celle que vous croyez
Je porte la joie du livre en moi.
Rares sont les livres si réjouissants, qui laissent cette trace en soi, cette énergie jubilatoire.
Il y a du Lol V. Stein dans Celle que vous croyez.
Lacan l’aurait reconnu, l’échappée belle, les champs de seigle ou de jonquilles, mais là, démultipliés.

 

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Vue sur le Péloponnèse depuis Egine

Un chien loup blanc sale, des poubelles. Des poubelles, un chien loup. Irruption du chien loup sale dans les poubelles. Des poubelles en rase campagne. En Grèce. Sur une île en Grèce. Depuis les poubelles, le point de vue donne sur l’ouverture du golfe Saronique et sur le Péloponnèse. Un chien loup en rase campagne grecque et, derrière, des étendues de mer bleu gris et, en face, les reliefs montagneux du Péloponnèse.

 

« Il y a quelque part, pour un lecteur absent, mais impatiemment attendu, un texte sans signataire, d’où procède nécessairement l’accident de cet autre ou de celui-ci (…), silence / trait pour trait superposable à ce qui, du futur sans visage, déborde le texte et dénude sa foisonnante et meurtrière illisibilité »

Jacques Dupin

Antoine Dufeu et Valentina Traïanova

Ne plus écrire, arrêter d’écrire a toujours constitué comme une sorte d’horizon. Pourquoi pareille idée qui emprunterait peut-être autant au fantasme qu’à la malédiction ?

Sans titre
Adieu donc, ville jadis fortunée, adieu, bel appareil de tes remparts ! Si Pallas, fille de Zeus, n’avait pas voulu ta ruine, tu serais encore debout sur tes fondements.
Euripide, Les Troyennes[1].

Eh bien donc, cher père, place-toi sur mon cou ; mes épaules te porteront, et cette charge ne me sera point lourde. Quoi qu’il puisse nous advenir, les dangers nous seront communs à l’un et à l’autre, et le salut aussi. Que mon petit Iule m’accompagne et que ma femme nous suive à quelque distance sans nous perdre de vue.
Virgile, Énéide[2].

Nous voulons dédier ces vers d’Euripide et de Virgile à tous les exilés, à tous les rescapés, des guerres, des désastres, à tous les hommes contraints de quitter leur ville, leur pays et d’émigrer ailleurs. Ces vers sont dédiés aux malheureux qui, aujourd’hui, touchent les rivages de l’Europe méditerranéenne, quand ils ne sont pas engloutis par la mer, aux malheureux qui, à travers le détroit de Gibraltar, arrivent à toucher Punta Camarinal, Tarifa, Algeciras, qui arrivent à toucher à travers le Canal de Sicile l’île de Lampedusa ou de Pantelleria, les rivages de Mazara del Vallo, Porto Empedocle, Pozzallo…

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C’était à Casablanca, en 1962. Du linge suspendu séchait au soleil au bord de la route. Une femme voilée regardait la route. Un homme vendait des fruits au bord de la route. Un ruisseau de boue coulait au milieu de la rue. Nous étions à Casablanca, au Maroc. Nous vivions dans des conditions dégradantes. Nous étions des milliers.

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Jeudi 31 décembre 2015

Vous savez, je ne parle pas de moi parce que je m’intéresse, je parle de moi pour dire le moins de conneries possibles. Moi, la matière moi, ça ne m’intéresse pas, plus, vraiment, si peu. Ce qui m’intéresse encore c’est tout ce qui me traverse et me modifie, tout ce que je ressens, comprends et comprends pas, qui vient de l’extérieur, outside disait MD, les autres, l’altérité. Les autres, l’adversité. Je parle de moi car c’est vous qui m’intéressez.

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Écrire est selon moi plus rassurant que vivre sans écrire.

Barthes posait cette question : comment peut-il y avoir beaucoup plus de lecteurs que d’écrivains ? Comment peut-on être heureux de lire et cependant ne jamais passer à l’Ecrire ? Comment comprendre le désir de l’autre ?

Argerich (Martha)

Martha Argerich, son jeu chamanique, la musique entre en transe. Schumann, Ravel, Chopin ventriloqués. Le clavier brûle, les quatre-vingt-huit touches transmutent l’enfance en gerbes d’eau et de feu.

Bifurcations

Quand on part avant d’arriver, quand on se grise de l’aléatoire, trois étoiles dans ses poches trouées.

Corps

Tant d’homonymes au corps qu’il migre dans des états post-anatomiques tandis que piaffent des tribus d’esprits en bandoulière.

Christine la sœur de cœur me propose un abécédaire, mon abécédaire, portrait chinois, questionnaire de Proust ou tout ce que je voudrais, genre. Je commence l’abécédaire, tel jour, ça me fait plaisir, j’y vais bon train, de A comme amie à Z comme zut. Le lendemain je regarde je relis, je débande, je vois que tout est menti. Ce seraient d’autres mots, d’autres lettres, des écailles sortent tombent de mes yeux chaque jour et chaque jour elles sont différentes, écailles oui, ou follicules non rompus, chutes. A donc, lettre A mais bébébébé, B, ça s’entête, ça bute, ça ne sort pas, papapapapapa.

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Je n’aime pas citer Céline, pas besoin de vous faire un dessin, mais Céline c’est aussi le Voyage, merde, c’est le Voyage quand même, et c’est c’est aussi cette phrase : « Dieu qu’ils étaient lourds » !

Je ne sais pas vous mais je crève de lourdeur, à feu petit, en ce moment, quelle pesanteur quand même, ou est la touche reset pour effacer l’année 2015 ?

Hier je n’avais pas le moral, mais pas du tout, j’étais comme ces chiens qui sentent la mort. Savez-vous que l’odorat d’un chien, son flair, est 10 000 fois plus puissant que celui d’un homme ? Certains peuvent même sentir le cancer.

Hier dimanche la mort était populaire, dans les urnes, populaire, dans toutes les urnes. Quand une vague a grossi elle ne peut que déferler, dévaster, retomber de tout son poids, ce n’est qu’une question de gravité, c’est ainsi. On n’y peut rien, j’y peux rien, de toute façon je suis une des personnes les plus impuissantes du monde. Et je suis fatigué, fatigué. Tellement fatigué. C’est presque comique, je tiens le journal dans le journal mais je me demande si ce n’est pas celui-ci, le journal, qui me tient, finalement. Ou les mots, naïve croyance? Qui lit ? Vous en connaissez, vous, des gens qui lisent vraiment ? Qui sont lecteurs d’eux-mêmes pendant qu’ils lisent ? Deux ou trois peut-être, des dinosaures, une espèce en voie de disparition.