Un jour, je marchais rue de Belleville avec Thierry Thieû Niang, nous allions chez mon filleul Ariel, nous parlions et des enfants nous ont dépassé. Je les ai vu sans les voir. Je ne sais plus ce que nous nous disions quand Thierry m’a coupé, me montrant les trois gamins devant nous, un petit asiat, un petit rebeu et un petit noir : Regarde, c’est de ça qu’il faudrait parler, de ce qu’ils sont en train d’inventer. Et en effet, la danse était belle entre ces trois-là, ils avaient 9 ou 10 ans, leurs marches, le mouvement de leurs bras et leur voix avaient beau être si différents, leur trio faisait corps et sens et art, on avait là trois petits Titis parisiens. Je les revois encore.

Jean-Luc Godard sur le tournage d’Adieu au langage

À plusieurs reprises, Godard nous dit que la lettre A par laquelle démarre sa bibliothèque veut dire Allemagne, que la France et les autres viennent après. C’est l’Allemagne dont il dit connaître le mieux la culture parmi les autres voisins de la France, d’où cette place éminente qui ne se justifie pas seulement par la première lettre de l’alphabet. Dans son Autoportrait de décembre, nous apprenons que cela fait deux rangées, mais on ne sait pas s’il est encore question de livres ou bien plutôt de cassettes vidéo, de DVD, car ce sont les contrôleurs du CNC qui nous en informent.

Virginie Despentes (DR)

C’est quoi l’esprit d’un peuple ? Vieille question des romantiques et des nationalistes, des philosophes et des politiciens, qui revient hanter, en boomerang, la trilogie de Virginie Despentes, et que son dernier tome, tout juste paru, loin de boucler, relance de façon vertigineuse. Une « sorte de bande », « brigade bisounours », « communauté bizarroïde », « secte »,
« convergence » ou « égrégore », tels sont les termes qui tentent de saisir l’insaisissable bande à Vernon, constituée au fil des épisodes.
Vernon Subutex, au départ, n’est pourtant que l’histoire d’un type qui survit. Par Chloé Brendlé

Viv Albertine, guitariste des Slits, groupe punk qui marqua les scènes anglaises et du monde, publie un « album de souvenirs », au sens aussi bien musical que photographique ou littéraire du terme puisque son livre, De fringues, de musique et de mecs, a la structure duelle d’un vinyle ou d’un double album (Face A, Face B) : chaque court chapitre est comme une piste musicale, centrée sur un moment qui a laissé en elle « une empreinte indélébile », l’a « façonnée, scarifiée ».
En feuilletant sa vie, Viv Albertine traverse plusieurs décennies, mais il serait regrettable de réduire son livre à la biographie d’une enfant du punk ou à une confession : De fringues, de musique et de mecs est la fascinante vue en coupe d’une époque, une chronique sociale aussi bien qu’un document musical, par une Riot Girl, qui se bat pour devenir une musicienne reconnue dans un milieu ultra-masculin, pour construire sa vie de femme, en abattant un à un les carcans sociaux et moraux de l’époque comme ses propres barrières intérieures.