Largo Winch : son ennemi, c’est la finance

Voilà bientôt trente ans que Largo Winch promène sa cool attitude athlétique autour du monde et navigue dans les eaux parfois interlopes de la finance internationale. Si les ingrédients du cocktail sont immuables (une once de thriller technologique et bancaire, un trait de séduction et une bonne dose de Largo contre le reste du monde), L’étoile du matin, 21ème épisode qui sort aujourd’hui en librairie s’inscrit dans une continuité dans le changement qui fera plaisir à plus d’un fan de la série.

Toujours magnifiquement dessiné par Philippe Francq, qui plus que jamais montre l’étendue de sa maîtrise graphique, et scénarisé pour la première fois par Eric Giacometti, L’Etoile du matin est à plus d’un titre un épisode à haut risque. Et de Saint-Petersbourg à la province du Yucatan, de New York à Lucerne, la vie de Largo Winch n’est pas un long jour de cotation tranquille.

On ne peut être un des hommes les plus riches du monde sans s’attirer les inimitiés les plus diverses. Depuis L’héritier, le fils adoptif de Nério Winch est en butte aux complots, traquenards et vendettas les plus diverses. Sur terre, sur mer, dans les airs, à l’aune des possessions du tycoon en baskets, Largo a toujours su se tirer des situations les plus dangereuses. Celle qui se présente à lui, avec dans l’ombre un énigmatique (diptyque oblige) investisseur russe, ne déparera pas dans la galaxie des chausse-trappes qu’a connues le personnage au long des vingt épisodes précédents.

Eric Giacometti a concocté un récit en prise avec une certaine actualité, convoquant les Anonymous, la main-mise des algorithmes et des programmes informatiques de la finance virtualisée, dotant son héros d’une relative conscience sociale (déjà présente avec Van Hamme) voire d’une volonté carrément subversive au pays du libéralisme à tout prix et de l’évasion fiscale élevée en parangon du capitalisme global.

Décors somptueux, couleurs explosives, mise en scène haletante, L’Etoile du matin joue avec les codes du thriller pour le plus grand plaisir du lecteur : comme à son habitude, Philippe Francq est allé puiser dans le cinéma et la série télé pour croquer des personnages maléfiques (Robin Wright, Claire Underwood dans House of Cards) et Eric Giacometti a su distiller une intrigue précise, documentée et au rythme constant.

Comme toujours avec Largo, il faut malheureusement attendre le second volet pour connaître la fin de l’histoire, cette Etoile du matin s’achevant comme à l’accoutumée sur un cliffhanger insupportable, mais ô combien prometteur.

Philippe Francq et Eric Giacometti, Largo Winch 21 : L’étoile du matin, Dupuis. 48 p. 15,95 euros. Sortie le 6 octobre