En ces semaines où les prix littéraires d’automne consacrent des livres tout juste parus, mettant en lumière des textes qui demeureront (L’Ordre du jour d’Eric Vuillard) et d’autres plus éphémères, il serait utile de revenir sur des aventures éditoriales au long cours, de celles qui marquent durablement le paysage de leur empreinte singulière : ainsi Tristram, maison d’édition qui fête cette année ses trente années d’existence, dans une forme tout autant insurrectionnelle qu’anthologique (mais la maison aime les paradoxes et la littérature lui est sport de combat), avec la publication d’une Association de malfaiteurs.

Maurice Olender

« Lorsqu’un livre se déploie, par les articles qui le composent, sur une quinzaine d’années, c’est d’abord l’intimité intellectuelle qui s’y dévoile » : Maurice Olender écrit cette phrase dans « Mémoires du judaïsme » à propos de Pierre Vidal-Naquet, dans Race sans histoire, et elle pourrait définir la manière d’Un fantôme dans une bibliothèque qui vient de paraître : ce livre, déployant textes, articles et récits, jouant de strates temporelles à la manière des Essais de Montaigne, est avant tout le dévoilement d’une intimité intellectuelle, une forme d’« exposition », comme le dit Maurice Olender dans le long et bel entretien qu’il a accordé à Diacritik.

Quentin Pradalier est un jeune photographe-plasticien qui a présenté son travail dans la rubrique Photo-graphies de Diacritik.

Depuis plus d’un an et demi, Quentin Pradalier et Adrien Rigal, travaillent à la réalisation de Météorite. Ce livre d’art est la rencontre de trois séries photographiques de Quentin Pradalier – une invitation à parcourir sept ans de travail, d’expérimentations et de rencontres.

Eric Losfeld

«Quand ce livre apparaîtra en vitrine des librairies, je suppose que 50% des acheteurs virtuels ne connaîtront pas mon nom (ça, c’est normal). 43 % diront : « Tiens, c’est l’éditeur porno, ça doit être croustillant », 5% diront : « Ah, Losfeld ! c’est l’éditeur qui a sorti deux ou trois bouquins rigolos ! ». Et 2 % seulement se souviendront que je suis un éditeur surréaliste ».
Ces lignes, Eric Losfeld les écrit dans les dernières pages d’Endetté comme une mule (1979) que les éditions Tristram rééditent en poche. En 2017, de toute évidence, lire ces Mémoires d’un éditeur, c’est redécouvrir le monde de l’édition des années 50 à aujourd’hui à travers une passion, dévorante, indissociablement littéraire et politique.

Arte, La sensualité des livres (capture d'écran du documentaire)
Arte, La sensualité des livres (capture d’écran du documentaire)

Comment le livre imprimé peut-il résister à la montée en puissance du numérique ? Comment expliquer, qu’à l’heure d’Internet et des livres sur liseuses et écrans, on puisse encore construire un générique de documentaire sur des images de lecteurs plongés dans un livre papier, sur des marches au cœur d’une ville, dans les transports en commun, au fond d’une librairie ? Sans doute le livre, en tant qu’objet imprimé, ne survivra-t-il qu’en se concentrant sur ce qui fait sa singularité et sa force : sa matérialité, soit un poids, une texture, une odeur, i.e. une expérience sensuelle qui n’est pas liée au contenu (le numérique l’offre tout autant) mais à l’objet. Tel est le sujet du documentaire allemand, signé Katja Duregger, qu’Arte diffuse dimanche à 17h25, passionnante rencontre avec des fous de livres, collectionneurs, éditeurs, imprimeurs, auteurs.

Jonathan Galassi
Jonathan Galassi

Il y a, sans conteste, une forme d’inconscience ou de défi à publier un premier roman quand on dirige l’une des maisons d’édition les plus réputées du monde. C’est pourtant ce que vient de faire Jonathan Galassi, président de Farrar, Straus and Giroux, avec Muse qui paraît en France, chez Fayard, traduit par Anne Damour, Muse ou la peinture acide d’un monde éditorial en pleine mutation et un hymne à la poésie, à la puissance de la littérature.
Diacritik a rencontré Jonathan Galassi lors de sa venue à Paris, en juin dernier, l’occasion d’évoquer avec lui les raisons pour lesquelles l’éditeur, poète et traducteur qu’il est s’est soudain tourné vers le roman mais aussi de l’interroger sur le présent et l’avenir de l’édition.

Spécialisées dans la littérature de recherche, les éditions Mix travaillent depuis douze ans à la découverte et la publication d’auteurs dont les œuvres font exister des ruptures autant dans l’écriture que dans la théorie. Les livres des éditions Mix croisent ainsi plusieurs domaines mais toujours avec l’exigence de l’expérimentation et du nouveau. Rencontre avec Fabien Vallos et Antoine Dufeu pour un entretien où il sera question, entre autres, de littérature, de philosophie, d’esthétique mais aussi d’économie de l’édition, de néolibéralisme, d’avant-garde, de politique ou de technologie.

Un certain monde

Sans doute le nom d’Elizabeth Harrower ne vous dit-il (encore) rien. Et pourtant : Elizabeth Harrower est née à Sydney en 1928, ses quatre premiers romans ont connu un succès phénoménal dans les années 60. Mais elle a longtemps cessé d’écrire, renonçant même à publier un roman terminé, In certain circles. Son œuvre a été exhumée lorsque deux éditeurs australiens, Michael Heyward et Penny Hueston, ont souhaité reprendre ses livres dans la collection « Classics » de Text Publishing. Elizabeth Harrower accepte et, lors de la rencontre, mentionne In certain circles, manuscrit inédit qui sera conjointement publié. C’est par ce roman, qui vient de paraître chez Rivages sous le titre Un certain monde, que la France va à son tour découvrir une voix que son éditrice, Nathalie Zberro, compare à celles de Virginia Woolf, Jane Austen ou Alice Munro :

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2015 est l’année de tous les paris pour Benoît Virot : une rentrée attilesque plus large, la poursuite des projets d’intégrale, la rencontre du Général Instin, et sans doute, un rapport autre à l’édition, à rebours de ses expériences antérieures.
Suite de l’entretien avec le caméléon de l’édition, « grand timonier » du Nouvel Attila, qui nous présente son équipe, les livres de cette année, les projets à venir, et parle, avant tout, du plaisir de voir ce laboratoire se construire, jour après jour, livre après livre et du mode de transmission d’un virus du texte, du livre, de l’édition.

Benoît Virot
Benoît Virot

Troisième métamorphose (ou incarnation) attilesque, l’aventure ouverte en 2014 avec une nouvelle maison d’édition, le Nouvel Attila et un catalogue déjà impressionnant, en littérature française comme étrangère, romans graphiques et autres varia et plusieurs collections (Incipit, Calques, Othello, etc.) qui témoignent d’une curiosité sans borne ou frontières de genre.
Pour ce second volet de notre grand entretien (et cette troisième incarnation), Benoît Virot revient pour Diacritik sur l’année 2014, celle de la création et mise en orbite du Nouvel Attila.