NonSense Poems

Edward Lear fut longtemps connu comme illustrateur talentueux puis ornithologue, et devint, un peu par hasard, écrivain et poète. Il pourrait figurer dans le Guinness Book of Records avec sa seule vie. En effet Lear naquit le 12 mai 1812, à Holloway, au nord de ce qui est désormais le grand Londres, 20ème enfant d’une fratrie de 21, il fut en vérité élevé par une de ses sœurs aînées. Jeremiah, le père, agent de change de son état pour l’entreprise familiale de raffinerie de sucre, ne laissa guère le temps à Anne, son épouse, de reprendre son souffle, puisque les 21 enfants furent conçus en 24 ans, presque du Dickens.

Les livres de Cécile Mainardi sont faits de la rencontre des mots et des choses, chaque livre est le lieu de cette rencontre qui est leur objet même, leur matière. Cette rencontre est plus compliquée que cela puisque les choses sont aussi emplies de mots et que la langue est également habitée par les choses auxquelles elle se réfère. Dans les livres de Cécile Mainardi, la rencontre n’est pas un accord mais serait comparable à des superpositions, des glissements des uns dans les autres, à une différenciation là où nous percevions une homogénéité, des ensembles cohérents et évidents.

Claude Simon (1913-2005), victime malgré lui d’un canular réactionnaire

Claude Simon, ce serait, décidément, mort ou vivant, l’éternelle bataille de la phrase. Telle serait la conclusion hautement morale et finement désabusée qui viendrait conclure le canular dont chacun depuis lundi s’émeut : deux amis, Serge Volle, écrivain et peintre de 70 ans et un « ami écrivain très connu dont Volle ne veut pas dire le nom » affirment qu’aucun éditeur aujourd’hui « n’accepterait de publier Claude Simon ». Décision est alors prise d’envoyer 50 pages du Palace, roman de Claude Simon, à « dix-neuf éditeurs, petits et grands ». Le constat est sans appel : sur les 19 éditeurs dont le nom demeure un mystère dans l’histoire de l’humanité, 7 ne prennent pas la peine de répondre quand 12 le refusent au prétexte notamment de « phrases sans fin… qui font perdre le fil au lecteur ». La démonstration serait donc faite, et elle prendrait les allures d’un crime de lèse-majesté de la Littérature même : le Prix Nobel de 1985 ne pourrait plus être publié en 2017.

The Parisianer 2050

Ne cherchez pas The Parisianer dans un kiosque : le projet graphique collectif prend la forme d’un journal fictionnel, aux unes en hommage au grand aîné bien réel américain, The New Yorker.
Un livre, aux éditions 10/18, rassemble 53 couvertures imaginant notre monde en 2050 en un panorama qui obéit à la double perspective de toute uchronie, fictive et critique.

Avec Logique de la science-fiction, Jean-Clet Martin poursuit son œuvre singulière, multiple, inventant à chaque fois des agencements avec d’autres créateurs qui sont autant de mondes étranges qui forcent à penser. Traçant cette fois une ligne entre Hegel et la science-fiction, Jean-Clet Martin attire le philosophe allemand dans des zones où celui-ci s’aventure à travers des mondes pluriels, acosmiques, alternatifs qui altèrent les contours de sa philosophie, en redessinent les frontières, en redéfinissent les implications. Parallèlement, lue à travers les yeux d’un Hegel explorateur de nouveaux espaces anormaux, la science-fiction s’affronte à une tension qui la transforme en un point de vue sur le monde par lequel le monde devient autre. Avec ce livre, Jean-Clet Martin trace les directions d’une philosophie spéculative/spéculaire qui, contemplant son visage dans le miroir de la SF, ne s’aperçoit plus que sous les traits d’une chose nouvelle, étrange, déformée, contrainte à penser un monde multiple d’accidents, contingent, un monde de différences où les possibles existent en même temps, habité d’un devenir à l’échelle de l’univers entier. Entretien avec Jean-Clet Martin.

La première couverture aux éditions Viking, 1939

Parmi les phrases que l’on attribue à Winston Churchill, il en est une que l’Amérique profonde qui a élu le sinistre clown nommé Donald Trump ferait bien de méditer : « A nation that forgets its past has no future », qui a été transposée en « Un peuple qui oublie son passé est appelé à le revivre ». En effet le message poignant, clair et fort que John Steinbeck, prix Nobel de littérature en 1962, a délivré à travers son célèbre roman, publié en 1939, The Grapes of Wrath (Les raisins de la colère) qui lui valut le prix Pulitzer, est celui de l’analyse froide sans concession de ce qui s’était passé dix ans plus tôt, la crise de 1929, également appelée The Great Depression.

Sylvie Blocher (photographie Antoine Idier)

                                                                                                                                                                                          

À l’invitation de la Triennale d’art contemporain SUD2017, une œuvre éphémère de Sylvie Blocher a été posée mercredi 6 décembre sur un carrefour de Douala au Cameroun. Sylvie Blocher y présentait ses excuses pour les exactions commises par la France pendant la période coloniale. L’œuvre devait rester quelques jours en place mais a été détruite jeudi 7 décembre par un activiste, Blaise Essama, à la suite d’une campagne instrumentalisée par la radio-télévision Équinoxe et qui a passé sous silence le projet de l’auteur, au profit d’enjeux politiques locaux. Des discussions publiques passionnées ont débuté, certains soutenant, d’autres contestant les intentions de Sylvie Blocher, mais ouvrant en tous les cas un espace de réflexion sur l’histoire coloniale, l’occultation des questions mémorielles dans la société et l’espace public camerounais, et la reconnaissance par la France de ses crimes.
Le texte « L’art du coup d’État » a été écrit avant ces événements.

Loin de moi l’idée, et encore moins l’envie, de passer pour un néo-réac aigri et blasé, un bobo qui s’lamente en gauchiste ou pour un représentant d’une pseudo-élite qui se pâme dès les premières mesures du Requiem de Gabriel Fauré en déplorant que la version de 1963 chez EMI ne soit pas disponible sur Deezer. Il ne s’agit nullement de moquer les chanteurs populaires au nom d’un mépris de classe qui fait préférer les artistes pointus aux interprètes de variétés qui traversent les âges et s’imposent à tous, toutes générations confondues. Le propos n’est pas de jouer le rabat-joie dans ces moments d’intense tristesse pour les fans de Johnny Hallyday (et accessoirement ceux, moins nombreux, de Jean d’Ormesson).
Mais que dire du traitement médiatique des deux événements ? Et que dire, par ailleurs, du traitement réservé aux médias par ceux qui demandent la mise en place d’un recours contre l’abus de pouvoir médiatique ?