« Ce sont des mots, des images. Un afflux d’images.  Ce mot d’abord. Afflux. Flux humains, flux financiers, flux migratoires. Flux comme fleuve, fluvial, to flow, avoir un bon flow. Flux, ce mot avec un x. »
C’est ainsi que Marina Skalova commence l’exploration du terme figurant dans le titre de son livre court et dense, paru au Seuil en avril 2018.

Les bruits de langues, ils se tendent et se braquent, ouvrent les mots pour sortir des livres. Ils rentrent, insidieux, dans vos oreilles et murmurent quelque chose qui vient du fond. Ces bruits de langues, dans la bouche d’autrices et auteurs contemporains, racontent quelque chose qui gronde. Une envie de dire, crier, dessiner, filmer, chanter, rapper, lire et partager. Et surtout une nécessité, une urgence à écrire pour donner voix aux invisibles.

À l’occasion de son dixième anniversaire intitulé « Appels d’air », la manifestation des « Littérature : enjeux contemporains » organisée par La Maison des écrivains, à l’initiative de Sylvie Gouttebaron et Dominique Viart, se place sous le signe de l’ouverture, de l’exploration, et de l’invention. Diacritik en sera l’un des invités ce samedi lors d’une table ronde au théâtre du Vieux-Colombier en compagnie des revues Vacarme et En Attendant Nadeau pour discuter, avec Alain Nicolas, du désir de revue aujourd’hui.

Les collectes de voix sont, depuis le prix Nobel de Svetlana Alexievitch en 2015, au centre de l’attention littéraire. En contexte francophone, Maryline Desbiolles et Jean-Paul Goux, François Beaune et Olivia Rosenthal ont investi cette forme pour dire les angles morts du réel et permettre d’élaborer un témoignage indirect et modeste. C’est cette forme que déploie dans Papiers Violaine Schwartz, romancière, dramaturge et actrice pour consigner quelques vies migrantes.

Lors d’entretiens que j’ai réalisés sur «création et critique», un glissement s’est opéré dans les échanges de la critique (littéraire) vers le politique. Quels enjeux critiques et politiques traversent le travail d’écriture ? Un nouveau cycle d’entretiens s’ouvre sur cette question, cette fois dans Diacritik, avec différentes auteures.

Suite et fin des entretiens d’Emmanuèle Jawad autour de « création et politique ». Après Véronique Bergen, Nathalie Quintane, Sandra Moussempès, Leslie Kaplan, Vannina Maestri, Marie Cosnay, Jennifer K Dick, Marie de Quatrebarbes et Liliane Giraudon, c’est aujourd’hui Anne Kawala qui évoque les implications poétiques et politiques de son travail.

Mur parisien © Christine Marcandier
Mur parisien © Christine Marcandier

Autrefois —  « Quand tu penses qu’autrefois c’était hier » (Claro) —, les archives de nos vies étaient personnelles (photographies, journaux intimes, transmissions de récits) ou plus collectives, quand artistes et écrivains s’en emparaient. Aujourd’hui, toutes les vies sont surveillées, archivées, quasi en temps réel, via réseaux sociaux, traçages d’algorithmes et espionnage de masse.

Comme l’écrit Guillaume Vissac dans la préface d’un recueil collectif qui paraît chez publie.net, Surveillances, citant le Lou Reed de Sunday Morning, « fais gaffe, le monde est à tes trousses », il y a pourtant une différence de taille entre « veiller sur et surveiller ». C’est le sujet des textes que rassemble ce collectif passionnant, la fiction comme manière d’interroger et regarder autrement ce monde que nous contribuons, consciemment ou non, à édifier, comme manière de briser ces murs qui nous surveillent et consignent nos vies.