Près de soixante ans après sa mort, Marilyn Monroe laisse encore et encore fulgurer ses feux. Feux de séduction, feux de détresse, envoûtements d’une étoile perdue dans une galaxie secrète. De décennie en décennie, elle happe certaines âmes qui gravitent autour de sa nébuleuse blond platine. Comme toute passion, la poésie est délinquante. Elle braque les mots pour les couler dans les sensations de l’enfance. Portée par la peintre et plasticienne Anne Gorouben et l’écrivain Olivier Steiner, Le Ravissement de Marilyn Monroe condense une magie en laquelle j’ai perçu l’enfant lointain du Chant d’amour de Jean Genet.

Cavalier d’épée constituerait une sorte de suite, ou de complément, de supplément, à Enfant de perdition (P.O.L, 2020). Le livre commencerait là où l’autre s’arrêtait, au seuil de la vie adulte, d’un voyage dans les Balkans que s’apprête à faire le narrateur. Dans Enfant de perdition, nous étions dans les méandres de la vie d’avant, jusqu’à la décision finale de « trahir » les siens, le pays d’où nous venons. L’Enfant devait se perdre pour renaître, différent.

Qu’est-ce qui reste du romancier quand il s’agit de fonder le poème ? Comment s’opère le saut générique qui, du récit, conduit à ce qui ne fait pas récit, qui raconte, mais donne désormais du monde la fulgurance de la sensation : le poème ? Telles seraient, étonnantes, originales et irrémédiablement insolubles, les questions qui président à la lecture du nouveau recueil poétique de Simon Johannin, La Dernière saison du monde qui vient de paraître chez Allia.

Qu’est-ce qu’un film « poétique » ? Et qu’appelle-t-on « lyrisme » au cinéma ? Que faire de ce vocable « poétique » lorsque l’on est critique de cinéma ? Telles sont les pertinentes et vives questions que Nadja Cohen se pose dans un indispensable ouvrage collectif logiquement intitulé Un cinéma en quête de poésie qui vient de paraître aux Impressions Nouvelles. De Tarkovski à Raoul Ruiz, de Jarmusch à Miyazaki en passant par Malick, Nadja Cohen interroge, en associant chercheurs en littérature et en cinéma, les formes et les sens que la poésie peut prendre sur grand écran. Autant de pistes fécondes que Diacritik est parti sillonner avec Nadja Cohen le temps d’un grand entretien.

La France est une fois de plus en retard. Une fois de plus, elle n’a pas encore bien compris ce que, avec discrétion et grâce, Mahmood accomplit musicalement depuis bientôt trois ans sur le territoire à la fois si vaste et si saturé de la pop. Une fois de plus, la France n’a pas encore compris l’ampleur du phénomène Mahmood. Car si, politiquement et artistiquement, l’Italie est depuis la Renaissance, pour le meilleur et pour le pire, le laboratoire de l’Europe, Mahmood n’échappe pas, pour le meilleur, à ce postulat, notamment depuis la sortie, vendredi, de son deuxième album, le formidable Ghettolimpo.

Une splendeur : tel est le mot qui vient à l’esprit quand on achève la lecture de Nous sommes maintenant nos êtres chers que vient de faire paraître Simon Johannin. A la fois incandescent et sombre, ce recueil marque l’entrée du jeune romancier en terre de poème après L’Été des charognes et Nino dans la nuit. Ici, la poésie devient comme un hymne tremblant mais confiant à tous les corps disparus qui peuplent les nuits du poète.

Et si Le Tartuffe qui interroge les apparences, l’hypocrisie et la séduction cédait au jeu des apparences au point de se révéler lui-même une flagrante imposture mettant mal à l’aise le public ? Telle est la question insistante sinon extrêmement gênante que ne manque pas de soulever la très problématique mise en scène par Ivo Van Hove du Tartuffe de Molière donné à l’occasion de la célébration en grande pompe des 400 ans de la naissance du dramaturge à la Comédie Française.

Cette pièce sert de salle à manger, de salon, de chambre. Une fenêtre donne sur la rue, une autre sur le jardin. Au milieu, une large table ronde recouverte d’une toile cirée ; au-dessus, une lampe à suspension ancienne, en forme de lyre, coiffée d’un abat-jour opaline ; elle diffuse une lumière cuivrée qui rayonne du centre vers les murs comme un astre, et dessine au plafond un cercle diaphane.

Depuis une quinzaine d’années, Gianni Forte et Stefano Ricci occupent le devant de la scène théâtrale européenne. Provocatrices, poétiques, politiques, en rupture, inventives, leurs réalisations travaillent les corps, les âmes, les relations, les cultures, les mondes qui existent et d’autres qui sont possibles. Pour la période 2021-2024, ils sont nommés directeurs de la Biennale Teatro di Venezia. Entretien avec le dramaturge Gianni Forte.