Les mégapoles dévorent le monde : Global Cities. A Short History

Les villes et les mégapoles, pour reprendre une terminologie récente, dévorent progressivement le monde, mais le phénomène ne serait pas nouveau. Il aurait même quatre mille ans, selon le Brookings Institution, organisation américaine d’étude et de prospective en économie urbaine, et un de ses chercheurs éminents, Greg Clark.

A ce stade il convient d’être prudent car des Greg Clark au Royaume-Uni il y en a presque autant que les châtaignes en Ardèche à l’automne, donc il faut faire attention de ne pas marcher dessus. Le premier Greg Clark connu est député conservateur de la circonscription de Tunbridge Wells et, depuis 2016, secrétaire d’état à l’énergie du gouvernement de la très échassière Theresa May, ce qui, a priori, n’incite pas à soulever la semelle, d’autant qu’il se définit sans rire comme economically liberal Conservative with a social conscience, littéralement (toujours sans rire) un conservateur économiquement libéral avec une conscience sociale…
Le second Greg Clark est professeur d’économie à l’université de Londres et a déjà publié plusieurs ouvrages sur l’histoire et la nature de la mobilité sociale, thème qui nous rapproche du troisième Greg Clark, professeur d’économie à la London School of Economics et conseiller mondial (rien que ça !) au Brookings Institution. Lequel a publié en 2016 un ouvrage intitulé Global Cities: A Short History, Brookings Institution Press.
Ce Greg Clark-là, celui qui nous intéresse, est né à Wimbledon.
La ville en général, sous tous ses angles et à travers son histoire, le passionne et il a déjà publié sur ce thème, en 2015 World Cities and Nation States, et en 2014 The Making of a World City, London 1991 to 2021.

Fleet Street en 1840, crédit photo Science & Society Picture Library

Clark a divisé son ouvrage analytique en sept chapitres,
1) Navigating Global Cities,
2) Origins: Trade and Connectivity,
3) The History of Global Cities: Ancient Cities,
4) The History of Global Cities: Modern Cities,
5) Understanding Global Cities,
6) Global Cities Today,
7) The Future of Global Cities: Challenges and Leadership Needs.
Globalement, si l’on ose dire sans jeu de mots facile, le postulat de Greg Clark est d’avancer que les villes tentaculaires qui ont une influence mondiale n’est pas un phénomène nouveau, et que, par voie de conséquence, il n’y a pas péril en la demeure. Néanmoins l’auteur a bien voulu concéder, dans son immense bonté, qu’il y a, quand même, désormais à travers la planète 150 villes — ce qui n’est pas mince —, parmi un ensemble de 500 conurbations recensées, dont la population dépasse le million, (p. 3) Some studies identify more than 150 substantially globalized cities among more than 500 urban areas with a population in excess of 1 million people.

Greg Clark fonde son analyse sur le concept de metropolitanization (néologisme de son crû) qu’il présente comme un phénomène d’attraction économique, qui s’accentue en ce début de vingt-et-unième siècle mais qui dure depuis la nuit des temps et qui brise les carcans traditionnels, puisque, depuis la crise des sub-primes de 2008, le centre de gravité de la dynamique économique mondiale se déplace vers l’est et le sud. Selon Clark, le processus serait toujours le même depuis quatre mille ans, les global cities émergent, se développent puis déclinent, en harmonie avec un paramètre incontournable, le commerce.

Opinion que partage et confirme l’historien Peter Frankopan, qui a publié, en 2015, aux éditions Bloomsbury, The Silk Roads: A New History of the World :
We think of globalisation as a uniquely modern phenomenon, yet 2,000 years ago it was a fact of life – one that presented opportunities, created problems, and prompted technological advance, nous concevons la mondialisation comme un phénomène uniquement moderne, cependant c’était un fait avéré il y a 2000 ans, un fait qui offrait des possibilités, engendrait des problèmes et permettait le progrès technologique.

Pour Clark la première global city fut la Rome de l’empire romain, dont l’influence s’étendait jusqu’à l’Euphrate à l’est, l’Espagne à l’ouest et l’Écosse au nord. Puis lorsque Rome s’effondra, Istanbul, ou plutôt dans l’ordre chronologique Constantinople, bien plus que Rome, permit le développement harmonieux d’un creuset culturel et économique, dont les liens allaient jusqu’à la Russie, la Chine et l’Afrique, tout en permettant à Pise, Venise et Gênes d’accroître leur rayon d’action commerciale.
Vint ensuite ce que Clark nomme la post Columbus wave, début des liens commerciaux et économiques entre le nouveau monde et l’ancien à la suite des nombreuses explorations de Christophe Collomb.
Dans cette énumération historique Greg Clark fait la part belle, ce qui est bien normal, à la révolution industrielle initiée au début du XVIIIè siècle depuis le Royaume-Uni puis propagée à l’ensemble de la planète. En revanche il est discret et ne s’éternise pas sur les effets de la colonisation, qui a conduit d’une part à des exodes massifs, et, donc, au renforcement des global cities, d’autre part à une divergence profonde entre l’Asie et l’Occident et, qui, enfin, a donné naissance à des monstres incontrôlables, l’esclavagisme, la mécanisation frénétique et les guerres. Il est bien évident que, depuis la fin du 20è siècle, un paramètre majeur a émergé, IT, Information Technology, l’informatique et la révolution planétaire, avec une augmentation des global cities.

Malgré l’intérêt évident de cet ouvrage documenté, on pourra néanmoins regretter que le développement urbain ne soit abordé que d’un strict point de vue économique, sans s’attarder sur l’impact humain des exodes vers les grandes conurbations. Pas davantage n’est analysé, comme il le faudrait, l’ensemble des conséquences écologiques de l’avènement de ces conurbations monstrueuses, où la pollution est devenue une conséquence non maîtrisée. Le célèbre écrivain, journaliste et humoriste Alphonse Allais (1854-1905) avait pourtant apporté sa contribution à cette réflexion générale « Il faut construire les villes à la campagne, l’air y est plus pur »…

Greg Clark, Global Cities, A Short History, Washington/London, Brookings Institution Press, 2016.