C’est en avisant le calendrier des grèves SNCF qui trône fièrement depuis un mois sur mon bureau que je me suis rendu compte qu’avril arrivait à son terme sans crier gare. Mois versatile, tant il souffle le chaud et le froid, remisant l’hiver durant une semaine au moins, avril fait rapidement oublier le manteau blanc de février et les frimas de mars au profit d’un printemps voire d’un été précoce, voyant arriver les premières sur-vestes demi-saison, le retour des chemisettes à carreaux Vichy et les rhumes allergiques dont les médias font annuellement tout un foin.

« L’écrivain est pénétré de cette vérité que les vrais drames de l’existence qui nous sont destinés, nous n’avons pas le temps de les vivre. C’est cela qui nous fait vieillir » : tels sont les quelques mots aussi vifs que remarquables de Walter Benjamin qui, dans sa puissante lecture de Marcel Proust, installe le romancier d’À la recherche du Temps perdu comme l’homme qui n’est pas encore connu de ses lecteurs, comme l’homme obscur qui se dérobe à la saisie unanime du monde – qui demeure le trou d’œuvre de son œuvre même. Nul doute qu’une telle lecture qui fait de Proust la trouée sensible de la lecture et par laquelle se dit combien Proust n’a pas encore été vécu, laissant ainsi ses lecteurs démesurément vieillis, a su résonner en Nathalie Quintane qui, repartant notamment à son tour de Benjamin, reprend Proust dans son tranchant et puissant Ultra-Proust de Nathalie Quintane qui vient de paraître à La Fabrique.