Louise Bourgeois, 1980. Photo: Mark Setteducati © The Easton Foundation
Louise Bourgeois, 1980. Photo: Mark Setteducati © The Easton Foundation

« (…) elle a fait de Louise Bourgeois, la fille qui n’arrête pas de courir après ses souvenirs, un personnage de roman ».

Qui est d’ailleurs Louise Bourgeois sinon cette identité sans cesse réinventée d’œuvre en œuvre, ce nom hérité du père qu’elle ne changea pas en se mariant, hérité mais aussi choisi et construit dans et par l’art (« je suis Louise Bourgeois à vie ») ?
C’est une énigme qu’interroge Xavier Girard dans son dernier (et magnifique) livre, Louise Bourgeois face à face, les anamorphoses d’une artiste qui « fait de l’art parce qu’elle veut devenir consciente de ses désirs ».

Louise Bourgeois 1982, par Robert Mapplethorpe
Louise Bourgeois 1982, par Robert Mapplethorpe

Parmi les figures de l’art contemporain représentées sur les tableaux retrouvés de Randall, dans le roman de Jonathan Gibbs, p. 172 : Louise Bourgeois. Et c’est justement Louise Bourgeois que figure un court (et magnifique) livre de Jean Frémon, Calme-toi, Lison, Louise Bourgeois prise dans un monologue intérieur en « tu », parfois interrompu par un « je », bribes de souvenirs et sentiments évidemment imaginaires mais ancrés dans la biographie — l’enfance à Choisy-le-Roi, le mariage avec Robert Goldwater, le départ pour New York, la création, Jerry Gorovoy…
Jean Frémon écrit à partir de sa longue fréquentation de l’artiste depuis les années 80, lui qui, directeur de la galerie Lelong (Paris et New York), organisa sa première exposition en Europe, en 1985.

Chute-la-vie © Rochegaussen

Ça y est, c’est parti, il a ouvert la fenêtre et grimpé sur une chaise, il s’est lancé à la conquête de l’air.

Chute-la-vie © Rochegaussen

D’habitude, les choses ne lui font pas peur. Mais cette fois, la menace venait des planches disjointes de son atelier.

Chute-la-vie © Rochegaussen

Il n’avait pas peur du noir, il avait peur de ce que le noir cachait de plus puissant que le noir.

Chute-la-vie © Rochegaussen

Quoi qu’il fasse, un crayon à la main, ou l’un de ses appareils photos posé sur un pied, il assistait, mi effrayé mi ravi, à la multiplication des images.

Chute-la-vie © Rochegaussen

Quand il allait au cinéma, ce qui ne lui arrive plus guère, il prenait place au bout de la rangée, vers la sortie, en cas de fatigue ou de risque imminent.

Chute-la-vie © Rochegaussen

Cet été-là, ils avaient décidé de passer quelques jours à Saint Martian, au-dessus d’Apt, chez les parents d’un ami, dans une maison en forêt. Un matin, en allant chercher le pain, il avait remarqué au bord du chemin une voiture bleue, un de ces bleu qui ressemble à du noir, et n’avait rien trouvé de bizarre à cela.

Chute-la-vie © Rochegaussen

Il s’appelait Léon, Léon Lavie, un nom qui sentait bon la fourniture d’eau et le moulin de meunerie. Il avait traversé la méditerranée et à peine débarqué à Marseille, où la Durance venait d’être amenée, il eut l’idée de faire fortune avec des chutes.

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Comment être reconnue par le monde de l’art quand on est… une femme ? Comment tenter de devenir soi-même à travers des personnages créés de toutes pièces et pourtant issus de soi, projections des questionnements qui nous traversent ? Ces questions irriguent l’exceptionnel dernier roman de Siri Hustvedt, Un monde flamboyant, qui sort en poche aujourd’hui dans la collection « Babel » d’Actes Sud, un texte qui, tout en étant une peinture du monde de l’art à travers un hoax et une figure de créatrice, analyse les catégories et genres qui altèrent et influencent nos perceptions, notre vision du monde et des êtres.

Louise Bourgeois © Renaud Monfourny
Louise Bourgeois © Renaud Monfourny

Renaud Monfourny expose à la Maison Européenne de la photographie et l’on retrouve 131 de ses portraits dans Sui Generis, livre publié chez Inculte/Dernière marge. Entrée dans un univers immédiatement identifiable, ou la scène culturelle par l’intime.

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Toute la semaine dernière, Diacritik a publié une série d’articles centrés sur littérature et art, dans ces croisements qui furent à l’origine même de notre journal : art contemporain, roman, essai, photographie, série télé, bande dessinée, cinéma et leurs échos infinis, comme une toile et un récit pour dire et penser le contemporain.