé sur la BBC le 7 janvier dernier, sur Arte le vendredi 13 janvier.
Pour Francis Whately, ces cinq dernières années sont celles d’une créativité exceptionnelle, comme l’illustrent les deux derniers albums de Bowie, The Next Day (2013) et Blackstar (2015), comme la comédie musicale Lazarus. Ces trois réalisations sont mises en perspective avec l’ensemble de la carrière de l’artiste, des archives et des entretiens.

707128-189

Le critique a beau être sériephile voire sérievore tendance binge watcher, il possède ses tropismes, ses rejets de principe, sa zone de confort, ses visionnages honteux, qui le poussent à établir régulièrement un top 10 (forcément mouvant) de ses TV shows préférés. Alors, quand une série qu’il était sûr de détester par avance fait son entrée en bonne place dans un classement qui n’avait pas évolué depuis l’épisode 12 de la saison 6 de Friends (le critique est conservateur), la surprise est de taille… Une sensation intitulée This is Us, qui combine le meilleur du drame et de la comédie pour notre plus grand bonheur.

black-mirror-saison-3-affiche-968458

Un miroir nous renvoie toujours deux images : la première, inversée, de celui ou celle qui se regarde, se voit, se contemple ; et la seconde, déformée, diffractée, d’une perception, à la fois tout autre et familière. Alors, Black Mirror, série d’anticipation ou série qui twiste la réalité ? La question se pose à chaque épisode glaçant – sans jeu de mot – par avance.

The Young Pope

Avec deux épisodes diffusés depuis le 24 octobre dernier, The Young Pope peut d’ores et déjà s’enorgueillir du titre de série la plus immédiatement addictive du moment. Bénéficiant d’une couverture médiatique plutôt intense sur les chaînes du groupe Canal+ (et ailleurs, ne réduisons pas bêtement la nouvelle création originale au seul opérateur bolloréen), la série de Paolo Sorrentino possède tous les ingrédients d’un « hit » télévisuel, de son postulat et son casting à sa réalisation, en passant par sa photographie, ses dialogues, son sous-texte et son surréalisme assumés. 

Arte, La sensualité des livres (capture d'écran du documentaire)
Arte, La sensualité des livres (capture d’écran du documentaire)

Comment le livre imprimé peut-il résister à la montée en puissance du numérique ? Comment expliquer, qu’à l’heure d’Internet et des livres sur liseuses et écrans, on puisse encore construire un générique de documentaire sur des images de lecteurs plongés dans un livre papier, sur des marches au cœur d’une ville, dans les transports en commun, au fond d’une librairie ? Sans doute le livre, en tant qu’objet imprimé, ne survivra-t-il qu’en se concentrant sur ce qui fait sa singularité et sa force : sa matérialité, soit un poids, une texture, une odeur, i.e. une expérience sensuelle qui n’est pas liée au contenu (le numérique l’offre tout autant) mais à l’objet. Tel est le sujet du documentaire allemand, signé Katja Duregger, qu’Arte diffuse dimanche à 17h25, passionnante rencontre avec des fous de livres, collectionneurs, éditeurs, imprimeurs, auteurs.