« Trois mois plus tard, lorsque deux pays des Balkans avaient coup sur coup demandé à consulter l’accident du kilomètre 17, le préposé aux archives n’avait pu dissimuler sa surprise. Depuis quand les pays de la turbulente péninsule, après avoir perpétré tous les coups pendables possibles : meurtres, bombardements, mises à sac et nettoyages ethniques, maintenant, une fois retombée la folie générale, au lieu de s’atteler aux réparations nécessaires, songeaient soudain à s’occuper de faits divers aussi sophistiqués que les accidents « rares » de la route ?

Les faits : le 21 août 1933, une fille de 17 ans empoisonne ses parents, son père en meurt. Entre haine et célébration, ce parricide passe rapidement de la rubrique des faits divers aux pages littéraires : Violette Nozière est « mythologique jusqu’au bout des ongles », écrit André Breton, « tu ne ressembles plus à personne de vivant, ni de mort ». Au tour de Raphaëlle Riol de faire de la jeune femme le point de contact entre histoire vraie et fiction, faits et hypothèses : « fiction librement inspirée de faits réels » énonce un avertissement liminaire qui est aussi un art poétique. La parricide est une femme qui en évoque d’autres, dès le titre du roman, qui fait signe vers le pop art, Isabelle Collin Dufresne, dite Ultra Violet, égérie de Warhol, muse de Dali, « née surréaliste », héritière de Violette Nozière peut-être.

Dans En France (2014), Florence Aubenas rappelait cette question constamment posée aux journalistes par leurs lecteurs : « pourquoi cette histoire et pas une autre ? » Chaque fois, répond-elle, « un événement », « incendie ou élection, meurtre ou mariage, peu importe, quelque chose ». Et le reportage surgit « dans cette zone d’opacité-là, entre des questions et des réponses qui ne coïncident pas ». Ainsi est né L’inconnu de la poste, enquête de six ans sur un fait divers saturé de questions sans réponses.

Le 14 septembre 1967, Gabrielle Nogues, née Russier, 30 ans et tout juste agrégée de Lettres, fait sa rentrée au lycée Nord de Marseille. Elle aime la littérature, elle veut la faire aimer à ses élèves. Elle leur lit L’Écume des jours de Vian, crée une bibliothèque au lycée, s’implique, se passionne, trop peut-être. Elle aime par dessus tout Antigone — « Il y a l’amour. Et puis il y a la vie, son ennemie ».

Fondée en 1953 aux USA, sous le nom des Ailes de la délivrance, devenue en 1955, sous l’égide du gourou Jim Jones, la secte du Temple du peuple des disciples du Christ, The People’s Temple of the Disciples of Christ, a fait la une de la presse mondiale pour le suicide collectif de ses adeptes le 18 novembre 1978 à Jonestown, en Guyana (Amérique centrale) : elle est le sujet du septième épisode de la série Faits divers à la une diffusée sur Arte.

Samedi 9 septembre s’ouvre, sur Arte, la diffusion de Faits divers, l’Histoire à la une, une série documentaire d’Emmanuel Blanchard et Dominique Kalifa, en dix épisodes de 26 mn, autour de faits divers sont des marqueurs à la fois historiques, médiatiques et sociologiques, voire littéraires ou cinématographiques. Ils se sont produits en France, aux USA, au Japon, en Allemagne ou ailleurs mais leur onde de choc est planétaire, ils sont parfois l’épisode initial d’une saga criminelle, selon la loi sérielle du genre, d’autres sont des hapax, tous sont contextualisés et analysés à travers des images d’archives d’une grande richesse, des commentaires de spécialistes (historiens, sociologues, anthropologues).
La série documentaire débute samedi prochain avec ses deux premiers épisodes, L’invention des soucoupes volantes (Roswell) et La presse contre la couronne (Lady Di).

Parmi mes propositions de jeunesse, Roberto Bolaño relève la restauration de l’Inquisition, les châtiments corporels publics, la guerre permanente soit contre les Chiliens soit contre les Paraguayens ou les Boliviens comme une forme de gymnastique nationale, la guerre permanente contre les écrivains castristes et les écrivains sandinistes comme une gymnastique intellectuelle, la polyandrie,

 

Le second épisode de la série Faits divers à la une (Arte), diffusé juste après Roswell, se déroule cinquante ans plus tard, sous un pont parisien. C’est ce moment que Robert McLiam Wilson, dans une tribune récente publiée dans Libération, a qualifié de « triomphe du rien », expression qui dit bien le paradoxe oxymorique d’un fait en apparence sans importance pourtant susceptible d’un emballement infini, en ce sens passionnant parce qu’il révèle nos imaginaires, nos constructions fictionnelles comme un moment de l’histoire sociale.

Peu avant Noël, au Sud de Londres, est retrouvé le cadavre d’une jeune femme, Zalie Dyer. L’enquête commence et un suspect est très vite désigné : M. Wolphman, ancien prof du lycée de la ville, désormais en retraite, qui clame évidemment son innocence. Jusqu’ici la trame du dernier roman de Patrick McGuinness, Jetez-moi aux chiens, pourrait sembler on ne peut plus classique, c’est pourtant une expérience sidérante qui attend le lecteur, une plongée dans les dessous de nos présents, au cœur des rumeurs et réseaux qui le tissent et amplifient toute info. Si Jetez-moi aux chiens est un roman policier, c’est à la manière d’un Envers de l’histoire contemporaine, devenu recto de nos écrans.

Evelyn McHale, ce nom ne vous dit certainement rien pourtant il suffit de naviguer sur Internet pour qu’il s’affiche rapidement et pour que vous puissiez la voir, elle, allongée sur le toit défoncé de la limousine d’un diplomate des Nations-Unies garée au pied de l’Empire State Building.

Le troisième épisode de la série documentaire d’Emmanuel Blanchard et Dominique Kalifa, diffusé samedi sur Arte, est centré sur la fameuse Violette Nozière, « le monstre en jupon », un fait divers qui met en perspective un acte au sommet de la hiérarchie criminelle, le parricide. Tuer le père, pilier de la société, c’est renverser l’ordre social. Mais derrière l’acte, ce sont toutes les contradictions et tensions des années 30 qui sont déployées et interrogées dans cet épisode passionnant.

Paris, janvier 1907 : c’est dans le contexte d’un débat national sur l’abolition de la peine de mort qu’intervient un crime odieux, l’affaire Soleilland, le meurtre d’une petite fille de onze ans. Exploité par la presse, le fait divers aura pour conséquence une parenthèse de plus de 70 ans avant le vote, en France, de l’abolition de la peine capitale, illustrant le lien quasi consubstantiel entre le meurtre d’enfant et ce type de peine. Quatrième volet de la série « Fait divers, l’Histoire à la une », ce documentaire exceptionnel met en perspective deux contextes historiques, via deux affaires centrées sur le meurtre d’un enfant et deux débats aux conséquences diamétralement opposées, l’affaire Soleilland et l’affaire Patrick Henry.