Wendy Guerra (DR)

Un dimanche de révolution, cinquième roman de Wendy Guerra traduit en français, s’articule autour d’une triple question identitaire : qu’est-ce qu’être une femme ? qu’est-ce qu’être écrivain aujourd’hui ? qu’est-ce qu’être Cubaine ? chacune de ces interrogations devant, bien sûr, être entendue comme indissociable des deux autres. Wendy Guerra est une virtuose du croisement de territoires qu’ils soient génériques, géographiques ou artistiques, en proie à ce que sa narratrice nomme « la maladie de Cuba, qui consiste à faire atterrir une réalité dans l’autre ».
Diacritik a rencontré Wendy Guerra la semaine dernière pour un grand entretien, traduit de l’espagnol par son éditrice française, Juliette Ponce, qui nous explique également pourquoi elle a été séduite par ce roman.

Alice Zeniter (DR)

L’Art de perdre d’Alice Zeniter (Flammarion) est un pavé de plus de 500 pages dont on se demande, après les premières pages, comment on va en venir à bout, tant ce qui est raconté nous est familier. Et pourtant on y parvient grâce à une accélération du récit dès la seconde partie du roman et à l’envie de discuter avec la romancière de ses choix et de ses objectifs ; l’envie aussi de ne pas en rester aux phrases toutes faites qui accompagnent les notes de lecture, dans la « bien-pensance » sur la guerre d’Algérie. L’Art de perdre est un roman conséquent, une fiction qui fait des choix et qui n’a pas la prétention – je le crois en tout cas – de dire « la vérité » sur la guerre d’Algérie mais d’en sonder un pan et de transmettre une partie d’un vécu historique.

La ville fond, de Quentin Leclerc, est un livre centré sur l’écriture, sur l’exploration de son espace, de ses strates, de ses mouvements. Le fil rouge narratif est simple : différents individus tentent de rejoindre une ville que pendant un temps ils ne parviennent pas à rejoindre. Mais si on le résume ainsi, on rate le livre et déjà un des effets de l’écriture, à savoir : rendre le monde étrange, étranger.

Le fait divers qui sert de point nodal au sixième épisode de la série documentaire d’Arte pourrait avoir échappé à nos mémoires collectives : au printemps 1924, à Hanovre, les ossements de jeunes hommes sont découverts dans la Leine. Un homme est rapidement arrêté, il s’agit d’un brocanteur, Fritz Haarmann, homosexuel, accusé d’avoir assassiné ses amants. La presse lui forge une épithète, « le vampire », « le boucher », opération qui est le signe onomastique d’une affaire destinée à entrer dans les annales du crime.

En août 1888, dans le quartier londonien de Whitechapel, une série de crimes sordides défraye la chronique. Les victimes sont toutes des prostituées. L’affaire n’est aujourd’hui toujours pas résolue et elle a donné naissance à une légende du mal, mythe dès le XIXè siècle, Jack the Ripper, l’éventreur, « envers obscur de notre modernité ». Le cinquième épisode de la formidable série d’Arte, proposée par Emmanuel Blanchard et Dominique Kalifa (également co-réalisateurs de ce documentaire, diffusé samedi 23 septembre à 16h25) revient sur les faits mais surtout sur l’énigme et la manière dont, dans le fait divers, l’aporie est le formidable vecteur de l’emballement médiatique comme de la fascination du public.

En août 2017 a paru Un dimanche de révolution, le dernier roman de Wendy Guerra, chez Buchet Chastel, dans une traduction de Marianne Millon. Diacritik reviendra prochainement sur ce livre magnifique à travers une critique et un grand entretien.
Mais au-delà de sa densité poétique, de sa force politique, de sa manière unique de mêler intime et collectif, le roman de Wendy Guerra est un hymne à la beauté de Cuba, à son paysage, à « l’odeur des mangues trop dures, la fureur de la mer qui s’entête à forcer les limites du mur » et à « la transparente illumination de cette île ».

Laurent De Sutter

Il y a peu paraissait le dernier livre de Laurent de Sutter : L’âge de l’anesthésie – La mise sous contrôle des affects. Grand livre, à la fois puissant et original, nous donnant à lire et à penser autre chose que ce qu’il a l’air d’aborder. Car contrairement à ce que semble indiquer le sous-titre, ce livre n’est pas qu’un livre de « philosophie politique » (même si l’auteur revendique par ailleurs son appartenance à une certaine lignée ou « tradition » philosophique à partir de laquelle se dessine toute une série de positionnements polémiques : Machiavel et La Boétie ; la « psychopolitique » de Byung Chul-han et la « biopolitique » de Foucault ; Tarde et Freud…). Il s’agit avant tout d’un traité d’ontologie, et même d’« anti-ontologie ».

Pyramide Films – NonStop production

La tragédie s’ouvre sur un plan sublime et déjà angoissant, le plan d’une forêt enneigée. Au pied d’un arbre un morceau de cordon d’interdiction d’entrer est le premier signe du désastre à venir. Le plan dure, comme s’il fallait profiter de ce moment de calme avant que le mécanisme précis et impitoyable des films d’Andreï Zvyaguintsev ne vienne tout balayer.