Qu’écrit-on lorsque l’on écrit ? Commence-t-on l’écriture à partir de soi ou de ce que le monde veut bien laisser en nous ? S’agit-il d’explorer par le verbe ce qui se dit d’intime en nous ou sommes-nous toujours déjà condamné aux puissances de l’extime ? Autant de questions que cette dernière journée du Banquet du livre d’automne 2018, dont Diacritik est le partenaire, entend ouvrir et déployer à travers ses deux auteurs à l’honneur : Pierre Bergounioux et Jean-Michel Espitallier.

Nous existons deux fois, par le corps et par la pensée : « Le monde existe deux fois, dans les choses et dans nos esprits, qui en sont la modalité subjective ». Cette phrase de Pierre Bergounioux est tirée des entretiens (2007-2012) rassemblés en un volume chez Fayard, Exister par deux fois. Des réflexions sur la littérature, le monde, la société, l’histoire qui éclairent non seulement l’œuvre, singulière, fondamentale, de Pierre Bergounioux mais aussi notre époque, que l’on soit familier ou non de ses livres.

Pierre Bergounioux (à gauche), Frédéric-Yves Jeannet (à droite) © Renaud Monfourny
Pierre Bergounioux (à gauche), Frédéric-Yves Jeannet (à droite) © Renaud Monfourny

Diacritik a le plaisir et l’honneur de publier cet entretien inédit entre deux écrivains, Frédéric-Yves Jeannet et Pierre Bergounioux, réalisé par mail entre Cuernavaca et Gif-sur Yvette, en janvier dernier.
Les deux auteurs correspondent, selon un mode que l’on pourrait penser « mineur », comme l’écrit Frédéric-Yves Jeannet, qui révèle pourtant « ce que l’écriture de création ne laisse pas soupçonner ».
Ces pages inédites sont destinées à paraître dans un livre dans les mois qui viennent.

En partenariat avec Diacritik et le Master Création littéraire de l’Université Toulouse Jean-Jaurès, aura lieu, du 2 au 4 novembre, à Lagrasse le Banquet du livre d’automne. « Histoire du moi, Histoires du monde » : tel est le mot d’ordre d’un banquet qui réunit écrivains et critiques autour de la diction de soi qui s’affronte à la fiction du monde. En voici le riche programme en détails. Suivez le guide.

On a cru que le ministère de l’Identité Nationale avait disparu corps et bien avec Nicolas Sarkozy. C’était assurément un tort. Car, à la surprise générale, il vient de donner de ses tristes nouvelles, il y a à peine quelques jours, par la voix d’un consternant et dangereux appel à contributions émanant de la revue Fixxion, organe universitaire jusque-là sérieux et respectable, intégralement dévolu à l’étude de la littérature française depuis 1980.

« Je n’ai pas le souvenir d’avoir vu un seul bananier, rue des Bananiers. Je regrette que la rue ait perdu son nom aujourd’hui, qu’elle ait troqué un nom d’arbre pour un nom propre, Bouchareb » : la subtilité de la topobiographie de Béatrice Commengé est peut-être tout entière concentrée dans cette phrase qui n’est pas seulement le commentaire du titre du livre mais bien le soulignement de la place des mots dans notre manière d’habiter le monde, de la présence/absence à soi d’un lieu, et plus largement de l’Histoire, des histoires, quand « c’est fini », derniers mots de ce texte magnifique.

Alexandre Gefen, Oana Panaïté, Cornelia Ruhe et le comité de la Revue critique de fixxion française contemporaine manifestent leur stupéfaction devant les allégations contenues dans la tribune de M. Johan Faerber, intitulée « Contre la Zemmourisation de la critique littéraire » et parue sur Diacritik le lundi 15 octobre.

Splendide, émouvant et troublant de beauté : tels sont les quelques mots qui viennent à la lecture de La Fille du Bois d’Anne Maurel qui vient de paraître chez Verdier. Dans une langue qui rend l’émotion sans jamais céder au lyrisme, en mettant un point d’honneur à refuser toute emphase, Anne Maurel revient, en ce premier récit, sur le destin de son grand-père. Davantage figure que personnage, le grand-père est le cœur nu et noir, sans cesse dérobé, détaché de toute archive, d’un récit vocal qui impose Anne Maurel comme la grande révélation de cette rentrée. Diacritik ne pouvait manquer d’aller à sa rencontre le temps d’un grand entretien.

« À long terme, nous sommes tous morts. L’éternité, ici-bas, c’est trois générations » lançait de manière aussi cinglante que sciemment définitive, John Keynes pour toute réponse aux tenants des théories économiques classiques qui prétendaient sortir de la violente crise de 1929 par une solution s’échelonnant sur plusieurs décennies. Citée par Pierre Bergounioux dans son très bel Agir écrire à propos de la puissance américaine à synthétiser avec fulgurance de sa sève neuve ce que la pensée européenne, rampante, vieille et impuissantée de grimoires, avait peiné à dire des siècles durant, une telle formule qui fait du vivant la proie d’une irascible et insurmontable mort pourrait figurer comme le tutélaire exergue du magistral quatrième tome du Carnet de notes, à la funèbre beauté, du même Pierre Bergounioux, paru chez Verdier.

Je n’aime pas citer Céline, pas besoin de vous faire un dessin, mais Céline c’est aussi le Voyage, merde, c’est le Voyage quand même, et c’est c’est aussi cette phrase : « Dieu qu’ils étaient lourds » !

Je ne sais pas vous mais je crève de lourdeur, à feu petit, en ce moment, quelle pesanteur quand même, ou est la touche reset pour effacer l’année 2015 ?

A l’heure où certaines Cassandre proclament avec perte et fracas l’irrémédiable fin de la littérature et le conséquent décès de la critique, sans doute la littérature contemporaine n’a-t-elle jamais autant brillé depuis son champ dispersé et résolument éclaté, et la critique ne s’est-elle trouvée autant de voix neuves pour venir la cartographier depuis ses accidents répétés.