« J’ai beaucoup d’estime pour le roman. J’ai toujours pensé que pour être un romancier il faut être génial alors que pour travailler dans le domaine des sciences humaines il suffit d’être intelligent » déclare Edgar Morin au micro de France Culture lors d’un entretien avec Alain Veinstein le 15 décembre 2008 pour l’émission « Du jour au lendemain ». Doit-on penser que neuf ans après cette déclaration, Edgar Morin se considère enfin « génial » puisqu’il décide de publier le roman écrit dans son jeune âge, L’Île de Luna ? Ou plutôt, est-il moins sévère avec le jeune homme qu’il a été et qui a senti l’urgence de se livrer à l’écriture d’un récit ?

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C’est devenu un lieu commun, mais un grand cinéaste se mesure autant à ses chefs d’œuvres qu’à ses films moins réussis. Michael Haneke venant de réaliser  coup sur coup deux très grands films, Le Ruban blanc et Amour, pour autant de palmes d’or, le retour à l’ordinaire était inévitable, l’ordinaire étant chez le sémillant autrichien tout à fait relatif. 

Récemment détrôné de la tête du classement des ventes par Ken Follett et sa Colonne de feu, le tome 5 de Millénium (Actes Sud) paru le 7 septembre dernier poursuit néanmoins sa route toute tracée de futur succès de librairie. Deux ans après Ce qui ne me tue pas , David Lagercrantz revient avec La fille qui rend coup pour coup, sa deuxième réalisation après avoir repris l’univers et les héros de feu Stieg Larsson. Revue du Millenium nouveau, un cru au goût suranné et au bouquet (final) légèrement décevant. 

Brigitte/Barbara (Jeanne Balibar)

Pour son troisième long-métrage (Le Stade de Wimbledon, 2000 ; Tournée, 2009 ; La Chambre Bleue, 2013), Mathieu Amalric prend une nouvelle fois le spectateur à revers. Son ami, Pierre Léon, se déclarant vaincu par l’adaptation de la vie de Barbara, sur laquelle il travaillait depuis quelques années avec Jeanne Balibar, la lui propose. Après quelques impasses menaçant le projet, Mathieu Amalric trouve avec son co-scénariste Philippe Di Folco une forme adéquate, en détournant les codes du genre du biopic. Ainsi, mieux qu’une adaptation stricto sensu de la vie de la chanteuse disparue il y a vingt ans, ce film interroge et renouvelle le genre, plus que figé dans ses conventions, pour ne pas dire fatigué, à travers une variation malicieuse du procédé de la mise en abyme.