Le titre ci-dessus, « c’est vous l’écrivain »,  est la jolie formule qu’utilisa Jérôme Lindon lorsqu’il accueillit le jeune Jean-Philippe Toussaint pour le première fois en ses bureaux. Il avait beaucoup aimé La Salle de bains, qu’il allait publier et qui connaîtrait d’emblée un grand succès. Mais s’agissait-il de sa part d’une remarque gentiment moqueuse ? Ou bien d’une véritable apostrophe identificatrice ?

À la suggestion de son ami Ange Leccia, Jean-Philippe Toussaint rend hommage dans une mince et élégante plaquette que viennent de publier les éditions de Minuit. Toussaint donne à son beau texte une forme strophique par-delà toute poétique. Chacun des neuf alinéas commence par une même formule qui ne varie pas dans son attaque mais bien dans son développement. Voici l’ouverture de la première strophe :  « Je veux saisir Monet là, à cet instant précis où il pousse la porte de l’atelier dans le jour naissant encore gris» (p. 9).

Les deux derniers romans de Jean-Philippe Toussaint (Clé USB et Les Émotions) avaient pour héros-narrateur un haut fonctionnaire chargé de la prospective à la Commission européenne de Bruxelles. Or, voici que la très brève Disparition du paysage sorti hier en librairie ne fait pas suite aux deux récits précédents.

Changement de saison. Il est grand temps de circuler plus librement dans le Terrain Vague. Chacun le fera à sa manière, tirant le fil de ses obsessions, tout en gardant un regard ouvert sur ce qui arrive, sous forme de message adressé, ou par hasard, retenant ce qui s’est fait prendre dans la toile que tissent ces déambulations. Mais ce n’est pas en critique que le diariste chemine : plutôt en compositeur, ou en dessinateur – il faut être les deux pour élaborer une partition qui tienne à la fois la table et le mur (le carnet de notes et l’écran).

Le dernier roman de Jean-Philippe Toussaint s’intitule bravement La Clé USB. Occasion de se rappeler que l’auteur nous donna à ses débuts L’Appareil-photo et La Télévision et ce avant que ne surviennent les récits érotisants et délicieux du cycle de Marie Madeleine Marguerite de Montalte. Mais voici qui nous rebranche de façon flagrante sur des objets technologiques.

Il y a dix ans, Jean-Philippe Toussaint, qui nous avait charmé avec La Salle de bains, Monsieur ou La Télévision, courts romans héritant de Beckett et d’un humour tout personnel, passait au cinéma et donnait La Patinoire, son premier long métrage. Production d’une grande drôlerie en même temps que réflexion sur ce qu’est le cinéma à partir d’un tournage entrepris sur une surface glacée.

À l’occasion de la rencontre « Le climat, récits et imaginaires » avec Marie Darrieussecq, Philippe Rahm et Dominic Thomas, modérée par Jean-Max Colard, qui s’est tenue à la Villa Gillet le mercredi 9 mars 2022 à Lyon, le Directeur du Département des Études françaises et francophones, Université de Californie-Los Angeles (UCLA), Dominic Thomas, nous propose ce texte sur les liens entre climat et littérature.

J’ai avalé avec bonheur Made in China de Jean-Philippe Toussaint, un récit où l’auteur témoigne de son attachement pour la Chine, notamment à travers la relation qu’il entretient avec Chen Tong, son éditeur chinois (également producteur de plusieurs de ses courts métrages).
Le livre, qui se voulait au départ — peut-être avec une feinte innocence — le journal de tournage de The Honey Dress, son nouveau film, devient rapidement le prétexte à tout autre chose.

M.M.M.M. de Jean-Philippe Toussaint ou tout à la fois le cycle romanesque de Marie, des Saisons musicales, la lettre « aime » et l’initiale du prénom français qui l’énonce par anagramme depuis la Pléiade. C’est aussi un clin d’œil vers l’art contemporain — « elle se faisait appeler Marie de Montalte, parfois seulement Montalte, sans la particule, ses amis et collaborateurs la surnommaient Mamo, que j’avais transformé en MoMA au moment de ses premières expositions d’art contemporain. Puis, j’avais laissé tomber MoMA, pour Marie, tout simplement Marie (tout ça pour ça) ».

Une station-service est un non-lieu, au sens que Marc Augé donne à ce terme, un espace propice à une anthropologie de la surmodernité. Devenue roman, ce non-lieu — puisque l’article singularise la station-service tout autant qu’il en fait la représentante de toutes les autres, le lieu de tout lieu — se mue en temps, en feuilleté de micro-récits, de Chroniques d’une station-service. Un drôle de livre, signé Alexandre Labruffe.

À l’heure où la loi Lang fête ses 40 ans, qu’un géant comme Amazon ne cesse de menacer les librairies indépendantes, où on annonce encore qu’un logiciel comme Alexandre et Aristote remplacera bientôt tout travail de conseil de libraire, Diacritik ne pouvait manquer d’aller à la rencontre de Patricia Sorel qui sort une suggestive et fort instructive Petite histoire de la librairie française à la Fabrique. L’occasion de faire avec la chercheuse le point sur un commerce qui, dès ses origines, a toujours été menacé mais a toujours su résister.

C’est la lecture d’Après la littérature de Johan Faerber qui m’a donné envie, avec beaucoup de retard (il arrive qu’on soit en avance, mais le plus souvent on est en retard – être à l’heure n’étant pas dans nos préoccupations), de me procurer les romans de Laurent Mauvignier, considérés tout d’abord avec méfiance, sans savoir pourquoi, peut-être simplement par bêtise, parce qu’il reste quelque part dans la tête de qui fut jeune et passionné lecteur du Nouveau Roman l’idée que la période glorieuse des Éditions de Minuit est achevée depuis longtemps…

« La mort est passée. La photo arrive après qui, contrairement à la peinture, ne suspend pas le temps, mais le fixe. »
Mathieu Riboulet, Les Œuvres de miséricorde, Verdier, 2012

Les quelques réflexions qui suivent constituent plutôt un produit dérivé, car le dernier roman de Jérôme Ferrari À son image a déjà reçu la presse qu’il mérite tant par sa qualité que par son appartenance aux trente romans sur lesquels les projecteurs se dirigent dans la surproduction de la rentrée littéraire.