The Thames Barrier : un barrage contre la Tamise

The Thames Barrier

Les tristement célèbres inondations de 1953, consécutives à un énorme orage en Mer du Nord dans la nuit du 31 janvier au 1er février, ont laissé des traces indélébiles en Belgique, aux Pays-Bas, en Écosse et en Angleterre (où il y eut 307 victimes), particulièrement à Londres, puisque le lit de la Tamise ne put contenir cette marée inhabituelle. De fait les gouvernements successifs de sa déjà et toujours gracieuse majesté ont réfléchi, pendant de nombreuses années, à une solution qui permettrait d’endiguer une montée exceptionnelle des eaux du fleuve. Ces réflexions prirent pour base le rapport d’un mathématicien britannique d’origine autrichienne, Sir Hermann Bondi, qui, dès 1953, préconisa la construction d’une sorte de barrage flexible.

Banlieue de Londres, 1953

De fait, en 1969, un architecte londonien au patronyme digne d’un personnage de Dickens, Reginald Charles Draper, commença la maquette d’une barrière amovible, laquelle fit l’objet d’un test en miniature à la station hydraulique de Wallingford par les ingénieurs du Greater London Council. Puis fut choisi le site définitif à dix kilomètres de Westminster, c’est-à-dire Charlton, plus précisément Silvertown en face de l’île aux chiens, The Isle of Dogs, (où, contrairement à ce que l’on pourrait croire, Boris Johnson ne possède aucune résidence…) à la limite des districts de Newham et Greenwich, déjà mondialement connu pour son observatoire et son méridien, notre méridien, GMT (Greenwich Mean Time). Le projet fut articulé autour d’un barrage fait de lourds panneaux de métal reposant au fond du lit de la Tamise et qui pourrait être dressé verticalement en moins de quinze minutes, en cas d’urgence ou de nécessité. Les travaux commencèrent en 1974 et furent confiés à un consortium hollandais et les constructions métalliques, notamment les différentes « dents » entre lesquelles devaient se placer les panneaux amovibles, furent attribuées à une entreprise britannique, Cleveland Bridge UK Ltd, spécialiste de ponts et d’ouvrages d’art.

La Thames Barrier s’étend sur 520 mètres à travers le fleuve, sa profondeur est de 61 mètres, 30 mètres en position basse pour permettre le passage des navires. Le chantier, inauguré par la reine Elizabeth II, le 8 mai 1984, a coûté environ un milliard six cents millions de livres sterling, auxquels il convient d’ajouter cent millions de livres sterling de travaux de protection des rives en aval du barrage. Les panneaux constitutifs de la Barrier pèse chacun 3.700 tonnes et, une fois érigés, mesurent 21 m de haut. Leur rotation à 180° s’effectue, comme prévu dans le cahier des charges en quinze minutes, pour la plus grande joie des nombreux touristes qui visitent régulièrement le site. Une sonde placée en aval à Teddington enclenche automatiquement la fermeture dès que le niveau de la Tamise dépasse 4,87 m, qu’il s’agisse de fortes marées ou de phénomènes météorologiques particuliers.

Ce qui était prévu depuis 1969 était une protection totale du centre de Londres et c’est fait, ce qui l’était beaucoup moins c’est l’impact touristique de cette prouesse technologique qui attire des milliers de visiteurs. Pour 6 livres sterling il est possible de visiter les « entrailles » du barrage et d’assister à certaines heures à l’érection des panneaux. Peu d’ouvrages ont été consacrés à la Thames Barrier jusqu’à présent, le plus connu et le plus vendu demeure The Thames Barrier aux éditions Telford par Stuart Gilbert et Ray Horner.