Yippee! I’m a poet, and I know it
Hope I don’t blow it.
«
I Shall Be Free No. 10 » (1964)

Come writers and critics
Who prophesize with your pen

« The Times They Are a Changin’ » (1964)

Bob Dylan

Un véritable Hurricane a secoué le Nobel… le prestigieux prix en Littérature ayant été remis le 13 octobre 2016 à Bob Dylan (de son vrai nom Robert Allen Zimmerman), l’unicité de cette récompense et conjointe reconnaissance a priori « hors con-texte » du moins décontextualisée et atypique – pourtant murmurée voire pressentie et avancée à tâtons déjà depuis des années – ne manquent pas de surprendre. Pour la première fois depuis sa création en 1901, le Nobel s’est vu décerner à un chanteur et musicien « pour avoir créé de nouvelles formes d’expression poétique au sein de la grande tradition de la chanson américaine » et pour écrire « une poésie pour l’oreille », ce qui a provoqué de vives réactions, tant favorables et enthousiastes qu’adverses et acerbes.

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Depuis quelques jours, les critiques pleuvent sur l’attribution du Nobel de littérature à Bob Dylan : on exige que celui-ci regagne le périmètre clos qu’il n’aurait jamais dû quitter – celui de la chanson – pour que continue à exister inaltéré, pur, cet autre périmètre tout aussi clos que serait la littérature. Pour que la littérature existe, il faut que ce que fait Dylan ne soit pas de la littérature. La logique est celle, simpliste, de l’identité : si a est aussi b, alors il n’est plus lui-même, ne peut plus exister en tant que a. Les « pro » et les « anti » s’affrontent pour déterminer si Dylan est de la littérature ou si les deux sont contradictoires. La question telle qu’elle est posée ne me paraît pas très intéressante – et, étant donné son silence depuis que le prix Nobel lui a été attribué, sans doute n’intéresse-t-elle pas non plus Bob Dylan.

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Chaque année, au début du mois d’octobre, la chose est entendue : le Nobel de littérature ne reviendra pas à Philip Roth. Don DeLillo le manquera encore. Le Clézio espèrera l’avoir de nouveau en vain. Mais chaque année la révélation du prix répond d’une identique et indépassable dramaturgie de la surprise par laquelle un écrivain surgit qui, depuis la puissance flamboyante de son œuvre, vient rafler, à son souvent corps défendant, les honneurs de l’Académie suédoise et se voit ceint, entre stupeur, gêne et ravissement, des nobles lauriers de la suprême distinction. Pourtant, cette année, le jury du Nobel a décidé de dédoubler sa constante dramaturgie de la surprise en élevant la surprise au carré, en ajoutant à l’inattendu la puissance du supposé décentrement : Bob Dylan, brillant chanteur de son état, prix Nobel de littérature.

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Bob Dylan vient de recevoir le prix Nobel de littérature 2016. Au-delà de la surprise sur le moment (même si son nom revenait depuis des années parmi les favoris), du ballon de baudruche de la soi disant modernité qu’il y aurait à couronner la chanson (dont les liens avec la littérature remontent à la nuit des temps…), Bob Dylan, donc, ou comme l’écrivait François Bon qui donne peut-être là les clés de ce choix : « Dylan comme masque obscur de nous-mêmes.
Des vies comme celles de Bob Dylan sont des dépôts où condense toute une époque, un miroir des questions que se pose une société sur elle-même, mais qui ne se révèle que rétrospectivement ».

En 2018, presque cinquante et trente ans respectifs après les événements abordés, le hasard de l’édition nous fournit un regard croisé ouest-est allemand sur l’histoire récente de l’Allemagne en plongeant successivement dans la période post-soixante-huitarde vécue depuis la province rhénane et dans l’avant et l’après-réunification à travers les tribulations d’un jeune Allemand de l’Est, qui démarrent également dans la profondeur du pays, mais en ex-RDA cette fois-ci.

À l’occasion des cinquante ans de « Mai 68 », il est possible de le repenser à la lumière d’événements plus larges et de le replacer dans un contexte plus vaste où s’entrecroisent la culture et le politique (à différencier de la politique) sur un plan international, autrement dit d’insister sur la possibilité – voire la nécessité – d’un décloisonnement.