L’œuvre de Jonathan Franzen s’équilibre entre romans et essais. L’écrivain a expliqué dans le bel entretien qu’il a récemment accordé au magazine Society qu’« écrire de la non-fiction (l’a) libéré en tant que romancier ». Cette articulation fiction/non fiction dit surtout un rapport au monde, la nécessité de le saisir non seulement en l’inventant et le représentant mais en déconstruisant ce qui se trame et se construit. C’est ce que montre magistralement Et si on arrêtait de faire semblant ? qui ne peut être réduit à une collection d’articles engagés ou à un recueil de récits mais repose sur leur complémentarité féconde, seule à même de dire le « monde technocapitaliste étrange » dans lequel nous vivons.

En 2002, dans Pourquoi s’en faire ?, Jonathan Franzen annonçait vouloir « écrire de la fiction pour le plaisir et le divertissement » et abandonner son « sentiment de responsabilité sociale en tant que romancier ». La déclaration pourrait sonner comme une forme de renoncement, voire une poétique déceptive, l’écrivain ne cachait d’ailleurs pas son « désespoir au sujet du roman américain ». De fait sa déclaration était liée à la prise de conscience que d’autres « médias frappants » rivalisent désormais avec le roman sur le terrain du social. C’est donc là moins un renoncement qu’une ambition immense, celle de concurrencer d’autres saisies prosaïques et instantanées du réel, ce que prouve la lecture de Freedom, initialement paru en France en 2011 (2010 aux USA) et qui nous revient dans la superbe « Bibliothèque de l’Olivier ».

White de Bret Easton Ellis est désormais disponible en poche chez 10/18. White est un essai ou plutôt un laboratoire, le commentaire de son œuvre comme de son époque rongée par un politiquement correct devenu une forme de totalitarisme. Bien-pensance, puritanisme, instrumentalisation idéologique de l’art, tout passe au white spirit de BEE.

Les Altruistes, premier roman d’Andrew Ridker, en cours de traduction dans une vingtaine de pays, est une saga familiale irrésistible, la comédie cruelle des Alter et, à travers eux, la chronique de nos vies écartelées entre la fidélité à une histoire familiale et des envies d’ailleurs.

Il était attendu en librairie depuis 9 ans : Bret Easton Ellis publie White, un essai ou plutôt un laboratoire, le commentaire de son œuvre comme de son époque rongée par un politiquement correct devenu une forme de totalitarisme. Bien-pensance, puritanisme, instrumentalisation idéologique de l’art, tout passe au white spirit de BEE.

Un homme écrit à sa femme depuis un pénitencier. « Mon avocat dit que je dois tout raconter ». Le roman, à la première personne du (hautement) singulier, sera ce « document » qui est aussi une longue « supplique ». « Ce qui suit est le journal de notre errance, à Meadow et moi, depuis notre disparition ».

Paula Fox est restée trop méconnue en France, malgré le travail de Joëlle Losfeld pour y diffuser ses livres. Peut-être sa mort, le 1er mars dernier, annoncée aujourd’hui, remettra-t-elle son œuvre fondamentale sur le devant de la scène littéraire. Née en 1923, elle était de celle dont les écrivains américains ne cessent de dire l’influence cruciale sur leur propre univers littéraire, à commencer par Jonathan Franzen, inlassable passeur de son travail.

Laurent Mauvignier signe indubitablement avec Histoires de la nuit l’un des très grands livres de ces dernières années. Indéniable exploit romanesque à l’architecture admirable, puissance narrative d’exception, intrigue palpitante et sans cesse relancée, Histoires de la nuit est un époustouflant page turner qui ne cesse de s’interroger sur ce qu’est l’écriture et le récit aujourd’hui. A travers l’histoire de Bergogne, sa femme et sa fille, perdus dans un hameau et bientôt cernés par des hommes à la rare violence, Histoires de la nuit se lit comme un film dont il n’existerait aucune copie. Autant de raisons pour Diacritik de partir à la rencontre du romancier le temps d’un grand entretien autour de ce chef-d’œuvre de notre contemporain.

Du 20 au 23 septembre prochain aura lieu à Vincennes la neuvième édition du Festival America, centré sur les littératures et cultures d’Amérique du Nord, avec, pour cette année, un focus sur le Canada.
Diacritik a évoqué nombre des auteurs invités et vous propose de les (re)découvrir en amont du festival. Aujourd’hui, Jonathan Dee.

Il y a, sans conteste, une forme d’inconscience ou de défi à publier un premier roman quand on dirige l’une des maisons d’édition les plus réputées du monde. C’est pourtant ce que vient de faire Jonathan Galassi, président de Farrar, Straus and Giroux, avec Muse qui paraît en France, chez Fayard, traduit par Anne Damour, Muse ou la peinture acide d’un monde éditorial en pleine mutation et un hymne à la poésie, à la puissance de la littérature.
Diacritik a rencontré Jonathan Galassi lors de sa venue à Paris, en juin dernier, l’occasion d’évoquer avec lui les raisons pour lesquelles l’éditeur, poète et traducteur qu’il est s’est soudain tourné vers le roman mais aussi de l’interroger sur le présent et l’avenir de l’édition.

L’histoire se répète, comme un disque rayé, à chaque rentrée littéraire : un livre fait sensation, séduit la critique, les libraires et les lecteurs. Cette année, c’est Gaël Faye et son Petit Pays, prix Fnac (remis par Jonathan Franzen) puis prix Cultura, présent sur les premières listes de tous les grands prix d’automne, ou presque, toujours en lice pour quelques-uns d’entre eux dont le Goncourt, articles dans toute la presse, sujet au JT de TF1, droits étrangers vendus à une vingtaine de pays avant même la parution en France, la littérature devenant phénomène…