New Musical Express, la retraite à 66 ans…

Cest presque une institution qui va cesser de paraître le 30 avril prochain, New Musical Express, abrégé depuis belle lurette en NME, magazine musical grand-breton dont l’aura est internationale. Créé en 1952 NME, dont le siège a toujours été à Southwark, au sud de London Bridge, est devenu hebdomadaire en connaissant une expansion phénoménale et en profitant du boom musical des années 1960.

Le tirage record date d’ailleurs de 1964, période de montée de la gloire des Beatles, puis de l’avènement des Rolling Stones et de bon nombre d’autres groupes (les uns durables, les autres météoritiques), avec 306 881 exemplaires vendus en une seule semaine. Pendant les années 1970, NME était furieusement tendance sous la houlette de signatures passées à la postérité, Julie Burchill, Paul Morley et Tony Parsons, et était associé au gonzo journalism, qui se caractérisait par des articles à la première personne du singulier, fondés sur des émotions plus que sur l’objectivité, et sur le sarcasme, l’humour et l’exagération délibérée.

C’est le journaliste américain Hunter Thompson (1937-2005) qui est à l’origine de cette tendance, qu’il justifiait ainsi à l’occasion d’un entretien avec le magazine Rolling Stone, le 15 février 1973, If I’d written the truth I knew for the past ten years, about 600 people — including me — would be rotting in prison cells from Rio to Seattle today, « Si j’avais écrit la vérité que je connaissais ces dix dernières années, il y a environ 600 personnes, moi y compris, qui croupiraient dans des prisons de Rio à Seattle aujourd’hui. » Pendant cette période extrêmement faste, les Stones et les Beatles faisaient fréquemment la « une » de l’hebdomadaire qui était véritablement incontournable pour quiconque voulait être in ou faire mine de tout savoir sur la pop music et le rock. Mais un premier avertissement sérieux survint à l’aube des années 1970.

Un concurrent, Melody Maker, était venu éroder la toute puissance de NME et le nouveau propriétaire, IPC, International Publishing Corporation, qui avait racheté le magazine à son fondateur, Theodore Ingham, en 1963, finit par ne pas trouver du tout amusant de voir le tirage chuter à 66 000 exemplaires par semaine et menaça purement et simplement de fermer boutique. Mais la rédaction de l’époque ré-orienta le ton éditorial vers des positions politiques anti-National Front et surtout anti-Thatcher, tout en gardant le cap musical, option qui draina une grande partie de la jeunesse du royaume. Les ventes remontèrent donc la pente, d’autant que de nouvelles formes de musique — notamment le mouvement punk —, de nouveaux groupes et de nouveaux talents, tels que Led Zeppelin, émergeaient. Mais à la fin des années 1980, les ventes de NME commencèrent de nouveau à décliner.

Au milieu des années 1990 la rédaction lança le site NME.com, ce qui eut pour bref effet de galvaniser le titre et d’enrayer momentanément la dégringolade. Mais en 2014 le tirage de la version papier hebdomadaire n’était plus que de 15 000 exemplaires. Deux ans plus tard, en février 2016, le propriétaire opta pour la gratuité du NME imprimé, l’effet fut colossal et immédiat puisque le tirage monta à 307 217 et enterra le glorieux record de la période Beatles. Mais le succès fut éphémère et le lectorat, séduit un temps par la gratuité, se détourna de la version papier pour se rendre, phénomène logique dans l’air du temps, vers le site qui revendique 13 millions de visiteurs par mois. Comme les banquiers et les comptables ont rarement des points communs avec les saltimbanques et les poètes, cette fois c’en est bien fini de la version papier New Musical Express, qui continuera sur la toile