Claire Denis © Aurélien Barrau

« Cette beauté ne tient pas à la pureté morale,
qui est peut-être rarement belle »
Vincent Delecroix, Tombeau d’Achille

Bien-sûr, Claire Denis est une réalisatrice emblématique à plus d’un titre.

De ses débuts avec Jacques Rivette et Wim Wenders, jusqu’au très récent Beau soleil intérieur, primé à Cannes, elle traverse, comme un météore, les dernières décennies. Son nom est celui d’un cinéma à nul autre pareil : singulier dans chaque détail de ses immenses retentissements.

Carson McCullers

Il n’est pas nécessaire de présenter Carson McCullers, superbe météorite de la littérature américaine, une autre sudiste, comme William Faulkner, née vingt ans après lui, en 1917, en Géorgie. Il est également superflu de présenter l’excellente Josyane Savigneau, qui a dirigé et animé avec talent Le Monde des Livres, pendant de nombreuses années, dans le célèbre quotidien du soir, selon l’image désormais consacrée. Cette dernière avait publié une biographie remarquable de Carson McCullers, en 1995, aux éditions Stock, qui avait été saluée à sa juste valeur, lors de sa publication. Le Livre de Poche a eu la brillante idée de republier cet ouvrage au début de l’été 2017.

Manipulé, trompé et déboussolé : le lecteur est malmené pour son plus grand bonheur tout au long D’après d’une histoire vraie… de Delphine de Vigan. Ce roman noir offre ainsi un huis-clos entre une écrivain célèbre, Delphine et une amie rencontrée par hasard, appelée L., belle femme très sophistiquée. Les deux amies sont fascinées l’une par l’autre, mais cette relation va vite devenir à la fois stimulante et toxique. Au cœur du roman la question de la part de réel, de vrai dans le roman, contre la part de fiction pure. Une mécanique romanesque aussi implacable ne pouvait échapper à Roman Polanski qui porte le roman à l’écran dans un film en salles demain. L’occasion de revenir, dans un entretien avec Delphine de Vigan, sur ce roman, couronné du prix Renaudot en 2015, qui met à nu aussi bien l’art du thriller qu’une part vive de la création littéraire.

The Night Of, ou la série qui met à mal la conception idéalisée de l’Amérique et à nu des blessures encore vives nées du et après le 11 septembre. Une œuvre sombre, jusque dans sa forme, un drame en huit épisodes qui se garde de tout manichéisme et explore les multiples facettes d’une société composite qui a longtemps rêvé son mode d’existence comme un modèle du vivre ensemble. Si vous avez manqué The Night Of lors de sa diffusion sur OCS, Canal + propose une séance de rattrapage de la série de Steven Zaillian à raison de deux épisodes chaque lundi à partir du 30 octobre.

Patrick Modiano

Au milieu de Souvenirs dormants, Patrick Modiano rêve d’écrire, à la manière des moralistes et des mémorialistes du grand siècle qu’il aime tant, un traité de la fugue. À distance pourtant de leur capacité d’abstraction ou des lois universelles qu’ils mettent au jour, la seule chose dont le romancier se sent capable de rendre compte, « ce sont des détails concrets, des lieux et des moments précis ». C’est là sans doute tout l’art de mémoire de Patrick Modiano célébré récemment par le prix Nobel : un pointillisme des souvenirs, une précision de la remémoration sans faille, une obsession des visages et des noms, mais qui jamais ne s’agglomèrent en un tableau cohérent et pactisent avec l’indétermination de la remémoration et la fuite du temps. Ou selon une métaphore toute perecquienne, quelques rares pièces de puzzle, mais dépareillées, qui s’obstinent à ne pas faire tableau.

Peter Handke

Je le dis d’emblée, je ne suis pas un grand connaisseur de Peter Handke et de son œuvre immense, j’espère qu’on me pardonnera les lacunes que je n’aurai plus le temps de combler dans cette vie et qui vont se faire ressentir dans cet article. En plus, on me tend un piège par ce petit essai de circonstance presque – il faut s’en méfier d’autant plus pour l’apprécier à sa juste valeur. En tentant une lecture de cet essai, un peu par biais, je voudrais en même temps lever un peu les couches pesantes qui se sont mises progressivement d’abord sur l’auteur, puis sur son œuvre, au fil des affaires autour de sa tentative de sauvetage de la Serbie, égarement politique, impardonnable et inexcusable, imprégné de la nostalgie yougoslave.