Selon les acceptions argotiques, un Donald ça trump énormément

Gary Younge, rédacteur-en-chef du service international du Guardian, a écrit cette phrase mémorable le 15 décembre à propos de l’année qui se termine, A year that starts with the election of Donald Trump and ends with the far-right heading into the Bundestag needs journalism with courage, insight and a sense of humour, « Une année qui commence avec l’élection {en fait l’intronisation} de Donald Trump et se termine avec l’entrée de l’extrême droite au Bundestag nécessite une pratique courageuse et perspicace du journalisme et le sens de l’humour ». Il est certain que, dans l’immédiat, il vaut mieux en rire puisqu’il n’y a pas d’autre solution, vu d’ici. A ce propos se pencher sur la polysémie du vocable trump semble à la fois divertissant et instructif.

Jusqu’au 8 novembre 2016 fatidique, trump n’était qu’un nom commun dans la langue anglaise. Depuis il est devenu un nom propre tout en étant, paradoxalement, de plus en plus commun, la polysémie de trump mérite d’être réactivée. Pour ce qui concerne l’étymologie, les dictionnaires sérieux, celui de Thomas F. Hoad et celui de Walter W. Skeat, tous deux aux éditions Oxford University Press, font remonter le nom commun trump au 12ème siècle, où l’ancien scandinave faisait de trumpa le bruit (déjà !) que produisait une trompe ou une trompette. L’origine est clairement onomatopéique.

Jusqu’au seizième siècle, trump était limité à un usage poétique (qui l’eût cru ?) et essentiellement synonyme de trumpet. Puis en ce même siècle, apparut une autre acception, parallèle au développement des jeux de cartes, que donnent tous les dictionnaires de la langue, Oxford, Cambridge, Longman, Macmillan, BBC et Webster, a card of a suit that will win over a card that is not of this suit, en d’autres termes et en bon français « un atout » — dire que le sinistre clown qui occupe la Maison Blanche actuellement est un atout relèverait soit de l’aveugle bienveillance soit de la plus profonde sottise. Avec cette acception nouvelle est venue tout naturellement le sens métonymique du mot « atout », a decisive overriding factor, un facteur décisif qui l’emporte sur le reste (1529), puis en 1586 le verbe qui correspond, to trump, to get the better over, donc « l’emporter sur », lié au sens littéral, to play a trump on a card, « l’emporter en jouant un atout ». Voilà qui est diablement laudatif, mais l’usage d’un mot nouveau a toujours ses propres dérives liées à la réalité, dérives hautement rassurantes en l’occurrence.

Ainsi, à partir de 1728 apparaît ce que l’on nomme en langage contemporain a phrasal verb, un verbe à post-position, to trump up, to concoct with intent to deceive, to make up a false story about somebody or something, especially accusing them of doing something wrong, « inventer avec l’intention de tromper, bâtir une histoire fausse sur quelqu’un ou quelque chose, particulièrement en accusant les autres d’avoir fait quelque chose de mal » (on jurerait un compte-rendu de la campagne électorale de Trump !), littéralement donc « falsifier ». Nous y sommes ! La réalité sémantique dépasse la fiction politique. Bien sûr, il convient de rester objectif puisque, par extension, a trump est a dependable person, « une personne de confiance », mais cette acception est tombée en désuétude à partir de la seconde moitié du vingtième siècle, selon le Collins English Dictionary, qui note, en plus, un glissement sémantique vers une connotation péjorative. En somme du brave type de confiance on serait progressivement passé à une sorte de lou ravi, l’évolution d’une langue vivante offre des bonheurs rares, il faut bien l’avouer. Mais l’apothéose vient des acceptions argotiques contemporaines, puisqu’en langage très familier au Royaume-Uni et aux États-Unis, (je n’ose le dire tellement c’est bas, comme le chantait le « maître » Georges Brassens) a trump est « un pet » et to trump « péter ». La boucle est bouclée serait-on tenté de dire, puisque, depuis le 8 novembre 2016, les tweets et les déclarations de l’idiot du village global sont autant de flatulences extrêmement nauséabondes qui incommodent non seulement les États-Unis mais aussi le monde entier.

Un ouvrage parodique sorti aux États-Unis et au Royaume-Uni, The Beautiful Poetry of Donald Trump, fera l’objet, ultérieurement, de la recension qu’il mérite.

The Beautiful Poetry of Donald Trump