« Tôt ou tard, tout devient télévision », écrivait J. G. Ballard, en épigraphe de Par les écrans du monde de Fanny Taillandier, qui vient de paraître en poche aux éditions Points. Tout semble désormais créé pour être vu, selon les règles d’une culture du spectacle, d’une mise en images et d’une spécularité discursive généralisée dont le 11 septembre aura été l’acmé.

Indiscutablement, Farouches de Fanny Taillandier est l’un des romans les plus remarquables de cette rentrée littéraire. Dans une Ligurie, à la fois proche et distante de nous, la romancière nous conte l’histoire d’un couple, Baya et Jean, qui, entre attaques de sangliers et rixes entre bande rivales, sentent depuis leur maison comme une menace sourde s’immiscer progressivement dans leurs vies. Roman politique et géopolitique, fable écocritique et interrogation sans trêve sur le rapport au savoir et notamment à Wikipedia, Farouches offre une stimulante réflexion stimulante sur les liens de l’humanité avec le vivant sous toutes ses formes. Autant de raisons pour Diacritik de partir à la rencontre de la romancière le temps d’un grand entretien.

ESTRAGON. Endroit délicieux. (Il se retourne, avance jusqu’à la rampe, regarde vers le public.) Aspects riants. (Il se tourne vers Vladimir.) Allons-nous-en.
VLADIMIR. – On ne peut pas.
ESTRAGON. – Pourquoi ?

Autant le dire tout de suite : nous n’attendons rien de l’élection du président ou plus improbable de la présidente. Nous connaissons les règles de ce jeu et nous savons très bien que le jeu est pipé, depuis fort longtemps.

Pluie de livres, tous intéressants, et même, pour certains, passionnants. Je ne crois guère qu’un “papier” (merveilleux que l’on puisse encore utiliser ce mot pour nos élucubrations sur Internet) puisse être autre chose qu’une sorte de montage de feuilles arrachées à un carnet de bord collées sur papyrus, roulé avant d’être introduit dans une bouteille jetée à la mer. C’est uniquement par jeu qu’on continue : jouer, non à convaincre – puisque “convaincre est stérile [ou (var.) : infécond]” comme l’a écrit Walter Benjamin –, même si l’on espère contaminer d’hypothétiques lecteurs et lectrices de passage, mais à créer ce que j’entends par “constellations”, ces cristallisations, en partie aléatoires, en partie construites suivant des lignes de tension, d’objets épars – étoiles plus ou moins lumineuses qui se détachent de la grisaille – que l’on observe, allongé au cœur du Terrain vague, oubliant de compter le temps qui passe.

« Tôt ou tard, tout devient télévision », écrivait J. G. Ballard, en épigraphe de Par les écrans du monde de Fanny Taillandier, roman par ailleurs placé sous l’exergue de deux récits de création, le texte de Ballard (Jour de création) et le Coran (une sourate des Factions), comme si tout désormais n’était plus créé que pour être vu, selon les règles d’une culture du spectacle, d’une mise en images et d’une spécularité discursive généralisée dont le 11 septembre aura été l’acmé.

Occuper l’espace, le phraser, le forer depuis la langue – et donner à interroger non le monde mais ses représentations : telles seraient les questions qui viendraient à se dire en cette après-midi du vendredi à la 12e éditions des Enjeux contemporains. « Sous influences : de l’art dans la littérature » offre quatre rencontres où il sera largement question d’occupation de l’espace, qu’il s’agisse de tracer des mots depuis la danse, qu’il s’agisse de faire se répondre la page d’un roman avec la planche de bande dessinée ou qu’il s’agisse encore aussi bien d’interroger la mise en œuvre de l’architecture : son ouvroir de fiction, son potentiel à poser la question politique au cœur de la littérature.

Hors limites fête cette année ses dix ans. Véritable fête de la littérature et plus largement de la culture (cinéma, BD, musique, expositions), le festival installe écrivains, éditeurs, artistes et acteurs au cœur d’une trentaine de villes du 93 (librairies, médiathèques et bibliothèques, universités, musées et centres d’art) pendant une quinzaine de jours. Ouverture ce soir, à 19h30, par une rencontre au titre programmatique de l’ensemble des manifestations, « un monde à portée de main »

« Ce qui reste, les poètes le fondent » clamait, on s’en souvient, Hölderlin en des termes confiants mais hagards. Nul doute qu’un tel vers, qui se propose d’œuvrer à ce qui demeure contre toutes les destructions, pourrait servir d’exergue lumineuse à une exploration des périphéries qui circonscrivent la ville.

Deux grands livres de la rentrée littéraire ont déjà été couronnés : Jean-Baptiste Del Amo a reçu le prix du roman FNAC pour Le Fils de l’homme (Gallimard) et Jean-Claude le Prix littéraire Le Monde pour Jacqueline Jacqueline (Seuil, « La Librairie du XXIe siècle »). D’autres prix ont annoncé leurs premières listes. Retrouvez-les ici, par ordre chronologique de publication des listes, avec liens vers les articles et entretiens publiés dans Diacritik. Cet article est périodiquement mis à jour.

Pour sa 19e édition, le Prix Wepler-Fondation La Poste propose une sélection toujours aussi exigeante et intéressante. Treize auteurs sont nommés, treize romans, dont plusieurs déjà chroniqués ou en passe de l’être dans la sélection diacritique de rentrée littéraire. Le prix sera remis le lundi 14 novembre 2016. Alors, qui pour succéder à Pierre Senges ? A suivre…

L’anecdote est célèbre : alors qu’à l’orée des années 1950, il commence à apprendre l’anglais via la méthode Assimil, Eugène Ionesco, durablement impressionné par le vide sinon l’absurdité criante des dialogues proposés à l’étude, entreprit d’écrire à leur imitation une pièce de théâtre L’Anglais sans peine qu’il finit par intituler La Cantatrice chauve. Nul doute qu’une semblable anecdote préside aussi bien à l’écriture d’Helena de Jérémy Fel paru en cette rentrée aux éditions Rivages tant ce problématique roman paraît avoir été à son tour en écrit en fréquentant assidument la méthode Assimil qui, cette fois, aurait consisté à apprendre l’américain avec la même propension au non-sens et à la vacuité.

Indubitablement, avec Un Monde sans rivage qui paraît ces jours-ci chez Actes Sud, Hélène Gaudy signe un des grands romans de nos années 10. Dans ce récit épique de l’expédition polaire menée en 1897 par trois Suédois, Hélène Gaudy offre un puissant roman photosensible en engageant une des plus importantes réflexions de notre temps sur le rôle des images dans nos vies.

Indispensable et résolument neuf : tels sont les termes qui viennent immédiatement à l’esprit pour évoquer Qu’est-ce que la pop’philosophie ? de Laurent de Sutter qui vient de paraître aux PUF. Essai déterminant sur la nature de ce que Deleuze a pu nommer « la pop’philosophie », Qu’est-ce que la pop’philosophie ? s’impose également comme l’une des plus pertinentes réflexions menées sur la pensée et l’œuvre de Deleuze et comme un puissant manifeste des travaux même de Laurent de Sutter. Diacritik ne pouvait manquer d’aller à la rencontre du pop’philosophe pour évoquer avec lui les grandes questions qui traversent son essai.