Le livre de Gabriela Cabezón Cámara, Pleines de grâce, est pluriel, articulant des différences sans nécessairement les différencier. Le récit s’élabore en subvertissant les codes sociaux et culturels – en inscrivant une différence par rapport à ces codes, en les inscrivant dans une différence par rapport à eux-mêmes – autant que les codes de la narration, favorisant la rencontre ou co-affirmation de points de vue divers, rencontre qui vient troubler et suspendre les identités habituelles. Si ce livre est aussi politique, il a comme visée première la destruction de l’identité, ou sa dissémination (visée qui est elle-même politique).

Les librairies sont fermées et les initiatives d’éditeurs se multiplient pour permettre aux lecteurs d’accéder à leurs titres, et en particulier à des livres tout justes parus et rendus indisponibles par le confinement. C’est le cas des éditions Inculte qui nous permettent d’accéder en un clic et quelques euros à quinze nouveautés et/ou livres de fond de leur catalogue. Parmi ceux-ci, A fendre le cœur le plus dur signé Jérôme Ferrai et Oliver Rohe, auquel Diacritik avait consacré plusieurs articles, ici réunis, lors de sa sortie.

Blandine Volochot serait la fille biologiquement monstrueuse de Maurice Blanchot et d’Antoine Volodine. De fait, on peut repérer dans le livre de Lucien Raphmaj plus que des références à ces deux auteurs : la reprise d’une logique de l’écriture que Lucien Raphmaj ne se contente pas de reprendre mais qu’il relance, déplace, oriente vers de nouvelles limites. Par là, Blandine Volochot est un livre qui arpente de manière différente les territoires de la littérature tels que cartographiés par Volodine et Blanchot, et qui, se faisant, en redessine la carte.

La parole aux morts est une série de films réalisés par Joffrey Speno. Il est sans doute inédit qu’un jeune cinéaste commence par une série de ce type, avec des partis pris aussi radicaux : à chaque fois, filmer en plan fixe, selon une durée variable, une seule personne parlant de son rapport à la mort, parlant de ses morts, de la mort qui est en elle.