La double entrave qui structure du fait divers ne concerne pas seulement le rapport du réel à la fiction. Elle se manifeste également dans l’exploration de « vies parallèles », non plus la correspondance et disjonction de deux champs culturels comme le fit Plutarque, mais l’expression ou la recherche de soi via l’existence d’autrui, un Soi-même comme un autre formulé par Paul Ricoeur. Le fait divers est un symptôme de nos sociétés, de nos mentalités et imaginaires, le miroir qu’il nous tend est donc d’abord collectif. Mais la vie infâme narrée est aussi un Miroir d’encre pour l’écrivain, ce que figure de manière exemplaire, dès son titre, L’Adversaire d’Emmanuel Carrère, récit de soi à travers Jean-Claude Romand, lui-même auteur de sa fiction de vie, d’un roman de soi.

Je me rappelle la rupture : quittant ma posture larmoyante et mon duvet froissé, je regarde le soleil se coucher. La vue ne m’évoque rien. Sinon un intense ordinaire. Une cheminée industrielle crache de la vapeur d’eau, des façades sales aux volets fermés. On dirait un fantôme de ville. Devant ce spectacle hivernal d’une nuit citadine qui tombe sans grâce, je me surprends à vouloir contempler des couchers de soleil exotiques. L’idée saugrenue me vient d’aller contempler des aubes romanesques ailleurs que dans les livres ou sur un écran de télévision.