Friends from College : c’est entre jeunes adultes qu’on s’entend

Croisement relativement prévisible entre l’aseptisée Friends et l’alcoolisée How I Met Your Mother, Friends From College se révèle une agréable surprise au pays des sitcoms de « BFF » (meilleurs amis pour la vie en VF et en superlatif dans le texte). Ou comment Netflix réinvente la série de potes (sous Viagra et en phase avec l’époque).

Malgré un pitch plutôt classique (une bande de potes renoue des liens et avec ses souvenirs à l’occasion de l’emménagement de deux d’entre eux à New York), la première saison de Friends From College tient à la fois de la comédie romantique made in Brooklyn et de la pochade estudiantine au comique de situation foutraque jusqu’au burlesque.

Quand Ethan et Lisa débarquent à New York, ils emménagent chez leur amie Marianne (actrice underground mystique à l’affiche de pièces d’avant-garde transgenres) et retrouvent Sam, Max et Nick. La bande qu’ils formaient à Harvard est de nouveau au complet, pour leur plus grand bonheur (du moins en apparence) et assurément au grand dam de Félix, compagnon psycho-rigide de Max et obstétricien sans humour. Sur fond de bonnes punchlines (sans les rires enregistrés) et de dialogues percutants interprétés avec une belle énergie, FFC use sans trop abuser des clichés du genre et fait défiler les saynètes hilarantes en alternance avec des moments plus graves pour explorer la crise de la quarantaine au sein de l’upper-class qui a fait des études supérieures. Tous sont devenus éditeur, avocate, businessman, écrivain, personnal shopper…

Le casting est homogène et à l’abattage incroyable (parfois à la limite du supportable), sans star qui viendrait pirater l’attention — hors Cobie Smulders, qui jouait Robin dans How I Met Your Mother ou Annie Parrisse de The First et The Looming Towers. La bande de FFC va découvrir que les années College sont bien loin et qu’immaturité ne rime pas forcément avec tranquillité. Rattrapés par leurs errements (marié avec Lisa, Ethan a une liaison avec Sam depuis plus de vingt ans), leurs doutes et leurs failles (ne pas avoir d’enfant à 40 ans, se retrouver à écrire de la littérature Young Adult quand on rêve de décrocher leNobel de littérature), les amis vont expérimenter les premiers accrocs à leur indéfectible amitié.

D’engueulades en confessions sur oreillers, de surprises en déconvenues, les couples vont se défaire, se créer, se reformer, sur un rythme effréné et malgré leur envie commune de ne rien changer à un (dés)ordre établi de longue date. Las, la nostalgie s’invitant plus souvent que de raison, les non-dits et les secrets minent l’équilibre du groupe. Parce qu’ils vieillissent tout en refusant de grandir, Ethan, Max, Nick, Lisa, Sam et Marianne se voient emportés dans le tourbillon leurs contradictions.

Avec ses scènes d’anthologie (la virée dans les vignobles de Long Island, la séance de creative writing sous cocaïne…) Friends From College frôle souvent la sortie de route avec un humour  incorrect réjouissant, n’oubliant pas au passage de se moquer d’elle-même voire de dégoupiller les vannes qui tutoient la limite.

Mais… parce qu’il y a un mais, la fadeur de la seconde saison vient largement doucher l’enthousiasme initial, avec une écriture lâche et des langueurs coupables : le comique tourne à vide et disparaît au profit d’une mièvrerie bon teint et l’on se surprend à vouloir en finir au plus vite (ou revoir pour la 11ème fois l’intégralité des Friends historiques).

Friends From College, créé par Francesca Delbanco, Nicholas Stoller. Avec Annie Parisse, Keegan-Michael Key, Cobie Smulders, Greg Germann, Fred Savage, Nat Faxon, Jae Suh Park, Billy Eichner… Deux saisons disponibles sur Netflix.