Si proche et si lointain aujourd’hui, Pier Paolo Pasolini. De toute façon présent à nos mémoires en raison de sa vie mouvementée, de son œuvre multiforme, de ses liens avec la crème des lettres italiennes (Moravia, Calvino, Fortini, Sciascia), de sa fin tragique d’homosexuel assassiné il y a 40 ans. Il est donc heureux que Paul Magnette ait choisi de revenir à cette figure considérable et déchirée dans une jolie plaquette qui met en regard l’auteur de poèmes et le penseur politique, quitte à laisser de côté une production cinématographique flamboyante.

Avec Pulsions pasoliniennes, Fabrice Bourlez entraîne Pasolini dans un jeu singulier et étrange. En effet, l’œuvre de Pasolini est dans cet essai moins confrontée que greffée à celles d’autres auteurs, ou de philosophes et essayistes, pour rendre possible que se dessinent des idées nouvelles, des directions, des questionnements de ce que nous sommes et de ce que nous pourrions être ou ne plus être. Il y est ainsi question de corps, de sexualité(s), de queer, de psychanalyse, d’écriture, d’images, de politique – et d’un dehors qui toujours nous emporte vers des devenirs encore inconnus.

Chantal Akerman, Deleuze, Patrice Chéreau, Pasolini… et tant d’autres. Pourquoi Foucault ? Par quel Pierre Michon commencer ? […]

Cette pièce sert de salle à manger, de salon, de chambre. Une fenêtre donne sur la rue, une autre sur le jardin. Au milieu, une large table ronde recouverte d’une toile cirée ; au-dessus, une lampe à suspension ancienne, en forme de lyre, coiffée d’un abat-jour opaline ; elle diffuse une lumière cuivrée qui rayonne du centre vers les murs comme un astre, et dessine au plafond un cercle diaphane.

Il y a dix ans, Jean-Philippe Toussaint, qui nous avait charmé avec La Salle de bains, Monsieur ou La Télévision, courts romans héritant de Beckett et d’un humour tout personnel, passait au cinéma et donnait La Patinoire, son premier long métrage. Production d’une grande drôlerie en même temps que réflexion sur ce qu’est le cinéma à partir d’un tournage entrepris sur une surface glacée.

Pier Paolo Pasolini

Un jour, il y a des années maintenant, j’ai lu une phrase stupéfiante. Cette phrase figurait dans un livre de philosophie. À l’époque, encore lycéen, je n’étais pas sûr de toujours bien saisir ce qui était écrit dans ce genre d’ouvrages. Mais lire était en soi un événement. Je sentais que quelque chose s’accordait à mon être en le désaccordant du monde que par ailleurs il subissait. Je lisais pour m’alléger. Je lisais comme on dévale une pente.

Je m’aperçois aujourd’hui que mon acte de lecture ressemblait, en son ordre, à celui de Mouchette, cette gamine au destin bouleversant filmée par Bresson.

Elle est là qui parcourt neuf photographies de Morgan Reitz. Elle est la figure féminine jamais nommée qui parmi les neuf textes de Stéphane Bouquet contemple, habite, attend, espère une lettre ou la lit, désire, constate sa solitude et la difficulté de la rompre, avait/a/aura rendez-vous avec un homme, qui toujours se soustrait, comme le monde entre deux photographies.

Comme dans le théâtre antique ou chez Molière et consorts, l’article défini du titre laisse présager une étude de caractères aux résonances sociologiques et satiriques. Le Prophète semble en effet s’inscrire dans une longue tradition de la comédie de mœurs qui s’étend de L’Amphitryon au Bourgeois gentilhomme, et qui trouve une nouvelle vitalité dans les grands films italiens des années 1960, dont Dino Risi a contribué à fixer certains codes avec Le Fanfaron ou Les Monstres.

 

Massimo Troisi

Quand on demandait à Massimo Troisi, pourquoi il tournait peu de films et jouait peu de rôles au cinéma, il répondait : « Cela tient en gros à deux raisons : la paresse et la pudeur. Ou mieux, une paresse contaminée par la peur de la banalité et de la superficialité : toutes les histoires que j’invente me semblent toujours très limitées et inutiles ». On voit bien qu’à travers cette crainte d’être submergé par la banalité, le lieu commun, le trivial, le déjà vu, se dessine une ligne de conscience critique. Troisi, comédien, cinéaste et metteur en scène, montre ainsi son insatisfaction face à soi-même et à la création. Une insatisfaction qui est une constante chez l’homme qu’il est, comme une maladie. Et c’est bien de cette attitude que son œuvre est empreinte, cette attitude qui dénote et connote un style aussi bien qu’une aspiration artistique et intellectuelle. Ce n’est pas un hasard si son modèle culturel était Pasolini.