Dans la forêt du hameau de Hardt est un livre de l’écart, de la distance. C’est aussi un livre de la répétition. Grégory Le Floch construit un texte où tout est lointain et où le lointain se répète dans l’ici, le maintenant, mais en demeurant dans l’écart, l’éloignement, l’impossible coïncidence, l’impossible présence.

La mort des autres nous laisse un peu bête. On ne sait quoi dire. Que dire ? L’expérience de la mort des autres est celle de l’inadéquation du langage, de son inanité, de son caractère fuyant. Cette espèce d’hébétude est d’autant plus vraie lorsqu’il s’agit de dire à propos d’un écrivain, et d’un écrivain comme Emmanuel Hocquard qui, à travers sa pratique de l’écriture, a fait du dire, d’abord, un problème. Pourquoi dire ce qu’il a déjà dit, ce qu’il a fait dans son écriture et qu’il suffit de lire ? On ne peut qu’inviter à lire, et pour cette invitation, on ne peut qu’ânonner, comme toujours.

Dans La revanche des personnes secondaires, celles et ceux qui d’habitude sont au fond du décor se retrouvent au premier plan, ou plutôt ils et elles s’imposent au premier plan. L’ordre habituel des places est renversé, inversé. Le subalterne qui subit l’ordre imposé des choses devient celui ou celle qui agit sur cet ordre, le perturbe, le casse : le secondaire devient premier.

Le livre de Virginie Poitrasson pourrait être lu comme une sorte de phénoménologie bizarre. Sous le corps propre, sous le corps phénoménal, il s’agirait de faire advenir un autre corps délirant qui ne serait pas celui de la folie psychiatrisée mais celui par lequel le corps se désagrège, se multiplie, bifurque constamment, devient le monde autant que le monde devient le corps. Ce corps est celui de la sensation, du souvenir, comme il est celui du rêve, ou celui de l’écriture, le corps tel qu’il advient par l’écriture.

Une série de photographies d’Ana Mendieta la montre nue, recouverte de sang. L’intérieur du corps passe à l’extérieur, le fluide recouvre la peau qui n’est plus frontière ou obstacle mais surface sur laquelle l’intérieur apparaît à l’extérieur. Au lieu qu’il soit couvert d’habits marquant une identité sociale et masquant le corps, celui-ci est montré nu, enduit de sang. Le corps n’est plus caché, et son extérieur n’est plus ce qui cache son intérieur. Il devient ce qui déborde l’identité sociale et culturelle, ce qui se montre dans une inversion de sa propre organisation biologique et organique.

Le point de départ serait un constat : l’hétérocentrisme de la psychanalyse. Ou, puisque celui-ci perdure à travers l’histoire et les transformations : l’hétérocentrisme des psychanalyses. Le problème est double : cet hétérocentrisme empêche la psychanalyse de faire ce qu’elle prétend faire et empêche l’existence de celles et ceux qui ne sont pas conformes à l’idéal hétérosexuel. Dans Queer psychanalyse, Fabrice Bourlez part de ce constat pour s’efforcer de penser les conditions d’un agencement entre les psychanalyses et les existences qui échappent aux normes hétéros du psychisme, du corps, du désir.