Venise est roman, Venise est lagune, c’est même le titre du prochain roman de Roberto Ferrucci, à paraître le 9 juin prochain aux éditions La Contre Allée.
« Ce texte raconte l’effet dévastateur des passages ininterrompus des grands
paquebots dans la lagune de Venise et les sentiments qu’ils provoquent chez
la plupart d’entre nous, les Vénitiens », écrit Roberto Ferrucci en quatrième de couverture de ce livre magnifique sur lequel Diacritik reviendra au moment de sa sortie.
En voici un extrait en avant-première et en exclusivité, la note de l’auteur dans laquelle l’écrivain explicite son projet littéraire.
Un immense merci à Roberto Ferrucci et à son éditeur Benoît Verhille.

 

© Jean-Baptiste Del Amo
© Jean-Baptiste Del Amo

Après les scandales suscités par les enquêtes révélées par l’association L214 sur les abattoirs d’Alès et du Vigan, les images de l’abattoir de Mauléon-Licharre, diffusées le 29 mars dernier, ont soulevé l’émoi et l’indignation de l’opinion publique. Aussitôt, dans les médias, les chantres de la « viande heureuse » et des « bons abattoirs » sont montés au créneau.

Isabelle ZribiJe n’ai aucun respect pour l’écrit. Qu’y-a-t-il de plus déprimant que des mots alignés les uns à la suite des autres comme un immense chapelet de saucisses ? Ils ne me disent rien, je ne les aime pas. Il y en a trop peu pour qu’ils signifient véritablement quelque chose. Si j’écris, c’est dans un seul but : pour parler.

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Ma table est vide, je suis invisible, transparent, je suis translucide, je vois des mots en l’air, un écran sous les yeux, à peine aux bords des artères, une apesanteur de la vieille humanité. Je suis dans les airs, je parle d’un alphabet démoli, des onomatopées, un vagissement, des petites pattes, des petites pattes d’une mémoire animale, d’un pet de nourrisson.

Ryoko Sekiguchi © Felipe Ribon
Ryoko Sekiguchi © Felipe Ribon

Le métier de critique gastronomique est une invention française de la seconde moitié du 18e siècle. Car tous les pays où une gastronomie s’est développée n’ont pas perçu comme nécessaire la constitution d’un discours analytique autonome sur les jugements culinaires.

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De l’inquiétude

Je suis d’un naturel inquiet. Dans mon premier roman, Paris s’émiette et fond sous une pluie corrosive. Dans mon deuxième roman une jeune femme disparaît comme si ce n’était rien, comme si c’était facile et évident de disparaître, comme si au fond c’était la permanence, le scandale – et non les ruptures qui nous dévient de nous-mêmes. Dans le troisième, des œuvres d’art se dégradent, se transforment : des images bien aimées, à titre privé ou collectif, deviennent irregardables. Quant au quatrième roman, celui que je suis en train d’écrire, mieux vaut ne pas en parler.

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Rainer Maria Rilke

Que ton cri ne soit plus l’appel qui séduit et enrôle, mais simplement la voix qui t’exprime tout entier. (Septième élégie)

L

orsque Rainer Maria Rilke écrit, il ouvre. Que ce soit le ciel et ses archanges qui ne comprennent rien. Que ce soit le fruit enraciné, la superbe réponse qui ne se donne en éclosion uniquement lorsque est prête la saison et qu’elle s’exprime, enragée, en ouvrant le volet des maisons basses.

Le Printemps auscultera la prose comme Rilke ouvre (déchire ?) la chair qui tient les dents. Le Printemps dézingue la poésie.

Le silence du monde

Pendant neuf semaines, du 15 janvier au 11 mars 2016, Jean-Philippe Cazier a déployé le silence du monde et la manière dont littérature, poésie, philosophie, arts l’affrontent ou le disent. En neuf articles qui sont autant de textes littéraires, il a évoqué Derrida, Rimbaud, Dupin, Deleuze, Michaux, Mallarmé, tant d’autres : une série à retrouver dans son ensemble ici.

© Amaury da Cunha
© Amaury da Cunha

Elle  ne pouvait trouver de l’énergie que dans l’épuisement de situations fragiles.

J’ai souvent été photographié par des femmes comme un spectre ou un épouvantail.

En entrant dans le compartiment, j’étais persuadé que cet homme allait parler de son histoire puis faire la quête, mais il s’est assis calmement  à côté de moi pour lire du Amélie Nothomb.

Ses photographies d’aujourd’hui, comme des reflets d’anciennes réussies.