On reconnait les livres de Pierre Cendors par leur rapport intense à la perte et au mystère. On y retrouve aussi souvent un spleen qui s’ancre dans une relation vivante à l’imaginaire artistique passé, que ce soit un rêveur capable de créer une machine cinématographique faite d’un pur pouvoir de hantise, comme dans Les Archives du vent, ou encore la réinvention, mise en abyme, d’un épisode de la série des années 1960, La Quatrième dimension dans la Vie posthume d’Edward Markham.

Après l’Anthropocène des géologues, le Plantationocène de l’anthropologue Anna Tsing, le Chthulucène de la biologiste Donna Haraway, voici le Narratocène annoncé par l’écrivain Léo Henry. L’idée même d’un « Narratocène » est extrêmement séduisante et mystérieuse, comme une promesse de relire la crise actuelle à l’aune de la réalité humaine liée à sa capacité de créer des fictions, de se sauver par les récits, de se transformer par l’imaginaire – et quoi d’autre encore ?

Babel a livré une de ses plus belles réalisations avec Des voix de Manuel Candré. Pas la Babel labyrinthique de Borges, non, mais bien une Babel coextensive à toutes les époques, à toutes les langues fissurées laissant s’échapper « des voix » et se glissant de bibliothèque en bibliothèque, ces vastes tours qui sont autant de « Babel sombre[s] » comme le disait Baudelaire. Pourtant Babel a ici disparu et c’est « Pragol » (Prgl) qui occupe le récit comme le spectre d’une Prague mêlée à la distorsion propre aux voix qui hantent le récit fabuleux de Jacob.

A dos de Dieu, de Marcel Moreau, fait partie de ces livres plus que radioactifs. Il est un de ces livres terriblement radieux et sombres, brûlant toujours, et dont aucune « demi-vie » des atomes ne pourrait rendre compte – parce qu’un tel livre en appelle à la vie infernalement pleine, entière, énorme et indivisible – vie et mort embrassées.

De toutes pièces est l’improbable journal, tenu sur quatre saisons, de la constitution pièce à pièce d’un cabinet de curiosités par un « curateur » anonyme pour de non moins anonymes commanditaires – une sorte de journal extime alternant les descriptions de l’extraordinaire des pièces avec l’ordinaire du collectionneur, enfermé dans le hangar où s’accumule son trésor caché.

De toutes pièces est l’improbable journal, tenu sur quatre saisons, de la constitution pièce à pièce d’un cabinet de curiosités par un « curateur » anonyme pour de non moins anonymes commanditaires – une sorte de journal extime alternant les descriptions de l’extraordinaire des pièces avec l’ordinaire du collectionneur, enfermé dans le hangar où s’accumule son trésor caché.

Mathieu Brosseau (DR)

Dans Data Transport, Mathieu Brosseau nous amenait dans un récit-traversée, n’ayant pour but que ce passage, récit composé en son cœur de lettres ne pouvant parvenir nulle part. Récit traversé et récit traversant, c’était l’écriture qui induisait, au niveau des personnages mêmes, un état de porosité avec le monde et les mots tendant à dissoudre les attaches de leur identité dans le tout autre de l’écriture.