Largo Winch (Les voiles écarlates) : l’aloi du marché

Résumé de l’épisode précédent : le suspense est à son comble et à la mesure du héros, tandis que Largo Winch, coincé dans le cœur du Chicago Board of Trade (la bourse du commerce pour les non-initiés) appelle à l’aide, au bord de l’asphyxie… Suite et fin du premier épisode post-Van Hamme, Les voiles écarlates paraît ce 15 novembre et vient clore une aventure commencée avec L’étoile du matin avec toujours Philippe Francq au dessin et Eric Giacometti au scénario.

Cela fait bien longtemps que Largo Winch a quitté la collection « Repérages » de Dupuis et assis sa notoriété via une série d’albums tous aussi réussis les uns que les autres, deux longs métrages qui se laissent regarder et une série relativement oubliable. Pour autant, Largo est de ces héros à l’aura indiscutable et qui possèdent une vie propre, à l’instar de James Bond ou Indiana Jones au cinéma, Thorgal, XIII ou Alix en bande dessinée. Chaque nouvelle aventure est attendue fébrilement, en se demandant à chaque fois de quel guêpier le milliardaire en jeans va devoir se sortir et quels nouveaux pièges lui seront tendus par des ennemis aussi nombreux que retors (et par la grâce d’un scénario toujours millimétré).

 Les voiles écarlates ne font pas exception à toutes ces règles, tous les ingrédients du cocktail Winch sont réunis : pris au piège dans la salle des serveurs, Largo et Mary ne devront leur survie qu’à un ultime réflexe du CEO, leur permettant ainsi de s’extirper du ventre de Jonas (le nom du super-ordinateur qui a causé un krach éclair dans l’épisode précédent). Libéré – mais pas sauvé pour autant -, Largo va donc pouvoir partir à la poursuite de celui qui ne lui veut pas que du bien. En l’occurence et sans un oligarque russe qui a orchestré un complot impliquant un lanceur d’alerte, les Anonymous, une tueuse professionnelle et une agente du FSB, visant à s’emparer des titres (voir tome 1) de l’héritier.

Mais Largo Winch, c’est surtout une identité graphique inchangée depuis sa création, avec un Philippe Francq toujours aussi parfait de précision et de sensualité des traits et des couleurs. Éclairages, mise en scène, mouvements, décors… chaque case est la marque d’une maîtrise extrême. Alors que le dessinateur nous transporte de Chicago à Saint-Petersbourg et la mer des Caraïbes, les cadrages serrés ou les plans larges renvoient le lecteur à ses souvenirs du meilleur de Guy Hamilton, Sam Mende ou Martin Campbell.

Dite ainsi, la recette d’un Largo Winch semble simple, voire simpliste ; mais le talent d’écriture d’Eric Giacometti fait que l’action ne prend jamais le pas sur l’intrigue très documentée et tient en haleine malgré tous les présupposés. Assumant parfaitement son statut de thriller économique, Les voiles écarlates se lit comme on visionne un bon Bond : de sa séquence pré-générique (un huis-clos avec le méchant de service à contrejour ou une vidéo mettant en scène le pauvre Largo pris dans un bad buzz), à sa conclusion (un moment glamour sur une mer azur ou une ébauche en mode teaser de ce qui attend le patron du groupe W) en passant par des courses poursuites sur terre, mer ou dans les airs ; le dénouement est à la hauteur de l’attente née dans les volets précédents. Au point que l’on se surprenne à guetter l’apparition d’un cartouche annonçant « Largo will return« …

Philippe Francq et Eric Giacometti, Largo Winch 22 : Les Voiles écarlates, Dupuis. 48 p. 15,95 euros. Sortie le 6 octobre