Nous voici. Nous voici dans notre splendeur. Sept milliards, splendides. Nous sommes partout. Nous parcourons les terres, les mers, le ciel. Rien ne nous échappe. Nous sommes sept milliards, nous sommes splendides. Nous possédons des pouvoirs incroyables. Nous engendrons, nous tuons. Nous tuons ceux que nous engendrons. Nous n’hésitons pas, nous savons trancher. Avec nos bouches, nous embrassons, nous insultons. Avec nos mains, nous caressons, nous frappons. Avec nos sexes, nous aimons, nous violons. Avec nos jambes, nous glissons sur le sol. Nous parlons. Nous pensons. Nos mots circulent dans tous les sens.

Paul Otchakovsky-Laurens

Je suis sans voix. Comme des milliers de lecteurs, et comme tant d’autres auteurs. Puisque le temps a choisi de s’arrêter aujourd’hui, avec la cruauté que l’on sait, je prends sans attendre le parti d’écrire, incapable d’agir autrement, et impatient déjà de retrouver les mots qui me liaient à lui.

© Alain Manoha

J’ai vécu, hier, un tête-à-tête ému et délicieux. Cela fait plusieurs années que j’avais le désir de revoir François, sans jamais vraiment mettre en œuvre les recherches pour le retrouver. La semaine dernière, j’ai déniché les coordonnées de son agent, lui ai téléphoné, c’est une Anglaise à la voix pétulante qui m’a répondu. Je lui ai dit qui j’étais, j’avais connu François il y a très longtemps, je voulais le revoir. Elle m’a tout de suite donné son numéro, pas d’adresse mail, François ne possède pas d’ordinateur.

Le passage par Lou Le Cabellec

Il s’appelle Hans Limon et je l’ai découvert sur Facebook, un jour au hasard en déroulant le fil d’actualités. Non, c’est pas ça. C’est une amie qui m’en a parlé dans un bus à Toulouse : « Tu connais Hans Limon ? Magnifique, un génie. Tu devrais aimer, c’est ta came. » Le fait est que je ne sais plus comment ça a commencé. Hans Limon. Beau nom. Très beau nom. Un pseudo sûrement. Ben non, même pas.

Quentin Pradalier est un jeune photographe-plasticien qui a présenté son travail dans la rubrique Photo-graphies de Diacritik.

Depuis plus d’un an et demi, Quentin Pradalier et Adrien Rigal, travaillent à la réalisation de Météorite. Ce livre d’art est la rencontre de trois séries photographiques de Quentin Pradalier – une invitation à parcourir sept ans de travail, d’expérimentations et de rencontres.

Lindsay Turner (DR)

Au début de ce printemps, une amie qui vit dans une ville située sur un autre continent m’a envoyé l’enregistrement d’une remarquable lecture de poésie. Le thème de la soirée était « poésie et protestation ». Assez rapidement au cours de l’événement, un différend éclate : La poésie est-elle une forme efficace de protestation ou non ? Et le cas échéant, les personnes présentes à la lecture ne devraient-elles pas simplement partir, sortir et rejoindre les manifestations qui ont lieu dans la ville et sa périphérie au moment même de la lecture ? On échange des paroles et il y a, je crois — l’enregistrement est chaotique, les gens parlent en même temps les uns des autres, c’est difficile à entendre — un vote. C’est tendu mais la lecture continue.

Déroulez le génome. Retrouvez les vieilles traces.
Dans le livre, la descendance, les engendrements, mâles, femelles, ce fut lui le père, ce fut elle la mère, ils nommèrent leurs fils, ils nommèrent leurs filles, et des pères, et des mères, et des fils, et des filles, répétez, continuez.
Déroulez le génome. Retrouvez les vieilles traces.

Six ans qu’ils t’ont tué.

Dans le tapage quotidien du monde, dans les journaux et les images chaque jour absorbés au risque de n’être plus qu’une peau d’acier trempé, dans le boucan des rafales et des attaques au gaz, des gosses hurlant dans les déblais d’un attentat et des bêtes tirées vers l’abattoir, dans son flux sans fin de corps et de crimes que l’actualité, cet avant-goût d’Histoire, nous réserve, il arrive, sans que l’on sache vraiment pourquoi, sans que l’on puisse en cerner les ressorts, que la mort d’un inconnu vous ébranle – avec tout l’arbitraire et l’injuste qu’il y a à cela. Une vie perdue ayant pourtant la même valeur que toutes les autres mais qui, elle, vous agrippe et vous arrache à l’ordinaire : un jour, et pas un autre, la perte d’un nom propre dont vous ne saviez rien vous empêche d’y voir clair, puis vous oblige aux larmes.

L’oubli du fascisme. Des millions de morts juifs. L’oubli des millions de morts communistes, tziganes, homosexuels, fous. L’oubli de la mort comme politique. L’oubli des corps battus, brûlés, gazés, fusillés. L’oubli des corps torturés. L’oubli que Jean-Marie Le Pen a commencé sa carrière en éditant des chants nazis. L’oubli que les fondateurs du FN sont des nazis, des collaborateurs, des pétainistes, des négationnistes. L’oubli que les piliers historiques du FN sont toute l’extrême-droite française, les néofascistes et néonazis français et européens. L’oubli du racisme et de l’antisémitisme. L’oubli du fascisme comme politique actuelle. L’oubli que la politique du FN est une politique de mort.