Pierre Bergounioux (à gauche), Frédéric-Yves Jeannet (à droite) © Renaud Monfourny
Pierre Bergounioux (à gauche), Frédéric-Yves Jeannet (à droite) © Renaud Monfourny

Diacritik a le plaisir et l’honneur de publier cet entretien inédit entre deux écrivains, Frédéric-Yves Jeannet et Pierre Bergounioux, réalisé par mail entre Cuernavaca et Gif-sur Yvette, en janvier dernier.
Les deux auteurs correspondent, selon un mode que l’on pourrait penser « mineur », comme l’écrit Frédéric-Yves Jeannet, qui révèle pourtant « ce que l’écriture de création ne laisse pas soupçonner ».
Ces pages inédites sont destinées à paraître dans un livre dans les mois qui viennent.

Dominique A © Frédéric-Yves Jeannet
Dominique A © Frédéric-Yves Jeannet

10.02.17

 

Cher Dominique,

Je suis en train de faire à toute vitesse un livre d’entretien avec Pierre Bergounioux, et de mettre la dernière main à un autre avec le compositeur Julio Estrada. Si vous en êtes d’accord, on pourrait faire le nôtre ensuite.

Whitman leaves of Grass

Écrire de la poésie après Trump est barbare (pour paraphraser un aphorisme souvent cité et que l’on éprouve si profondément, même si certains prétendent que nous ne le comprenons pas encore bien). Theodor Adorno, philosophe et théoricien de la culture allemand, a un jour fait cette remarque célèbre : « Écrire un poème après Auschwitz est barbare ». Bien sûr, beaucoup d’encre a coulé pour comprendre ce qu’il voulait dire exactement à travers cette affirmation — une affirmation sur laquelle Adorno est lui-même revenu en partie. Nous nous appuyons sur Adorno pour exprimer le fait que la poésie après Auschwitz ne peut pas exister en tant que telle (la poésie en tant que poésie), dans la mesure où la poésie a participé, et même a été complice de la culture qui a produit l’aporie d’Auschwitz, sans parler du colonialisme, de l’esclavage, du Middle Passage, du soi-disant « Destin manifeste » (Manifest Destiny), et du génocide de millions de personnes autochtones. Ainsi, pour Adorno, la poésie devait être refondée.

Fourchette

Qui dit manger, dit aussi boire, dit aussi évacuer.
Manger, boire, chier, pisser.

Mireille Calle-Gruber et Pascal Quignard
Mireille Calle-Gruber et Pascal Quignard

En cette fin d’année paraît le somptueux et généreux Dictionnaire sauvage Pascal Quignard dirigé par Mireille Calle-Gruber et Anaïs Frantz dont Diacritik vous offre la lecture exclusive des bonnes feuilles dont certaines, inédites, co-signées de Pascal Quignard lui-même.

Armen Avanessian
Armen Avanessian

Le 3 novembre prochain aura lieu au Centre Pompidou à 19h, en partenariat avec Diacritik, une conversation entre le philosophe Armen Avanessian et le théoricien de la littérature Lionel Ruffel, animée par Jean-Max Colard et Johan Faerber dans la Petite Salle sur la question du « post-contemporain » et sur ce que recouvre ce terme qui entend refonder notre rapport au temps, au futur et au présent. En préambule à cette rencontre qui sera retransmise en livestreaming sur notre site, Diacritik publie aujourd’hui, présentée par Lionel Ruffel, l’introduction à The Time-Complex. Postcontemporary, texte majeur co-écrit avec le théoricien de l’art Suhail Malik et traduit de l’anglais par Johan Faerber.

Del Amo Règne animalLes Animals, par Denis Seel, à partir du fort, très fort roman de Jean-Baptiste Del Amo, Règne Animal (Gallimard, 2016)

… elle se retrousse et pisse, jambes écartées, sur le tas de fumier; partout, dans la ferme, aux alentours, les animaux foutent ; avec son sexe tendon de bœuf, il la baise ; dans la soue, à genoux, au milieu des porcs, elle met bas, jette l’avorton gluant ; il agonise dans ses purulences, le lit souillé, un dernier spasme lui tord la bouche, le fossoyeur descend la bière dans la fosse boueuse où les lombrics s’agitent ;

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Philippe Dollo, Mexique, 199X
Philippe Dollo, Mexique, 199X
Michel Butor et Frédéric-Yves Jeannet en 1992

En hommage à l’immense Michel Butor qui vient de mourir, Diacritik republie cette missive de Frédéric-Yves Jeannet, parue dans nos colonnes le 26 février dernier

à Michel Butor

Tu es mon dernier père vivant. Tu sais peut-être que David Bowie vient de mourir, en ce début d’année, deux jours après son soixante-neuvième anniversaire, mais il n’était pas vraiment pour moi un père, plutôt un grand frère & demi-dieu lointain, inaccessible dans une sorte d’Olympe. Il ne me reste que toi. Je t’écris donc cette lettre avant ma mort et la tienne : je préfère que ce soit de notre vivant.

Annie Ernaux, que tu avais lue ici, en 2012, pendant que je prenais une douche avant qu’on aille à Tepoztlán, a écrit, dans L’Occupation : « J’ai toujours voulu écrire comme si je devais être absente à la parution du texte. Écrire comme si je devais mourir, qu’il n’y ait plus de juges. » C’est aussi ma règle, mon principe. En cela nous différons sans doute un peu, car tu es secret & solaire, comme le disait bien Georges Perros, chat de haute gouttière, et moi de l’autre saison astrale. Nadia, ou Annie Ernaux, nées sept & quatorze jours avant toi, mais d’autres années, 1929 & 1940, sont je crois du même signe que toi, mais je n’ai jamais su exactement où commençaient, où finissaient les signes du zodiaque.

Bohème

Il est très tôt, je me suis réveillé vers 4 heures, pour écrire. Je suis dans une phase d’écriture, j’ai la tête qui fourmille et mal au dos, ça ne s’arrête jamais, nuit et jour. Ça faisait longtemps que ça n’était pas arrivé, j’ai été sec, aphone, stérile pendant plusieurs semaines.


Capture d’écran 2016-07-17 à 15.40.22

Pierre Dumayet – Bonjour à tous, aujourd’hui nous sommes réunis sur ce plateau pour tenter de comprendre ce que veut dire écrire aujourd’hui. Pour débattre sur ce thème d’aujourd’hui nous avons invité des invités…

Les invités – Bonjour, Bonjour, Enchanté, Ouaf, Bonjour, Bonjour