Parmi d’autres, trois livres récemment publiés — Heather, par-dessus tout de Matthew Weiner, Requiem pour le rêve américain de Noam Chomsky et Le procès de l’Amérique de Ta-Nehisi Coates — sont trois manières (fictionnelle pour Weiner, plus théorique pour Chomsky et Coates) de porter un même constat : l’Amérique (ou les états désunis) est un territoire éclaté, profondément divisé par de multiples partages liés à la couleur de peau, à la classe sociale, à l’argent.
Ces livres sont donc trois « réquisitoires implacables », pour reprendre les mots de Christiane Taubira en préface à la nouvelle Colère noire de Ta-Nehisi Coates, face à un « système pluriséculaire d’oppression ». Ce sont trois « Plaidoyers pour une réparation » enfin, sous-titre du Procès de l’Amérique, puisque déconstruire cette oppression, exposer les « dix principes de concentration de la richesse et du pouvoir » (Chomsky) ou incarner la scise à travers les personnages romanesques de Weiner, c’est offrir un recul.

Un Paese di Calabria

La mer – Ionienne – à perte d’horizon et une liste de prénoms dont une voix-off égrène les sonorités italiennes s’envolant dans l’infini du souffle bleu. Le ton du documentaire est donné dès la première scène, dès les toutes premières minutes qui ouvrent le regard et le cœur : Un Paese di Calabria de Shu Aiello et de Catherine Catella est à voir pour lui-même et son esthétique, pour son sujet atypique et pour tous les aspect sociopolitiques qu’il évoque et qu’il soulève.